SCIENCES ET VIE 🔵 Exploitation de lithium dans l’Allier : une mine responsable est-elle possible ? – Shango Media
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SCIENCES ET VIE 🔵 Exploitation de lithium dans l’Allier : une mine responsable est-elle possible ?

En cette matinée de mars, ils sont une vingtaine à assister à la conférence de presse du groupe Imerys concernant le projet de mine de lithium EMILI (Exploitation de Mica LIthinifère), suivie de la visite de l’actuelle carrière de kaolin, une argile blanche utilisée notamment pour l’industrie papetière et céramique, dont Imerys est ici l’exploitant en plus d’en être le premier producteur mondial.

[Un article de The Conversation Ă©crit par Fanny Verax, professeure associĂ©e en transition Ă©cologique et entrepreneuriat social, EM Lyon Business School]

L’actuelle carrière de kaolin. Fanny VerraxFourni par l’auteur

Professeure associĂ©e en transition Ă©cologique et entrepreneuriat social Ă  l’Emlyon Business School collaborant Ă  The Conversation France, je suis parmi ces journalistes venus de Lyon ou de Paris et j’ouvre grand les oreilles.

Car ce qui se joue Ă  Échassières dĂ©passe largement ses 373 habitants. Ce projet de mine de lithium est prĂ©sentĂ© comme indispensable Ă  la transition Ă©nergĂ©tique, ce mĂ©tal Ă©tant principalement utilisĂ© pour les batteries Li-ion des vĂ©hicules Ă©lectriques. S’il se concrĂ©tise, ce projet serait Ă©galement la première mine ouverte en France depuis près de 50 ans dans un contexte de rĂ©forme du code minier, et d’assouplissement controversĂ© des garde-fous environnementaux, sanitaires et dĂ©mocratiques.

Mine verte ou responsable ?

Conscient des questionnements sur les consĂ©quences environnementales du projet, un reprĂ©sentant d’Imerys commence par concĂ©der devant les journalistes : « La mine verte n’existe pas. Mais avec la mine responsable, nous pouvons nĂ©anmoins essayer de minimiser les impacts. Â»

Fourni par l’auteur

Pour pouvoir se rĂ©clamer de ce concept de mine responsable, Imerys met en avant plusieurs engagements volontaires : protection de la biodiversitĂ© avec act4nature, et respect de la norme IRMA (Initiative for Responsible Mining Assurance), une norme de performance volontaire crĂ©Ă©e en 2006, ayant le mĂ©rite de rassembler toutes les parties prenantes (entreprises minières, acheteurs, investisseurs, ONG, syndicats, communautĂ©s affectĂ©es).

Seul bĂ©mol : la première Ă©tape de la dĂ©marche IRMA est une auto-dĂ©claration, et une entreprise minière peut donc se rĂ©clamer de la dĂ©marche IRMA sans se soumettre Ă  un contrĂ´le externe. Par ailleurs, mĂŞme en cas d’audit externe, s’il est vrai que les auditeurs externes d’IRMA passent plus de temps sur site qu’aucun autre standard de vĂ©rification (de l’ordre de 14 jours pour une Ă©quipe de 2 personnes), cette durĂ©e reste trop courte pour garantir une vĂ©rification exhaustive de tous les Ă©lĂ©ments du standard IRMA.

Si le seul label IRMA ne garantit donc pas de bonnes pratiques environnementales ou sociales, qu’en est-il de la lĂ©gislation française ?

Ă€ Échassières, IMERYS ne manque pas de revendiquer une responsabilitĂ© environnementale et sociale qui serait garantie par le respect des standards europĂ©ens, et plus encore, du respect du « cadre rĂ©glementaire français, parmi les plus stricts au monde Â».

Je ne peux alors m’empĂŞcher de penser Ă  ce rapport de l’OCDE montrant que la France est nettement en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE concernant la sĂ©vĂ©ritĂ© de sa politique environnementale. Je pense surtout au rapport de GEODERIS (Groupement d’IntĂ©rĂŞt Public (GIP) constituĂ© par le ministère de la transition Ă©cologique et solidaire, le BRGM et l’INERIS) identifiant en France 28 « sites de dĂ©chets miniers dĂ©saffectĂ©s ayant des incidences graves sur l’environnement ou risquant, Ă  court ou Ă  moyen terme, de constituer une menace sĂ©rieuse pour la santĂ© humaine ou l’environnement. Â»

Bref, le seul respect de la rĂ©glementation française n’est pas pour me rassurer. Mais justement, l’entreprise affirme aller au-delĂ  du cadre rĂ©glementaire, en ayant effectuĂ© un certain nombre de « choix structurants Â» garantissant la qualitĂ© environnementale du projet.

