SCIENCES ET VIE 🔵 Mystères dĂ©voilĂ©s : le culte et la momification des crocodiles dans l’Égypte ancienne – Shango Media
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SCIENCES ET VIE 🔵 Mystères dĂ©voilĂ©s : le culte et la momification des crocodiles dans l’Égypte ancienne

SCIENCES ET VIE 🔵 Mystères dĂ©voilĂ©s : le culte et la momification des crocodiles dans l’Égypte ancienne

L’Égypte ancienne est rĂ©putĂ©e pour ses pratiques religieuses complexes et son panthĂ©on riche en divinitĂ©s, dont Sobek, le dieu crocodile, occupant une place singulière. Une nouvelle Ă©tude menĂ©e par des chercheurs affiliĂ©s Ă  l’UniversitĂ© de Birmingham, publiĂ©e dans la revue Digital Applications in Archaeology and Cultural Heritage, rĂ©vèle des dĂ©tails fascinants sur le culte des crocodiles en Égypte antique.

Grâce Ă  l’analyse de crocodiles momifiĂ©s, les chercheurs ont pu reconstituer les mĂ©thodes de capture, les rituels de vĂ©nĂ©ration et les pratiques d’Ă©levage de ces redoutables prĂ©dateurs, offrant ainsi un nouvel Ă©clairage sur les interactions entre les Égyptiens et ces crĂ©atures sacrĂ©es. Ces dĂ©couvertes mettent en lumière la complexitĂ© des pratiques religieuses Ă©gyptiennes et la manière dont les crocodiles Ă©taient intĂ©grĂ©s dans leurs croyances et leurs rituels.

Le culte des crocodiles : Sobek et les avatars de la divinité

Les anciens Égyptiens considĂ©raient les crocodiles comme des incarnations terrestres de Sobek. Il s’agissait du Seigneur du Nil et des marĂ©cages primordiaux. Sobek constituait alors une divinitĂ© majeure du panthĂ©on Ă©gyptien, souvent reprĂ©sentĂ© avec une tĂŞte de crocodile. Il symbolisait la fertilitĂ© en raison de son association avec les eaux du Nil. Ces dernières Ă©taient essentielles pour l’agriculture.

Sobek se voyait également vénéré comme un dieu de la puissance militaire. Il protégeait les armées et assurait la victoire au combat. Les pharaons, se réclamant de la protection divine, lui rendaient hommage pour garantir la prospérité et la sécurité de leur règne.

Des centres de culte dĂ©diĂ©s Ă  Sobek, tels que Crocodilopolis, ont alors Ă©tĂ© dĂ©couverts. Ils contenaient des centaines de crocodiles momifiĂ©s, certains mesurant jusqu’Ă  six mètres de long. Ces animaux sacrĂ©s Ă©taient soit capturĂ©s Ă  l’Ă©tat sauvage, soit Ă©levĂ©s en captivitĂ© dans des enclos spĂ©cialement conçus. Les crocodiles y Ă©taient choyĂ©s et traitĂ©s comme des dieux vivants.

Capture et momification des crocodiles

La question de la provenance des crocodiles sacrés a longtemps intrigué les chercheurs, en raison de la complexité et du mystère entourant leur capture et leur traitement. Des hypothèses ont circulé pendant des années, suggérant que les Égyptiens pourraient avoir élevé ces animaux en captivité dans des enclos spécialement conçus, comme nous le mentionnions précédemment.

Cependant, une Ă©tude rĂ©cente menĂ©e sur un crocodile momifiĂ© de 2,2 mètres de long, conservĂ© au Birmingham Museum and Art Gallery, a apportĂ© des preuves nouvelles et Ă©clairantes. Grâce Ă  des techniques de scanner avancĂ©es, les chercheurs ont dĂ©couvert un hameçon en bronze et un poisson non digĂ©rĂ© dans l’estomac de l’animal. Cela indique que les Égyptiens l’ont capturĂ© Ă  l’Ă©tat sauvage. Ils l’ont tuĂ© peu de temps après qu’il ait avalĂ© sa dernière proie. Cette mort rapide après la capture rĂ©pondait probablement Ă  des besoins rituels.

Cette dĂ©couverte est cruciale, car elle remet en question l’hypothèse selon laquelle tous les crocodiles utilisĂ©s dans les rituels religieux Ă©taient Ă©levĂ©s en captivitĂ©. L’hameçon en bronze trouvĂ© dans l’estomac du crocodile suggère que les anciens Égyptiens utilisaient des techniques de pĂŞche sophistiquĂ©es pour capturer ces prĂ©dateurs puissants directement dans leur habitat naturel. Ces nouvelles informations montrent une approche hybride de la gestion des crocodiles.

