SCIENCEPOST 🔵 Voici la plante qui accompagnera (peut-être) les premiers Terriens sur Mars
Un pari audacieux sur la plus humble des plantes
Lorsque le professeur Tomomichi Fujita de l’université d’Hokkaido a choisi la mousse terrestre comme sujet d’étude spatial, ce n’était pas un hasard. Ces végétaux minuscules qui tapissent les rochers et les sous-bois possèdent une résilience hors du commun. On les retrouve dans l’Himalaya à haute altitude, en Antarctique où presque rien ne pousse, et dans des conditions que la plupart des organismes jugent invivables.
Bien avant l’apparition des arbres et même des fougères, ces minuscules forêts dominaient la Terre il y a cinq cents millions d’années. Si elles ont réussi à coloniser notre planète quand elle était encore hostile, pourquoi ne pourraient-elles pas en faire autant ailleurs ?
Mais envoyer des échantillons vers l’ISS coûte une fortune. L’équipe a donc d’abord procédé à une sélection rigoureuse en laboratoire, testant différentes formes de mousse face aux dangers spatiaux : vide absolu, rayonnements ultraviolets intenses, températures oscillant entre moins cent quatre-vingt-seize et cinquante-cinq degrés Celsius.
Une élimination impitoyable
Les résultats préliminaires publiés dans iScience ont été sans appel. Les jeunes mousses en pleine croissance ? Tuées instantanément par les UV. Les cellules porteuses que la plante produit en situation de stress ? 70% d’entre elles n’ont pas survécu aux ultraviolets seuls. Seules les spores encapsulées, protégées dans une structure robuste construite par la plante, ont franchi tous les obstacles.
Ces sporophytes ont alors gagné leur billet pour l’espace. Des astronautes les ont fixés à l’extérieur de la Station Spatiale Internationale, où elles ont affronté pendant neuf mois l’environnement le plus hostile imaginable pour un organisme vivant.
Fujita s’attendait au pire. La combinaison du vide spatial, des rayonnements cosmiques, de la microgravité et des variations thermales extrêmes devait logiquement provoquer des dégâts catastrophiques. Son équipe anticipait un taux de survie quasi nul.

Un triomphe minuscule aux conséquences gigantesques
Le résultat a stupéfait les chercheurs. Quatre-vingt-six pour cent des spores exposées ont germé après leur retour sur Terre. Pour celles qui avaient été partiellement protégées des UV tout en restant exposées aux autres conditions, le taux grimpait à quatre-vingt-dix-sept pour cent.
Cette performance remarquable suggère que la vie terrestre possède, au niveau cellulaire, des mécanismes intrinsèques de résistance aux conditions spatiales. Des mécanismes que nous commençons seulement à comprendre.
L’équipe attribue ce succès à la structure que la mousse édifie autour de ses spores, capable notamment d’absorber les rayons UV. Cette protection serait un héritage évolutif datant de l’époque où les mousses ont quitté les océans pour devenir les premiers organismes terrestres, affrontant alors un environnement presque aussi hostile que l’espace.
Les premières habitantes de Mars ?
Sur la base de ces observations, les scientifiques estiment que des spores pourraient théoriquement survivre environ quinze ans dans l’espace tout en conservant leur capacité à établir un jardin de mousse sur un nouveau monde. Une durée largement suffisante pour un voyage vers Mars.
Toutefois, si l’humanité veut s’aventurer au-delà de sa planète natale en emmenant des formes de vie, le défi ne s’arrête pas au voyage spatial. Survivre au transit est une chose, prospérer à l’arrivée en est une autre. Mars présente les mêmes dangers que l’espace, auxquels s’ajoutent des sols potentiellement toxiques et des conditions atmosphériques radicalement différentes de celles que connaissent nos plantes.
Fujita reconnaît d’ailleurs que son équipe n’a testé que la capacité à germer, sans évaluer les éventuelles conséquences à long terme de l’exposition spatiale sur le développement ultérieur de la plante.
Un premier pas vers des écosystèmes extraterrestres
Malgré ces incertitudes, cette expérience publiée dans la revue iScience marque une étape cruciale. Elle démontre qu’établir des écosystèmes sur la Lune ou Mars n’appartient plus uniquement au domaine de la science-fiction.
Les futurs explorateurs martiens espèrent sans doute que d’autres végétaux, comme la pomme de terre tant prisée par Matt Damon dans Seul sur Mars, se révéleront tout aussi résistants. Dans le cas contraire, ils devront peut-être se familiariser avec la soupe de mousse, un mets traditionnellement consommé en Islande.
En attendant, ces humbles spores qui ont défié le vide cosmique nous rappellent que les organismes les plus discrets sont parfois les plus extraordinaires.
