SCIENCEPOST 🔵 Ce n’est pas juste de la vapeur : le « vapotage passif » cache un cocktail de plomb et d’arsenic qui attaque vos poumons
C’est une scène banale : vous êtes dans une pièce, quelqu’un vapote à côté de vous. L’odeur est fruitée, légère, et se dissipe vite. Instinctivement, vous vous dites : « C’est juste de la vapeur d’eau, c’est moins pire que la cigarette ». Détrompez-vous. Une nouvelle étude inquiétante de l’Université de Californie révèle que cette brume invisible, en « vieillissant » dans l’air ambiant, se transforme en un cocktail chimique microscopique capable d’attaquer vos poumons aussi violemment que la fumée traditionnelle.
L’alchimie invisible du « vapotage passif »
Jusqu’à présent, le débat sur la cigarette électronique se focalisait sur l’utilisateur. Mais quid de l’entourage ? Les chercheurs de l’UC Riverside se sont penchés sur les « aérosols vieillissants », c’est-à -dire la vapeur qui stagne dans une pièce fermée une fois expirée. Contrairement à la fumée de tabac qui est visible et odorante, les aérosols de vape semblent disparaître. En réalité, ils flottent et réagissent avec l’environnement, notamment avec l’ozone présent dans nos intérieurs.
L’étude montre qu’après seulement 90 minutes de suspension dans l’air, ces gouttelettes subissent une transformation chimique redoutable. Les composés organiques volatils (les arômes) réagissent pour former des peroxydes hautement réactifs. Pire encore : la vapeur transporte des traces de métaux arrachés à la résistance chauffante de l’appareil électronique. On y retrouve du fer, de l’aluminium, du zinc, mais aussi des métaux lourds toxiques comme le plomb, l’étain et l’arsenic.
Les particules ultrafines : des chevaux de Troie métalliques
Le véritable danger identifié par l’équipe du professeur Ying-Hsuan Lin réside dans la taille de ces particules. En vieillissant, le nuage de vape contient une forte concentration de particules « ultrafines ». Ces éléments sont si minuscules qu’ils déjouent les barrières naturelles de notre système respiratoire (les poils du nez, le mucus). Ils descendent jusqu’au plus profond des poumons, atteignant les alvéoles, ces petits sacs fragiles où se font les échanges d’oxygène avec le sang.
C’est là que le piège se referme. Les chercheurs ont simulé ce qui se passe quand ces particules entrent en contact avec l’humidité pulmonaire. Le résultat est effrayant : le mélange de métaux et de peroxydes déclenche une réaction en chaîne, produisant des « radicaux libres ». Ces molécules instables attaquent les cellules saines, provoquant un stress oxydatif majeur. L’étude révèle que les particules ultrafines produisent 100 fois plus de radicaux nocifs par rapport à leur poids que les particules plus grosses. En clair : ce que vous ne voyez pas est ce qui vous blesse le plus.

Une menace pour les non-fumeurs
Cette découverte rebat les cartes de la prévention. Si vapoter est souvent considéré comme un outil de réduction des risques pour le fumeur (ce qui reste vrai par rapport au goudron du tabac), le vapotage passif, lui, n’est pas anodin pour l’entourage. « Les personnes exposées au tabagisme passif ne devraient pas avoir à respirer cela », insiste Ying-Hsuan Lin. Le risque est particulièrement élevé pour les populations vulnérables : les enfants, les personnes âgées, et surtout les asthmatiques ou les patients souffrant de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), dont les tissus pulmonaires sont déjà inflammés.
Alors que la vape s’est démocratisée dans les lieux conviviaux et parfois même au bureau ou à la maison, cette étude suggère qu’il est temps d’appliquer la même courtoisie — et la même prudence — qu’avec la cigarette classique. Ce n’est pas parce que ça sent la fraise que c’est sans danger.