Élevage et environnement captif

De fait, certains indices laissent penser que les Égyptiens pratiquaient Ă©galement l’Ă©levage de crocodiles. Effectivement, des fouilles archĂ©ologiques ont mis au jour des vestiges d’une ancienne Ă©closerie Ă  Medinet Madi. Ceci suggère fortement que les Égyptiens avaient mis en place des installations dĂ©diĂ©es Ă  la reproduction de ces animaux en captivitĂ©. Ces Ă©closeries comportaient probablement des bassins et des enclos conçus pour accueillir les Ĺ“ufs et les jeunes crocodiles. L’objectif Ă©tait de contrĂ´ler la population de crocodiles sacrĂ©s et de s’assurer un approvisionnement constant pour les rites religieux.

Toutefois, l’Ă©levage de ces prĂ©dateurs redoutables jusqu’Ă  l’âge adulte prĂ©sentait des dĂ©fis considĂ©rables. Notamment en termes de sĂ©curitĂ© et de logistique, comme on peut facilement l’imaginer, surtout Ă  cette Ă©poque.

Des rĂ©cits historiques, notamment ceux de l’historien grec HĂ©rodote, fournissent des dĂ©tails fascinants sur les mĂ©thodes de capture utilisĂ©es par les Égyptiens pour obtenir des crocodiles adultes. Selon HĂ©rodote, les Égyptiens attiraient les crocodiles hors de l’eau en utilisant des porcs battus. Les cris perçants de ces derniers faisaient sortir les reptiles. Une fois Ă  terre, il devenait plus aisĂ©, toute proportion gardĂ©e, de les capturer. Cette mĂ©thode ingĂ©nieuse dĂ©montre une connaissance approfondie des Égyptiens vis-Ă -vis de la biologie et du comportement de ces animaux. En combinant ces techniques de capture avec l’Ă©levage en captivitĂ©, les Égyptiens pouvaient maintenir une population stable de crocodiles sacrĂ©s, nĂ©cessaires pour leurs rituels complexes.

Le cas de Suchus

Parmi les crocodiles les plus cĂ©lèbres de l’Égypte antique, Suchus se distingue comme une incarnation vivante de Sobek. Suchus rĂ©sidait Ă  Crocodilopolis, oĂą un Ă©tang spĂ©cialement amĂ©nagĂ© lui Ă©tait rĂ©servĂ© au sein du complexe du temple. Cet Ă©tang ne constituait pas simplement un habitat. Il s’agissait d’un vĂ©ritable sanctuaire oĂą Suchus recevait une attention et des soins dignes d’un dieu.

Les prĂŞtres, chargĂ©s de son bien-ĂŞtre, lui offraient une alimentation luxueuse. Elle se composait de pain, de viande et de vin. Elle surpassait largement le rĂ©gime alimentaire de la population humaine de l’Ă©poque. En outre, Suchus se voyait ornĂ© de mĂ©taux prĂ©cieux et de bijoux. Ils devaient symboliser son statut divin et la vĂ©nĂ©ration que lui portaient les fidèles.

Le traitement rĂ©servĂ© Ă  Suchus illustre la profondeur de la dĂ©votion des Égyptiens envers leurs divinitĂ©s animales et les soins prodiguĂ©s aux animaux sacrĂ©s dans le cadre de ce culte religieux. En tant qu’incarnation de Sobek, Suchus Ă©tait perçu comme un intermĂ©diaire entre le monde des hommes et le divin, justifiant ainsi l’importance des rituels et des offrandes.

Les descriptions dĂ©taillĂ©es des soins apportĂ©s Ă  Suchus dĂ©montrent comment les Égyptiens combinaient respect religieux et pratiques quotidiennes pour honorer leurs dieux. Certes, ce niveau de dĂ©vouement et d’attention reflète non seulement la complexitĂ© des croyances Ă©gyptiennes. Mais il tĂ©moigne aussi de leur capacitĂ© Ă  intĂ©grer les animaux dans leur vision du sacrĂ©. Cela par l’attribution des rĂ´les essentiels dans le maintien de l’harmonie cosmique et sociale.

Source : L.M. McKnight et al., “Seeing is believing – The application of Three-Dimensional modelling technologies to reconstruct the final hours in the life of an ancient Egyptian Crocodile”, Digital Applications in Archaeology and Cultural Heritage, Volume 34, September 2024, e00356

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