SRO 🔵 REPORTAGE : Comment le Stade Rennais travaille avec la vidĂ©o ? – Shango Media
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SRO 🔵 REPORTAGE : Comment le Stade Rennais travaille avec la vidéo ?

Avec 9 matchs en 29 jours, le Stade Rennais est pleinement lancé dans un mois de février extrêmement dense pour le seul club de Ligue 1 avec Paris jouant encore sur les 3 tableaux. Durant cette période, les séances sur le terrain se font plus rares, et l’accent est mis sur la vidéo. Comment travaille le SRFC dans ce domaine, notamment dans cette période spéciale ? Focus sur une méthode de travail bien spécifique.

C’est un secteur qui prend de plus en plus de poids ces dix dernières annĂ©es, et sur lequel le Stade rennais va devoir compter spĂ©cialement durant ce mois de fĂ©vrier. La cadence est effrĂ©nĂ©e pour un club jouant championnat, coupe de France et coupe d’Europe, et les temps de rĂ©cupĂ©ration courts. Dans ce contexte oĂą Rennes joue tous les 3-4 jours, la vidĂ©o devient encore plus importante. « On considère la sĂ©ance vidĂ©o comme une vraie sĂ©ance d’entrainement en vĂ©ritĂ©, traitĂ©e en amont comme une vraie sĂ©ance Â», explique Julien StĂ©phan. Un travail de fond, avec une mĂ©thode et une organisation bien prĂ©cise.

Un organigramme etoffé

Il n’y a pas eu de chamboulements dans l’organigramme au moment de la nomination de Julien Stéphan mi-novembre. Arrivé sous Bruno Genesio, César Arghirudis est resté en charge du département analyse, déjà composé par Nathan Vialettes (analyste vidéo), Thomas Bellec (analyste data dans le département analyste vidéo) et Evan Princé (stagiaire analyste vidéo). Suite au départ de Vignesh Jayanth pour Monaco en décembre, c’est Chloé Gobe qui officie depuis en tant que Data Scientist, avec un rôle prépondérant sur le recrutement, essentiellement.

Le vĂ©ritable changement, c’est le retour de Rudy Cuni, Ă  l’origine du recrutement de Viallettes et Bellec lors de son premier passage Ă  Rennes (2018-2021), et dĂ©sormais entraĂ®neur adjoint en charge de l’analyse vidĂ©o. DĂ©sormais vĂ©ritable adjoint de Julien StĂ©phan, il est son relais en ce qui concerne la vidĂ©o. Depuis le changement de coach, c’est une « double adaptation Â» qui est recherchĂ©e, celle de la cellule d’analystes Ă  la philosophie de Julien StĂ©phan, et celle du staff Ă  la cellule pour s’inspirer des idĂ©es que chacun peut avoir.

Un rythme décalé

Les sĂ©ances vidĂ©o se prĂ©parent en amont, Ă  deux niveaux. Il y a d’abord le travail de la cellule, effectuĂ© Ă  « adversaire +2 Â» au moment oĂą Rudy Cuni travaille lui Ă  « adversaire +1 Â», au cours de la semaine oĂą l’équipe pro reçoit le travail effectuĂ© sur son prochain adversaire. Exemple : Ă  l’heure oĂą ce papier est publiĂ©, l’équipe pro se prĂ©pare Ă  l’aide de la vidĂ©o Ă  jouer le Milan AC (jeudi). Rudy Cuni travaille lui dĂ©jĂ  sur Clermont (dimanche), tandis que la cellule vidĂ©o travaille sur l’adversaire suivant, le PSG (dimanche 25 fĂ©vrier). La cellule vidĂ©o a donc toujours dans son travail d’analyse deux adversaires d’avance sur l’équipe pro, et prĂ©sente son travail Ă  Rudy Cuni qui lui pourra travailler dessus avec une Ă©quipe d’avance sur l’équipe pro.

Ce ruissellement de l’information est primordial dans l’organisation du département analyse. La cellule travaille à rendre un résumé le plus complet et détaillé possible à Cuni, sans surcharger cela d’éléments superflus. Dans un second temps, Cuni travaille à nouveau sur cet adversaire avant de présenter une synthèse à Julien Stéphan et au reste du staff, qui décideront ensemble de ce qu’ils transmettront au groupe pro.