Des « choix structurants Â»

« Si on veut que ce projet fonctionne, on sait qu’on doit le faire diffĂ©remment. C’est pour ça que dès le dĂ©but, nous avons effectuĂ© des choix structurants Â» affirme Alan Parte, vice-prĂ©sident des projets lithium du groupe.

D’abord celui d’une mine souterraine rĂ©partie autour de trois sites : l’extraction du mica Ă  Échassières, sous l’actuelle carrière de kaolin, et sa concentration Ă  Beauvoir, d’oĂą il est ensuite envoyĂ© 17 km Ă  l’est vers une « plateforme de chargement Â» près de Saint-Bonnet de Rochefort avant d’être expĂ©diĂ© par voie ferrĂ©e vers « La Lou Â», dans l’agglomĂ©ration de Montluçon, oĂą se trouverait un site de conversion en hydroxyde de lithium.

Pour transporter le concentré de mica entre Beauvoir et Saint-Bonnet de Rochefort, Imerys a fait le choix de canalisations souterraines, ce qui permettrait d’éviter l’équivalent d’une centaine de poids lourds par jour.

Dossier de maitrise d’ouvrage, p. 48. DĂ©bat public

Ainsi pensĂ©e, la mine souterraine Ă  Échassières prĂ©sente de fait plusieurs avantages, indĂ©niables, par rapport Ă  une mine Ă  ciel ouvert de taille Ă©quivalente : une emprise au sol moins importante, le concassage en souterrain qui permet de limiter les nuisances sonores ainsi que l’impact visuel.

Quant Ă  la gestion des rĂ©sidus miniers, il n’est pas prĂ©vu de mobiliser de surface supplĂ©mentaire pour les stocker. Comment cela est-il possible ? En valorisant les sous-produits issus de l’extraction de mica lithinifère (notamment le feldspath pour la filière du carrelage et de la cĂ©ramique), et en procĂ©dant Ă  un remblaiement souterrain progressif de la mine (Ă  hauteur de 800 000 tonnes) et de la carrière de kaolin actuelle (pouvant accueillir environ 500 000 tonnes).

Enfin, concernant le point le plus sensible du projet, l’approvisionnement en eau, l’entreprise explique que grâce Ă  un dispositif innovant, 90 % de l’eau serait recyclĂ©e dans un circuit fermĂ©, voire 95 % d’après des chiffres plus rĂ©cents communiquĂ©s par l’entreprise. Pour les 10 % restant, soit 1,2 million de m3 d’eau par an, la moitiĂ© serait prĂ©levĂ©e de la station des eaux usĂ©es de Montluçon, et l’autre moitiĂ© (600 000 m3) prĂ©levĂ©s chaque annĂ©e dans la Sioule, une rivière Ă  30 km d’Échassières, ce qui ne reprĂ©senterait qu’1/1000ème de son dĂ©bit moyen, et 1/100ème en cas de sĂ©cheresse, un ratio qui a de quoi rassurer les Ă©lus et les habitants.

Un transport par canalisation et par fret ferroviaire plutĂ´t que par route, une mine souterraine, des dĂ©chets miniers utilisĂ©s pour remblayer, et une gestion quasi-circulaire de l’eau : voilĂ  donc les principaux arguments, les fameux « choix structurants Â» qui permettent Ă  Imerys de qualifier le projet de mine de « responsable Â». Ces choix reprĂ©sentent un surcoĂ»t d’environ 20 % du coĂ»t total des opĂ©rations – j’apprendrai plus tard dans la conversation que l’entreprise espère obtenir des subventions publiques a minima Ă  hauteur de ces 20 %, une information qui est peu mise en avant.

Après cette présentation institutionnelle, qui se veut rassurante, vient le temps des questions, dont beaucoup ne trouveront pas de réponse satisfaisante.

Questions sans réponses

Reprenons deux des principaux arguments : une gestion responsable des dĂ©chets miniers et de l’approvisionnement en eau.

Quand on parle de déchets miniers, on distingue les stériles, les roches trop pauvres, écartées pour accéder au gisement d’intérêt, et les résidus miniers, qui sont issus du traitement du minerai.

