RFI 🔵 Inondations en Asie du Sud-Est: au Sri Lanka, un afflux massif de réfugiés climatiques

Au Sri Lanka, les secours et la reconstruction s’annoncent difficiles après le passage du cyclone Ditwah. Plus de 230 000 personnes ont dĂ» fuir et au moins 465 ont trouvĂ© la mort. Le gouvernement a ouvert plus de 1 400 camps pour les rĂ©fugiĂ©s climatiques. Mercredi 3 dĂ©cembre, le gouvernement a estimĂ© Ă 6 ou 7 milliards de dollars le coĂ»t de la reconstruction après les inondations massives qui ont noyĂ© le pays, en phase de fragile reprise Ă©conomique depuis la crise historique qui l’a ruinĂ© en 2022.
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Les crues et glissements de terrain causĂ©s par les pluies exceptionnelles qui ont accompagnĂ© le passage du cyclone Ditwah la semaine dernière ont dĂ©truit de nombreuses habitations, infrastructures et entreprises. Sur une colline, une statue de Bouddha semble contempler les quartiers informels envahis par une eau boueuse. Entre les deux, 200 familles s’entassent dans le camp, comme celle de Sandhya, 61 ans. « En quelques heures, on a perdu notre maison et tous nos biens. Ici, on s’occupe de nous, mais que va-t-il se passer demain ? », s’inquiète Sandhya, auprès de CĂ´me Bastin, envoyĂ© spĂ©cial Ă Colombo.
Rani, 47 ans, désespère elle aussi : « On a déjà fait face au tsunami, à des inondations, au covid, à la crise économique et maintenant à ce nouveau cyclone ? Je n’ai plus la force de reconstruire encore et encore. »
Un jeune volontaire, trempĂ© de sueur, tente de soutenir ces familles. Il n’a presque pas dormi depuis le 28 novembre, lorsque le cyclone a frappĂ© l’Ă®le : « On installe des toilettes, on rĂ©pare des canalisations, on porte secours aux familles coincĂ©es dans leur maison. Ce qui m’inquiète, c’est que des Ă©pidĂ©mies comme la dengue se dĂ©clarent et que les hĂ´pitaux soient dĂ©bordĂ©s. »
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En plus de prendre en charge tous ces rĂ©fugiĂ©s, le gouvernement, dĂ©jĂ endettĂ©, va devoir reconstruire toutes les infrastructures dĂ©truites du pays. « Notre estimation initiale indique qu’il faudra 6 Ă 7 milliards de dollars pour la reconstruction », a dĂ©clarĂ© Ă la presse Prabath Chandrakeerthi, le commissaire gĂ©nĂ©ral du gouvernement en charge des services essentiels.
Prabath Chandrakeerthi a aussi annoncĂ© le versement d’une aide de 2,5 millions de roupies sri-lankaises (soit 7 500 euros) Ă chaque famille dont le logement avait Ă©tĂ© dĂ©truit, et de 25 000 roupies (soit 75 euros) Ă toutes celles qui devaient procĂ©der au nettoyage de leur maison. Le Sri Lanka a dĂ©clarĂ© l’Ă©tat d’urgence et appelĂ© la communautĂ© internationale Ă l’aide.
Le bilan des inondations catastrophiques qui ont frappĂ© ces derniers jours de vastes territoires d’IndonĂ©sie, de ThaĂŻlande, de Malaisie et du Sri Lanka a dĂ©passĂ© les 1 000 morts. Plusieurs centaines de personnes sont toujours disparues. Les autoritĂ©s de ces pays d’Asie s’activaient ce week-end pour dĂ©gager les routes et les dĂ©bris et pour tenter de retrouver des personnes portĂ©es disparues après des pluies diluviennes, des crues subites et des glissements de terrain.
La déforestation, facteur aggravant des catastrophes en Indonésie
En Asie du Sud-Est, l’IndonĂ©sie, pays de loin le plus touchĂ©, dĂ©plore selon le dernier bilan, toujours provisoire, plus de 700 morts et plus d’un million de dĂ©placĂ©s. Les inondations et les glissements de terrain ont particulièrement dĂ©vastĂ© le nord et l’ouest de l’Ă®le de Sumatra, ainsi que la province d’Aceh.
Alors que la prioritĂ© est d’acheminer l’aide d’urgence et la nourriture aux sinistrĂ©s dans les zones les plus isolĂ©es, de nombreux experts environnementaux et dirigeants rĂ©gionaux, comme en Malaisie et en ThaĂŻlande, lancent un cri d’alarme imputant ces inondations dĂ©vastatrices au rĂ©chauffement climatique, mais pas que.
En IndonĂ©sie, et en particulier Ă Sumatra, c’est la dĂ©forestation qui est pointĂ©e du doigt comme facteur aggravant des catastrophes climatiques, comme l’explique Leonard Simanjuntak, le directeur de Greenpeace IndonĂ©sie.
Sumatra a perdu la majoritĂ© de ses forĂŞts en basse altitude, qui ont Ă©tĂ© surtout converties ces trois dernières dĂ©cennies en plantations d’huile de palme. Mais la cause de ces inondations massives est la destruction en amont, dans les zones montagneuses, lĂ oĂą prennent leurs sources les principaux fleuves de ces trois provinces. Sumatra a perdu en tout plus de 75% de sa couverture forestière. La dĂ©forestation massive a Ă©tĂ© provoquĂ©e par les mines, les plantations de palmiers Ă huile, l’exploitation forestière illĂ©gale… Il existe plusieurs installations hydroĂ©lectriques en amont de ces fleuves. C’est un signal d’alarme très grave, en particulier pour le gouvernement qui devrait mener un audit complet sur la gestion des ressources forestières et naturelles, pas seulement dans les provinces affectĂ©es, mais dans toute l’IndonĂ©sie. Il y a beaucoup de dĂ©forestation illĂ©gale. Il est nĂ©cessaire de veiller Ă une application stricte de la loi, immĂ©diatement après la phase d’urgence terminĂ©e, et de traduire en justice, les individus, entreprises et fonctionnaires du gouvernement responsables de cette catastrophe.
Leonard Simanjuntak, directeur de Greenpeace Indonésie
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