Un gros travail en amont

En moyenne, la cellule vidĂ©o travaillera sur 8 Ă  12 matchs d’un adversaire pour prĂ©parer la rencontre. Question mĂ©thode, chacun sa prĂ©fĂ©rence, et celle de Rudy Cuni se base sur la rĂ©pĂ©tition. Ă€ raison de 6 matchs visionnĂ©s par semaine minimum, il peut regarder « 250 Ă  300 sĂ©quences Â» sur un mĂŞme thème, des sorties de balle aux coups de pied arrĂŞtĂ©s, en passant par les dĂ©sĂ©quilibres, Ă  la recherche d’une faille. « C’est très chronophage, mais très passionnant. Je considère qu’il faut de la quantitĂ©. Si on veut donner le moins possible aux joueurs Ă  assimiler, il faut travailler le plus possible en amont pour rĂ©duire ça Â».

Il y a l’adversaire, mais il y a aussi l’équipe du Stade rennais, analysĂ©e partout oĂą elle joue sous tous les angles dans les stades Ă©quipĂ©s de camĂ©ras (pas les mĂŞmes que celles des diffuseurs), et aussi Ă  l’entrainement Ă  la Piverdière, notamment par drone pour conserver une vision match. Ça, c’est le travail en amont. Car pour l’adjoint de StĂ©phan, il y a aussi l’aval : le retour de match. Peu importe l’heure du match de l’équipe pro, Julien StĂ©phan aura sur son bureau le lendemain Ă  14h maximum une analyse effectuĂ©e par Cuni sur le match qui vient de se dĂ©rouler, prenant « entre 6h et 7h de travail Â» Ă  ce dernier qui va « se coucher le plus tĂ´t possible après le match Â» et se lever tĂ´t pour travailler Ă  froid sur la rencontre. Dès le lendemain d’un match, le staff dispose de tous les Ă©lĂ©ments vidĂ©o pour travailler sur son prochain adversaire.

La transmission d’informations comme priorité

Avec toute cette matière de travail, il s’agit pour le staff de faire le tri dans ce qu’il a Ă  transmettre au groupe pro. « Sur les retours que je fais Ă  Julien, il y a les grandes tendances collectives, et les particularitĂ©s individuelles. On dĂ©cide de les donner lors des vidĂ©os collectives, ou en individuel aux joueurs Â», explique Rudy Cuni. « On part du très large, que je donne Ă  Julien et au staff dès la fin du match qu’on vient de jouer, au très spĂ©cifique, qui sera prĂ©sentĂ© aux joueurs sur la sĂ©ance Â». Si le rĂ©sultat final sera le fruit de discussions entre Cuni, Denis Zanko et Bouziane BenaraĂŻbi (les deux autres adjoints du coach), c’est Julien StĂ©phan qui dĂ©cide de la planification de diffusion des informations Ă  son groupe.

Un adversaire peut ĂŞtre prĂ©sentĂ© en totalitĂ©, par parties, toujours sur les aspects offensifs et dĂ©fensifs. « Sur un match par semaine, on peut faire de la vidĂ©o tous les jours. Quand on joue tous les 3 jours, on fait quasiment autant de vidĂ©o Â», rĂ©sume Rudy Cuni. La vidĂ©o est prĂ©pondĂ©rante en avant-match, utilisĂ©e deux jours avant, la veille et le jour de match Ă  la causerie, presque systĂ©matiquement. En cours de match, c’est plus rare pour Julien StĂ©phan de l’utiliser, mĂŞme si Cuni dispose toujours Ă  la pause d’un montage effectuĂ© sur les 45 premières minutes, en cas de besoin.

Durant la semaine, les sĂ©ances vidĂ©o rĂ©pondent Ă  certains principes. « Le temps est important, mais pour moi c’est le nombre de messages qu’il y a Ă  faire passer qui est important Â», pose Cuni. « On essaye de limiter le nombre de messages donnĂ©s aux joueurs, mieux les cibler, et de plus les rĂ©partir sur la semaine. C’est dĂ©terminant Â». Le staff travaille donc Ă  aboutir Ă  10 minutes de vidĂ©o brute maximum, vidĂ©o habillĂ©e et comprĂ©hensible. Le tout sera animĂ© par StĂ©phan mais aussi par son staff, Cuni et Zanko prĂ©sentant souvent l’adversaire, par exemple. AnimĂ©e par le staff donc, mais aussi interactive. « C’est un moment d’échange. Si on ne donne des informations que de façon descendante, du coach vers les joueurs, ça met les joueurs dans une posture passive. Plus il est dans une posture passive, moins la rĂ©ception d’information sera grande Â».