D’après le dossier du maĂ®tre d’ouvrage, chaque annĂ©e EMILI gĂ©nèrerait :

  • 1 350 000 tonnes de stĂ©riles et rĂ©sidus de concentration sur le site de Beauvoir
  • 600 000 Ă  800 000 tonnes de rĂ©sidus solides sur le site de l’usine de conversion de Montluçon

Les stĂ©riles et rĂ©sidus de Beauvoir seraient utilisĂ©s comme remblais progressif de la carrière de kaolin et de la mine Ă  Echassières. Mais quid des rĂ©sidus miniers issus de l’usine de conversion de Montluçon, qui seront nĂ©cessairement les plus toxiques, puisque leur traitement requiert de grandes quantitĂ©s d’acide sulfurique ?

Il faut qu’une journaliste pose spĂ©cifiquement cette question pour que ces rĂ©sidus fassent leur apparition dans le discours de l’entreprise. La rĂ©ponse se veut pourtant toujours rassurante : « Oui, on les acheminera par train, Ă  raison de trois aller-retour par jour Â». « Mais vers oĂą ? Â» – un silence gĂŞnĂ© s’installe. « On ne sait pas encore, nous sommes en train de chercher Â». Le Dossier du MaĂ®tre d’Ouvrage ne nous en apprend pas plus, mais prĂ©cise que ces 600 Ă  800 000 tonnes annuelles « seraient si possible valorisĂ©s ou utilisĂ©s en rĂ©habilitation de carrières existantes Â», qu’il s’agit donc de trouver. Par un tour de passe-passe sĂ©mantique, une zone de dĂ©charge de rĂ©sidus miniers toxiques se retrouve ainsi transformĂ©e en « rĂ©habilitation de carrière Â».

Quant Ă  l’eau, en admettant que le procĂ©dĂ© de recyclage Ă  hauteur de 90 % fonctionne, les chiffres annoncĂ©s par Imerys permettent de faire le calcul suivant : si les 10 % restant reprĂ©sentent 1,2 million de m3, le volume global d’eau nĂ©cessaire devrait ĂŞtre de 12 millions de m3, et l’entreprise devrait avoir un approvisionnement initial en eau de cette taille. Mais d’oĂą viendrait cette eau ?

Je me rapproche pendant le dĂ©jeuner du gĂ©ologue en charge du projet et lui pose la question. Il a l’air surpris et m’assure n’avoir jamais entendu ce chiffre. Il me propose de poser la question Ă  son collègue en charge des Ă©tudes environnementales, ce qu’une collègue journaliste s’empresse de faire. Le salariĂ© semble tout aussi surpris, et affirme : « Je ne sais pas, nous n’y avons jamais rĂ©flĂ©chi Â».

Deux mois plus tard, l’entreprise publie un complĂ©ment d’information sur le site de la Commission Nationale du DĂ©bat Public (CNDP). L’eau nĂ©cessaire au bon fonctionnement de l’usine de concentration sera prĂ©levĂ©e sur diffĂ©rents bassins versants, « bien au-delĂ  du massif de la Bosse. » Je ne peux m’empĂŞcher de m’interroger : cette information aurait-elle Ă©tĂ© communiquĂ©e si nous ne leur avions pas posĂ© la question ?

Fourni par l’auteur

De l’ingénierie de la promesse à la rhétorique du projet

Les sciences sociales ont bien documentĂ© une ingĂ©nierie de la promesse dans le contexte du renouveau minier, pour dĂ©crire la façon dont des acteurs privĂ©s utilisent des gammes d’arguments et des narratifs diffĂ©rents pour convaincre tantĂ´t des investisseurs qu’il s’agit de projets rentables, tantĂ´t des populations et des Ă©lus qu’il s’agit de projets de dĂ©veloppement du territoire soutenables.

Si cette ingĂ©nierie de la promesse se retrouve sans aucun doute dans le cas du projet EMILI, on peut lui adjoindre une autre stratĂ©gie de communication, que l’on pourrait nommer la rhĂ©torique du projet : chaque fois qu’une question d’ordre environnemental appelant lĂ©gitimement une rĂ©ponse est soulevĂ©e, l’absence de rĂ©ponse technique est prĂ©sentĂ©e comme un gage de l’ouverture de l’entreprise et de son adhĂ©sion au processus dĂ©mocratique du dĂ©bat public : « si on avait rĂ©ponse Ă  tout, c’est que le projet serait dĂ©jĂ  entièrement ficelĂ© Â».

