SCIENCES ET VIE 🔵 Un revirement historique au Mexique : la vĂ©ritable identitĂ© d’un squelette au Palais de Cortès dĂ©voilĂ©e – Shango Media
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SCIENCES ET VIE 🔵 Un revirement historique au Mexique : la vĂ©ritable identitĂ© d’un squelette au Palais de Cortès dĂ©voilĂ©e

La rĂ©cente rectification d’une identification historique erronĂ©e au Palais de CortĂ©s, Ă  Cuernavaca, a suscitĂ© un intĂ©rĂŞt renouvelĂ© pour l’histoire prĂ©hispanique du Mexique. Des chercheurs de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH) ont rĂ©vĂ©lĂ©, dans un communiquĂ©, que des ossements, longtemps attribuĂ©s Ă  un moine espagnol du XVIe siècle, appartenaient en rĂ©alitĂ© Ă  une femme de la tribu Tlahuica, une dĂ©couverte qui remet en question les interprĂ©tations historiques Ă©tablies. Cette rĂ©vĂ©lation, issue d’une Ă©tude approfondie, met en lumière la complexitĂ© des interactions culturelles et historiques dans la rĂ©gion de Morelos durant la pĂ©riode prĂ©colombienne et Ă©claire les pratiques funĂ©raires et le statut des femmes dans les sociĂ©tĂ©s prĂ©hispaniques. Elle incite Ă  reconsidĂ©rer les rĂ©cits historiques, soulignant l’importance de l’archĂ©ologie pour une comprĂ©hension plus nuancĂ©e de l’histoire.

Le mystère des ossements du Palais de Cortès

Le Palais de CortĂ©s, situĂ© Ă  Cuernavaca et construit par Hernán CortĂ©s en 1535, est un symbole historique important du Mexique. Il symbolise l’amalgame des cultures aztèque et espagnole. ÉrigĂ© sur les ruines d’un ancien site aztèque, ce palais servait initialement de forteresse et de demeure pour CortĂ©s. Avec ses murs robustes et ses balcons de pierre, il est un exemple prĂ©curseur de l’architecture coloniale espagnole. Il mĂ©lange des Ă©lĂ©ments des styles gothique, mudĂ©jar et Renaissance. Au cours des siècles, le palais a Ă©tĂ© utilisĂ© comme rĂ©sidence gouvernementale, prison et mĂŞme caserne militaire. De nos jours, il hĂ©berge le MusĂ©e rĂ©gional Cuauhnáhuac, qui a assistĂ© Ă  une rĂ©vision surprenante de l’Histoire.

Les fouilles en 1970. © INAH

En effet, pendant longtemps, une dĂ©couverte faite dans ce palais a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©e Ă  travers le prisme de l’histoire coloniale. Il s’agit d’une sĂ©rie d’ossements humains, exposĂ©s derrière dans une fenĂŞtre archĂ©ologique, permettant de les voir dans leur contexte d’origine. Une cĂ©dula ou plaque informative les identifiait comme ceux de Juan Leyva, un moine espagnol, servant la marquise Juana de Zúñiga y Arellano. Cette identification reposait sur des preuves circonstancielles et des interprĂ©tations historiques de l’Ă©poque. Un montant avec une fleur Ă  quatre pĂ©tales dans la sĂ©pulture Ă©voquait la fin du XVIe siècle. Les sources historiques situant cette sĂ©pulture dans le porche de la « vieille maison » confirment cette datation. Cependant, une rĂ©Ă©valuation rĂ©cente par des anthropologues physiques de l’INAH a bouleversĂ© cette croyance Ă©tablie.

Une restauration du Palais de Cortès impose une réécriture de l’Histoire

En effet, le sĂ©isme du 19 septembre 2017 au Mexique, d’une magnitude de 7,1, endommagea fortement le palais. Cela motiva les Ă©tudes, une analyse plus approfondie des restes s’engagea pour des raisons de conservation. Les chercheurs de l’INAH ont employĂ© des mĂ©thodes d’analyse anthropologique avancĂ©es pour rĂ©Ă©valuer l’identitĂ© du squelette. Ils ont commencĂ© par une Ă©tude dĂ©taillĂ©e du crâne, grâce Ă  la morphomĂ©trie crânienne. Elle permet de dĂ©terminer le sexe et l’origine ethnique d’un individu via la forme et les dimensions du crâne. En examinant la structure du crâne, ils ont identifiĂ© des caractĂ©ristiques typiques des populations tlahuicas. Plus prĂ©cisĂ©ment, ils ont relevĂ© un crâne tabulaire Ă©rigĂ©, une pratique culturelle de modification crânienne courante chez les peuples prĂ©hispaniques.

