SCIENCES ET VIE 🔵 Syndrome des jambes sans repos : des chercheurs identifient plus de 140 nouveaux facteurs de risque gĂ©nĂ©tiques – Shango Media
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SCIENCES ET VIE 🔵 Syndrome des jambes sans repos : des chercheurs identifient plus de 140 nouveaux facteurs de risque génétiques

Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) touche jusqu’à 10 % de la population âgĂ©e. On estime que 2 Ă  3 % en souffrent de façon chronique. Ce trouble nuit gravement au sommeil et impacte lourdement la qualitĂ© de vie. Les formes dites « familiales Â» du SJSR ont une origine gĂ©nĂ©tique. Jusqu’à prĂ©sent, les scientifiques avaient identifiĂ© une vingtaine de locus Ă  risque. Grâce Ă  de nouvelles recherches, une Ă©quipe a trouvĂ© plus de 140 locus Ă  risque supplĂ©mentaires. Cette avancĂ©e remarquable pourrait aider Ă  prĂ©venir l’apparition du syndrome chez les patients les plus susceptibles de le dĂ©velopper.

Le syndrome des jambes sans repos (SJSR), se manifeste par des sensations dĂ©sagrĂ©ables dans les membres infĂ©rieurs. Il peut s’agir de fourmillements, de tiraillements, de brĂ»lures et/ou de picotements. La personne qui en souffre Ă©prouve le besoin impĂ©rieux de bouger les jambes pour attĂ©nuer ces symptĂ´mes. Ceux-ci surviennent principalement en pĂ©riode de repos, le soir au coucher et la nuit. En outre, la plupart des personnes atteintes prĂ©sentent des secousses musculaires involontaires pendant leur sommeil. Ces « mouvements pĂ©riodiques Â» peuvent provoquer des microrĂ©veils. Parce qu’il altère sĂ©vèrement le sommeil, le SJSR a un impact profond sur le fonctionnement quotidien, la santĂ© globale et la qualitĂ© de vie. « Le SJSR est souvent comorbide avec des troubles psychiatriques tels que la dĂ©pression ou l’anxiĂ©tĂ©, ainsi qu’avec des troubles cardiovasculaires, l’hypertension et des troubles mĂ©taboliques tels que le diabète Â», prĂ©cisent les chercheurs dans Nature Genetics.

Un syndrome répandu, mais sous-diagnostiqué

Les causes exactes du SJSR restent floues. On pense qu’une carence en fer, ainsi qu’un dysfonctionnement du système dopaminergique, jouent un rôle dans son apparition. Dans certains cas, le syndrome est lié à une pathologie métabolique (diabète, insuffisance rénale). Il peut aussi être provoqué par la prise de certains médicaments.

Les formes « familiales Â» du SJSR ont une origine gĂ©nĂ©tique. Des Ă©tudes d’association pangĂ©nomique ont dĂ©jĂ  permis d’identifier 22 locus Ă  risque. Il s’agit de rĂ©gions du gĂ©nome contenant des changements associĂ©s Ă  un risque accru de dĂ©velopper la maladie. Toutefois, il n’existe pas encore de biomarqueurs objectifs permettant de prĂ©dire ou de diagnostiquer la maladie. Ainsi, bien que le SJSR soit relativement rĂ©pandu, il reste largement sous-diagnostiquĂ©.

Plusieurs recherches ont par ailleurs démontré que la prévalence du syndrome est deux fois plus élevée chez les femmes. La contribution des facteurs génétiques à cette différence n’a pas encore été examinée.

Afin d’en savoir plus sur les facteurs génétiques de cette maladie, une équipe internationale dirigée par des chercheurs de l’Institut de neurogénomique Helmholtz de Munich, de l’Institut de génétique humaine de l’Université technique de Munich (TUM) et de l’Université de Cambridge a analysé les données de trois études d’association pangénomique indépendantes. Au total, ces données concernaient quelque 116 000 individus souffrant de SJSR et plus d’1,5 millions d’individus non affectés. L’objectif était d’identifier les différences les plus fréquentes entre ces deux groupes.

« En comprenant les bases gĂ©nĂ©tiques du syndrome des jambes sans repos, nous espĂ©rons trouver de meilleurs moyens de le gĂ©rer et de le traiter, amĂ©liorant ainsi potentiellement la vie de plusieurs millions de personnes touchĂ©es dans le monde Â», a dĂ©clarĂ© le Dr Steven Bell, Ă©pidĂ©miologiste Ă  l’UniversitĂ© de Cambridge et co-auteur de l’étude.

