SCIENCE ET VIE 🔵 Voici la chose la plus malodorante du monde, selon les experts

L’odorat humain est un sens à la fois primitif et redoutablement
sensible. Il suffit d’une molécule infime pour déclencher un
souvenir, une répulsion ou une alerte. Certaines odeurs nous
préviennent d’un danger, d’autres suscitent le plaisir ou la
curiosité. Mais à l’extrémité de ce spectre sensoriel se trouvent
des effluves si puissants qu’ils deviennent une épreuve. C’est dans
cette zone extrême que la science tente d’identifier la chose la
plus malodorante du monde.
Quand la nature joue les parfumeurs toxiques
Durian, cadavre vĂ©gĂ©tal ou oiseaux des marais, l’Ă©volution n’a
pas toujours bon goût. Certaines espèces ont appris à se défendre,
se faire repérer ou séduire grâce à des effluves qui feraient
fuir un comité d’experts en décontamination. Et toutes ces odeurs,
aussi insoutenables soient-elles, ont un sens biologique.
C’est le cas du fruit roi d’Asie du Sud-Est, le durian. Derrière
son écorce hérissée se cache une chair prisée… et un parfum décrié.
Selon Smithsonian Magazine, il a été
décrit par le journaliste culinaire Richard Sterling comme un
mélange de térébenthine, d’oignon et de vieille chaussette, et
l’auteur Anthony Bourdain lui trouvait un charme « indescriptible
», tout en notant que l’haleine d’un amateur de durian évoquait
celle d’un cadavre. Une équipe du German Research Center for Food
Chemistry a mis en évidence que l’odeur du fruit provenait non
pas d’un seul composé, mais de la combinaison explosive d’une
cinquantaine de molécules odorantes aux notes de caoutchouc,
fromage, oignon ou ail.
La plante Amorphophallus titanum, surnommée «
fleur cadavre », est tout aussi redoutée. À maturité, elle émet
une odeur de viande en décomposition, conçue pour attirer les
insectes nécrophages. Cette plante géante, originaire de Sumatra,
est capable de diffuser son parfum pestilentiel Ă plus de 500
mètres.
Mais les animaux n’ont pas dit leur dernier mot. Le hoazin,
oiseau d’Amérique du Sud, est surnommé « poule puante » à cause
de son alimentation exclusivement composée de feuilles fermentées,
qui lui donne une odeur proche du fumier. Il partage cet art de
l’alerte odorante avec le célèbre putois rayé, capable de projeter
un liquide nauséabond détectable à plusieurs kilomètres.

Quand les laboratoires fabriquent l’insoutenable
Certains effluves ne doivent rien Ă la nature et tout Ă la
chimie. Ils sont parfois accidentels, parfois intentionnels, mais
toujours mémorables. Dans le monde industriel, la puanteur peut
devenir une arme sensorielle.
L’ethyl mercaptan, par exemple, est ajouté aux gaz domestiques
pour permettre de détecter les fuites. Cette molécule, pourtant
inoffensive à très faible concentration, rappelle l’odeur d’un
égout saturé d’oignons pourris. Mais cette substance, bien que
célèbre pour son caractère désagréable, n’est pas la plus puissante
de son espèce.
Le véritable record semble revenir au thioacétone, un composé
dĂ©rivĂ© du soufre dont la concentration dĂ©tectable descend jusqu’Ă
0,02 partie par milliard. Selon BBC Science Focus, une tentative
de distillation de cette molécule en 1889 à Fribourg, en Allemagne,
aurait provoqué une vague de vomissements et de pertes de
connaissance dans un rayon de plusieurs centaines de mètres.
Depuis, sa manipulation est extrêmement encadrée, tant le simple
relâchement d’une infime dose suffit à empoisonner l’atmosphère
d’un quartier entier.
Parfois, la puanteur devient un vrai gage de qualité, surtout
dans le
monde du fromage. La BBC raconte l’histoire du Minger, un fromage
écossais créé pour repousser les limites du supportable. Son
inventeur le décrit comme brutal pour l’odorat, mais étonnamment
doux en bouche. Pourtant, plusieurs supermarchés ont préféré ne pas
le proposer en rayon. En France, le Vieux-Boulogne s’impose aussi
dans cette catégorie. À ce jour, il reste interdit dans certains
transports, car son odeur est jugée trop agressive.
Quand la chose la plus malodorante du
monde échappe à toute hiérarchie
Entre le putois prêt à se défendre, la
fleur qui imite la charogne, le fruit qui divise l’Asie et le
produit chimique capable d’anéantir une équipe de laboratoire, la
compétition est rude. Pourtant, un classement reste possible si
l’on s’en tient à la science de la détection.
Ce que la chose la plus malodorante du monde a de particulier,
c’est son seuil de perception. Le thioacétone, selon les données
disponibles, est repéré par l’odorat humain à des concentrations 1
000 fois plus faibles que le gaz de ville. À ce niveau, la toxicité
n’est plus seulement chimique, elle devient sociale. Elle déclenche
réflexes de fuite, maux de tête et nausées instantanées.
Mais ce classement ne saurait être définitif. L’olfaction est un
sens subjectif, influencé par la culture, l’exposition et la
mémoire. Certains respireront un fromage avec gourmandise, quand
d’autres fuiront un fruit avant même de l’avoir goûté. Et entre
les animaux, les plantes, les molécules industrielles et les
productions humaines, les sources de nausée rivalisent sans jamais
vraiment se départager.
Dans cette compétition olfactive, une chose est sûre : la
puanteur absolue n’existe que dans le nez de celui qui la
subit.