Une image plus récente du squelette. © INAH

De plus, l’analyse du bassin a rĂ©vĂ©lĂ© des caractĂ©ristiques indĂ©niablement fĂ©minines, dĂ©terminant ainsi que les restes appartenaient Ă  une femme. En approfondissant leur Ă©tude, les chercheurs ont Ă©galement estimĂ© l’âge et la taille de la femme lors de son dĂ©cès. En se basant sur l’usure dentaire et la fermeture des sutures crâniennes, elle avait entre 30 et 40 ans. La mesure des os longs, tels que le fĂ©mur et l’humĂ©rus, a permis d’estimer sa taille Ă  environ 1,47 mètre.

Le peuple tlahuica au Palais de Cortès

Ces donnĂ©es, combinĂ©es Ă  la connaissance de la culture tlahuica, ont permis de dresser un portrait plus prĂ©cis de cette femme. Les Tlahuicas Ă©taient un peuple indigène prĂ©hispanique qui rĂ©sidait principalement dans l’actuel État de Morelos, au Mexique. Membres du groupe ethnolinguistique nahuatl, ils partageaient des liens culturels et linguistiques Ă©troits avec les puissants Aztèques. Mais ils maintinrent leur autonomie politique sous la forme d’un État client. Les Tlahuicas Ă©taient rĂ©putĂ©s pour leur agriculture florissante, cultivant notamment le maĂŻs, les haricots et les courges. Leur artisanat, en particulier la poterie et le tissage, faisait leur renommĂ©e. Leur capitale, Cuauhnáhuac (aujourd’hui Cuernavaca), reprĂ©sentait un centre important de commerce et de culture.

MalgrĂ© leur intĂ©gration progressive dans l’empire aztèque, les Tlahuicas ont conservĂ© de nombreuses traditions et pratiques uniques. Elles reflĂ©taient la diversitĂ© et la richesse des cultures prĂ©colombiennes de la rĂ©gion. La dĂ©couverte rĂ©cente au Palais CortĂ©s offre un aperçu rare de la vie des femmes dans ces sociĂ©tĂ©s prĂ©hispaniques. Elles sont trop souvent occultĂ©es dans les rĂ©cits historiques dominĂ©s par les perspectives coloniales.

Un patrimoine culturel réévalué au Palais de Cortès et ses implications scientifiques

Historiquement, les rĂ©cits sur les civilisations prĂ©colombiennes ont souvent Ă©tĂ© centrĂ©s sur les figures masculines. Ils laissaient dans l’ombre la contribution des femmes. Cette dĂ©couverte suggère qu’elles pouvaient occuper des positions d’influence. Elle remet en cause l’idĂ©e d’une domination exclusivement masculine dans les structures sociales et politiques de l’Ă©poque. L’inhumation de cette femme, marquĂ©e par des rituels et des symboles particuliers, Ă©claire les pratiques funĂ©raires et croyances des Tlahuicas. Cette dĂ©couverte dĂ©voile une dimension plus complexe de leur culture et tradition, enrichissant notre comprĂ©hension de leur sociĂ©tĂ©.

D’autre part, la correction de cette erreur historique met en Ă©vidence la nĂ©cessitĂ© de rĂ©examiner et de rĂ©interprĂ©ter les artefacts et les sites historiques Ă  travers un prisme plus inclusif et diversifiĂ©. Cette rĂ©Ă©valuation contribue Ă  une meilleure comprĂ©hension de la complexitĂ© des civilisations prĂ©colombiennes. Elles Ă©taient loin d’ĂŞtre monolithiques ou uniformes. En reconnaissant la diversitĂ© culturelle et historique de ces sociĂ©tĂ©s, on apprĂ©hende de manière plus complète de l’hĂ©ritage culturel mondial.

Source : INAH

Cet article a initialement été publie le 23/01/2024

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