Un risque accru de développer un diabète

Grâce à cette analyse, l’équipe a identifié plus de 140 nouveaux locus à risque, portant le total à 164. Trois d’entre eux se trouvaient sur le chromosome X. Bien que la maladie soit deux fois plus fréquente chez les femmes, la présence de trois locus à risque sur le chromosome X ne suffit pas à expliquer cette prévalence féminine. Mais les chercheurs ont trouvé peu de différences génétiques significatives entre les deux sexes. Cela suggère, selon eux, que le SJSR résulte d’une interaction complexe entre des facteurs génétiques et environnementaux (y compris les hormones).

L’équipe a ensuite utilisĂ© diverses approches d’annotation gĂ©nomique fonctionnelle pour Ă©tablir un « score Â» permettant de classer les gènes causaux candidats parmi les locus Ă  risque. Ils ont ensuite cartographiĂ© les gènes les mieux notĂ©s par rapport au gĂ©nome « mĂ©dicamentable Â» – la rĂ©utilisation de mĂ©dicaments Ă©tant l’une des options les plus rapides pour amĂ©liorer rapidement la qualitĂ© de vie des malades.

Parmi 13 candidats potentiels ciblĂ©s par les composĂ©s existants, deux gènes – GRIA1 et GRIA4 – sont importants pour les fonctions nerveuses et cĂ©rĂ©brales. Il s’agit des rĂ©cepteurs 1 et 4 du glutamate. Ces rĂ©cepteurs sont les cibles des anticonvulsivants, tels que le pĂ©rampanel et la lamotrigine. Des essais prĂ©liminaires de ces mĂ©dicaments ont dĂ©jĂ  montrĂ© de bons rĂ©sultats chez des patients atteints du SJSR. « Un autre candidat intĂ©ressant est CCKBR, qui code pour le rĂ©cepteur prĂ©dominant de la cholĂ©cystokinine dans le cerveau Â», ajoutent les chercheurs. Ce rĂ©cepteur neuropeptidique a Ă©tĂ© associĂ© Ă  la modulation de la douleur et au comportement liĂ© Ă  l’anxiĂ©tĂ©.

Par ailleurs, l’équipe a examinĂ© les relations de cause Ă  effet entre le SJSR et d’autres problèmes de santĂ©. Elle a ainsi constatĂ© « une relation unidirectionnelle robuste et significative Â» entre le SJSR et le diabète de type 2 – ce qui signifie que le syndrome augmente le risque de dĂ©velopper un diabète.

Un lien avec le métabolisme du fer qui reste à éclaircir

Les chercheurs rapportent également avoir trouvé des relations causales probables – bien que bidirectionnelles – entre le SJSR et l’arthrose et entre le SJSR et les maladies du système respiratoire. En revanche, ils n’ont pas identifié de liens étroits entre le métabolisme du fer et les facteurs de risque génétiques du SJSR. Cependant, compte tenu de la méthode utilisée pour estimer la teneur en fer du cerveau, ces liens ne sont pas totalement à exclure pour le moment.

« Étant donnĂ© que l’on pense qu’un faible taux de fer dĂ©clenche le syndrome des jambes sans repos, nous avons Ă©tĂ© surpris de ne pas trouver de liens gĂ©nĂ©tiques forts avec le mĂ©tabolisme du fer dans notre Ă©tude. Il se peut que la relation soit plus complexe que ce que nous pensions au dĂ©part et que des travaux supplĂ©mentaires soient nĂ©cessaires Â», explique le professeur Emanuele Di Angelantonio, co-auteur de l’étude. L’équipe souligne par ailleurs que cette Ă©tude se limite aux populations d’ascendance europĂ©enne. Une extension aux autres populations est impĂ©rative pour confirmer ou complĂ©ter les rĂ©sultats.

En attendant les conclusions de ces futurs travaux, la présente étude pourrait aider à prédire le risque qu’une personne développe le SJSR. Les chercheurs affirment qu’il serait possible d’utiliser des informations de base telles que l’âge, le sexe et les marqueurs génétiques pour classer avec précision les personnes les plus susceptibles de souffrir du syndrome des jambes sans repos dans neuf cas sur dix.

Il n’existe actuellement aucun remède contre ce syndrome. Certains traitements, tels que les médicaments antiépileptiques, permettent toutefois de soulager les symptômes. Les gènes impliqués, identifiés dans cette étude, ouvrent la voie à l’amélioration des stratégies de traitement et de prévention.

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