Les zones d’ombre les plus inquiĂ©tantes doivent donc, tour de passe-passe incroyable, ĂŞtre interprĂ©tĂ©es plutĂ´t comme un gage que le champ des possibles reste ouvert, et qu’il s’agit bien d’un projet auquel la population peut participer en donnant son avis. Gage qui se matĂ©rialise Ă©galement dans la langue : tous les acteurs font bien attention Ă  parler du projet de mine au conditionnel, et non au futur. Et comme la diffĂ©rence ne s’entend pas toujours Ă  l’oral, la directrice de la communication, Claire Garnier, insiste parfois : « je ferais, A-I-S, hein ? Â»

Un projet en cours, soit. L’entreprise ne dit rien, en revanche, des intérimaires qui ont parcouru le territoire durant l’été 2023 pour sonder l’acceptabilité sociale du projet auprès des riverains, notamment à Saint-Bonnet de Rochefort, une commune majoritairement opposée au projet.

Banderole Ă  St Bonnet. Fanny VerraxFourni par l’auteur

Jacques Morisot, habitant de Saint-Bonnet qui a Ă©tĂ© interrogĂ© dans ce cadre, explique qu’il s’agissait d’« une technique de « sondage Â» bien ficelĂ©e pour pouvoir argumenter ensuite sur le fait que la population n’est pas vraiment opposĂ©e mais, plutĂ´t en attente de quelques rĂ©ponses techniques. Â» En effet, les questions fermĂ©es ou Ă  choix multiples ne permettent que peu aux sondĂ©s d’exprimer leurs doutes. Pour Jacques Morisot, ce « questionnaire partial Â» commanditĂ© par l’entreprise Imerys de façon confidentielle s’apparente Ă  une « transgression au dĂ©bat public. Â»

Un débat asymétrique

Après le déjeuner, nous allons visiter la carrière actuelle de kaolin. Une jeune géologue d’Imerys nous montre une carotte de mica lithinifère. Elle est enthousiasmée par le projet, et plus encore, par le fait qu’il soit en France.

« Quand on est gĂ©ologue, on sait qu’on va devoir partir loin. C’est inespĂ©rĂ© pour moi de pouvoir exercer mon mĂ©tier en France. Â»

Plusieurs journalistes notent ses propos : la relance minière, c’est aussi ça, relocaliser des emplois pour lesquels la France offre toujours une formation d’excellence, mais peu de dĂ©bouchĂ©s professionnels ensuite, faute de mine.

Une carotte de Mica. Fanny VerraxFourni par l’auteur

Un journaliste pose alors une question :

  • Donc ça, c’est une carotte de lithium ?
  • Euh non, pas exactement, c’est une carotte de mica qui contient du lithium.
  • Mais il est oĂą ? Je ne le vois pas !

C’est que, comme pour la plupart des « mĂ©taux de spĂ©cialitĂ© Â», la teneur en mĂ©tal est faible. En l’occurrence, le mica d’Échassières contient de l’oxyde de lithium Ă  hauteur d’environ 0,9 %. Le journaliste a l’air déçu, peut-ĂŞtre s’attendait-il Ă  voir des lingots de lithium ? Cette anecdote met surtout en Ă©vidence un Ă©lĂ©ment essentiel : l’irrĂ©ductible asymĂ©trie du dĂ©bat.

Si Imerys n’a pas l’habitude en effet d’être sous les projecteurs, l’entreprise maĂ®trise en revanche la partie technique du projet bien mieux que la majoritĂ© des parties prenantes, et pour cause : quel journaliste, quel Ă©lu, quel riverain peut se targuer de comprendre les aspects techniques du projet au moins aussi bien que des ingĂ©nieurs et gĂ©ologues formĂ©s et travaillant Ă  temps plein sur le sujet ?

Si Imerys n’est bien sûr pas responsable de l’asymétrie du débat, on pourrait en revanche attendre de l’entreprise qu’elle avance clairement tous les éléments du dossier, sans attendre la question technique ou critique qui aurait pu ne jamais être posée.

Une conception très étroite de la responsabilité

A la rhĂ©torique du projet et au maintien volontaire d’un dĂ©bat asymĂ©trique s’ajoute enfin un dernier Ă©lĂ©ment dans la stratĂ©gie de dĂ©responsabilisation, puisqu’Imerys refuse d’entrer dans le dĂ©bat sur les usages du lithium qu’elle commercialisera(-it !).