Un moment d’échange

Les joueurs sont rĂ©ceptifs Ă  cette dĂ©marche, Ă  l’image de Maxime Le Marchand, ancien joueur du SRFC qui a connu StĂ©phan et Cuni Ă  Strasbourg. « J’adorais ça. Les sĂ©ances vidĂ©o qu’on faisait, c’était gĂ©nial Â», nous expliquait-il en interview rĂ©cemment.« Vraiment, les sĂ©ances vidĂ©o ce sont des sĂ©ances d’entrainement. OĂą tu peux corriger, remettre en place Ă  l’entrainement. Julien Stephan la rendait interactive. Il Ă©changeait encore, Ă©tait Ă  l’écoute des joueurs sur le moment, pour avoir leur ressenti sur le terrain Â».

Arthur Theate abonde lui aussi en ce sens. « J’aime beaucoup la vidĂ©o, ça nous permet d’avoir une analyse de nous-mĂŞme diffĂ©rente de quand on le ressent sur le terrain. Ce sont deux phases diffĂ©rentes. Dans ces enchainements de match on n’a pas le choix. On est obligĂ©s d’être rĂ©ceptifs aux vidĂ©os pour ĂŞtre performants et avoir une analyse juste de l’adversaire Â».

Sur la forme, il y a tout au long de la semaine des sĂ©ances vidĂ©o collectives au Stade rennais, qui peuvent aussi se dĂ©couper par lignes de joueurs (offensifs / dĂ©fensifs / milieux), animĂ©es sĂ©parĂ©ment par StĂ©phan et son staff. « C’est un sport collectif donc la sĂ©ance collective est importante pour tous Â», confie Benjamin Bourigeaud. « C’est important car parfois on ne se rend pas compte des erreurs qu’on peut faire. Le retour vidĂ©o peut nous mettre face Ă  nous-mĂŞme. En prise de responsabilitĂ©, c’est bien. Il n’y aucun tabou lĂ -dessus. Ce n’est pas pour pointer du doigt qui que ce soit, c’est pour progresser. Je pense que c’est bien perçu par le groupe Â».

Pas de tabou, mais des sĂ©ances individuelles ont aussi leur importance. « Il y a aussi tout ce qui est informel, qui est super important Â», explique Rudy Cuni. « On croise un joueur, on lui montre une sĂ©quence qui lui correspond sur son adversaire direct ou sur lui quant Ă  son retour de match Â» . La particularitĂ©, c’est que ce point informel peut se dĂ©rouler n’importe oĂą Ă  la Piverdière, mĂŞme jusqu’en salle de restauration. « Les joueurs qu’on peut identifier comme ceux retenant moins d’informations, on ne va pas forcer pour qu’ils retiennent, mais essayer de leur donner les informations de façon plus fine Â» , rĂ©sume l’adjoint.

Une composante parmi d’autres

Avec cette nouvelle organisation façon StĂ©phan, le Stade rennais a depuis son arrivĂ©e redressĂ© la barre, commençant par une victoire face Ă  Reims le 26 novembre, lors de laquelle le SRFC avait marquĂ© sur coup de pied arrĂŞtĂ© (un secteur qui ne lui rĂ©ussit pas jusqu’alors), sur une sĂ©quence identifiĂ©e et travaillĂ©e Ă  la vidĂ©o. « C’est une top analyse de la part de Rudy Cuni qui s’occupe des coups de pied arrĂŞtĂ©s offensifs et qui avait ciblĂ© exactement ce qui s’est passĂ©. Super boulot du staff et des joueurs par rapport Ă  ça sur une prĂ©sentation video qui avait Ă©tĂ© très claire et très prĂ©cise. Le prĂ©parer c’est une chose, après il faut le mettre en application Â», avait alors saluĂ© Julien StĂ©phan après le premier succès de son Ă©quipe.

Depuis, le Stade rennais a connu quelques turbulences mais s’est ressaisi, et a engrangé dimanche un cinquième succès consécutif en Ligue 1 pour une équipe qui n’a plus perdu depuis 9 matchs, et reste engagé dans 3 compétitions, avant son déplacement à Milan jeudi. Avec un jour off hier, Rudy Cuni et la cellule vidéo ont peut-être pu souffler un peu au coeur d’un mois de février où leur secteur, qui n’est qu’une composante du fonctionnement bien plus complexe d’une équipe pro comme il aime à le rappeler, prend toute son importance.

CrĂ©dit photo : Stade Rennais F.C.

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