Au dĂ©but de la confĂ©rence de presse, l’entreprise a commencĂ© par rappeler qu’en France, 30 % des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre viennent du transport, et qu’il n’y a « pas beaucoup d’autres possibilitĂ©s pour la mobilitĂ© Â» que de construire des batteries pour des voitures Ă©lectriques.

En deux phrases, on a glissĂ© de la description Ă  l’opinion, du registre descriptif au registre normatif. Oui, c’est vrai, la mobilitĂ© reposant essentiellement sur des vĂ©hicules thermiques individuels comme c’est le cas aujourd’hui est insoutenable, mais non, la seule alternative n’est pas de remplacer toutes les voitures thermiques par des voitures Ă©lectriques, une option qui n’est de toutes les façons pas viable au niveau mondial, quand on sait qu’il y a près d’1,5 milliard de voitures en circulation.

Imerys ajoute nĂ©anmoins que « l’électrification n’est pas antinomique avec une rĂ©flexion sur les usages Â», sans pour autant souhaiter s’engager dans cette rĂ©flexion, ni pendant la confĂ©rence de presse, ni lors de l’ouverture du dĂ©bat public qui a eu lieu la veille.

Pour rappel, la justification omniprĂ©sente et univoque du projet EMILI est de fournir le lithium nĂ©cessaire Ă  700 000 vĂ©hicules Ă©lectriques par an afin de participer Ă  la transition Ă©nergĂ©tique.

Ce chiffre a Ă©tĂ© obtenu Ă  partir d’un poids moyen des vĂ©hicules et des batteries actuellement sur le marchĂ©. Or on sait que le lithium nĂ©cessaire pour une batterie de grosse berline ou de SUV (10 kg) est deux fois supĂ©rieur au lithium nĂ©cessaire pour une citadine de poids moyen (5 kg). Poids qui est lui-mĂŞme 100 fois supĂ©rieur au lithium nĂ©cessaire pour une batterie de vĂ©lo Ă©lectrique (50 grammes). La mine de lithium d’Imerys pourrait ainsi servir Ă  Ă©quiper annuellement 700 000 voitures Ă©lectriques, ce qui en 25 ans reprĂ©senterait moins de la moitiĂ© du parc automobile français Ă  usage constant, ou alors par exemple 500 000 voitures Ă©lectriques, et 20 millions de vĂ©los Ă©lectriques, ce qui participerait d’une transition Ă©nergĂ©tique soutenable au niveau europĂ©en et prenant en compte les autres contraintes physiques de la transition (consommation d’électricitĂ©, approvisionnement en autres mĂ©taux).

Mais ces trajectoires alternatives de la transition sont invisibilisées, et ni l’État, ni Imerys ne souhaitent les mettre en débat.

Dans ce contexte, la position d’Imerys peut bien sĂ»r ĂŞtre considĂ©rĂ©e en partie comme lĂ©gitime, dans la mesure oĂą la question des usages finaux concerne les clients des clients d’Imerys, qui, comme l’immense majoritĂ© des entreprises minières, commercialise ses produits en « B2B2B2C Â», c’est-Ă -dire avec plusieurs intermĂ©diaires entre l’entreprise et le client final. Mais refuser d’entrer dans le dĂ©bat sur les usages du mĂ©tal que l’on extrait, c’est participer d’un phĂ©nomène de dilution de la responsabilitĂ© qui ne peut en aucun cas ĂŞtre considĂ©rĂ© comme compatible avec un projet de « mine responsable Â».

Si les « choix structurants Â» opĂ©rĂ©s par Imerys permettent en effet de rĂ©duire une partie des nuisances, notamment sonores et visuelles du projet EMILI, un projet de mine vĂ©ritablement responsable s’appuierait Ă©galement sur ces trois autres piliers que sont : une transparence de l’information permettant aux parties prenantes de s’approprier le sujet sans avoir Ă  « dĂ©busquer Â» les Ă©lĂ©ments techniques les plus problĂ©matiques ; des rĂ©ponses claires apportĂ©es sur la gestion de l’eau et des rĂ©sidus miniers dès le dĂ©but du dĂ©bat public, sans dissimuler les zones d’ombre derrière une rhĂ©torique du projet faussement dĂ©mocratique ; enfin et surtout, une mise en dĂ©bat des usages du lithium avec tous les acteurs du territoire, et plus largement, au niveau national et europĂ©en.

The Conversation

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