RFI 🔵 Cuba: trois ans après les manifestations de juillet 2011, des centaines de personnes sont toujours en prison – Shango Media
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RFI 🔵 Cuba: trois ans après les manifestations de juillet 2011, des centaines de personnes sont toujours en prison

Trois ans après les manifestations antigouvernementales du 11 juillet 2021 durement rĂ©primĂ©es Ă  Cuba, le combat continue. Depuis le Mexique oĂą elle s’est exilĂ©e, Camila Rodriguez se bat pour le sort des plus de 600 manifestants encore dĂ©tenus, dans un contexte cubain très rĂ©pressif et avec l’espoir de la fin de la dictature chevillĂ© au corps. 

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« Je pense que la dictature va tomber et que nous pourrons rentrer ». En exil Ă  Mexico, l’activiste cubaine Camila Rodriguez documente, en attendant, la « rĂ©pression d’État » qui s’abat sur Cuba depuis les manifestations antigouvernementales du 11 juillet 2021.

Il y a trois ans jour pour jour, l’ex-Ă©tudiante en lettres descendait dans la rue avec des milliers de personnes aux cris de « LibertĂ© » et « Nous avons faim », un mouvement sans prĂ©cĂ©dent sur l’Ă®le communiste. « Ce mĂŞme jour, j’ai crĂ©Ă© Justicia11J (Justice 11 juillet) avec d’autres femmes Ă  Cuba et Ă  l’Ă©tranger. Nous savions qu’il y aurait probablement des personnes arrĂŞtĂ©es », explique l’activiste de 33 ans. En collaboration avec les familles, Justicia11J avance aujourd’hui le chiffre de 1 584 personnes arrĂŞtĂ©es, dont 607 toujours en dĂ©tention.

Je me disais Â« ne regarde pas en arrière »

« Beaucoup, plus de 10%, ont Ă©tĂ© condamnĂ©es pour sĂ©dition, un dĂ©lit politique, dĂ©taille-t-elle. Beaucoup d’autres ont Ă©tĂ© condamnĂ©es pour des dĂ©lits de droit commun comme dĂ©sordre public, attentat ou propagation d’Ă©pidĂ©mie (en pĂ©riode de Covid) ». Selon les derniers chiffres officiels de La Havane, qui accuse les États-Unis d’avoir orchestrĂ© ces manifestations, quelque 500 Cubains ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  des peines allant jusqu’Ă  25 ans de prison.

« Je n’ai pas Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e, grâce Ă  Dieu », reprend Camila Rodriguez, en expliquant comment, ce 11 juillet 2021, elle a trompĂ© la vigilance d’un policier avant de s’enfuir Ă  toute jambe. « Je me disais « ne regarde pas en arrière« , se souvient-elle. Je suis montĂ©e dans le premier bus qui passait. Je suis arrivĂ©e chez moi quand le couvre-feu commençait ». Dès le 11 juillet au soir, le groupe de militantes a commencĂ© Ă  compiler toutes les donnĂ©es disponibles sur les personnes parties manifester et qui n’Ă©taient pas rentrĂ©es chez elles.

Nous avons constaté une augmentation de la répression des autorités envers les manifestants depuis trois ans

Johanna Cilano Pelaez, chercheuse Ă  Amnesty International CaraĂŻbes :

Son travail est partagĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, des journalistes en ont vent et l’information remonte jusqu’Ă  l’ONU, et donc la police cubaine, Ă©videmment. « Lors de l’un des très nombreux interrogatoires avec la sĂ©curitĂ© d’État, ils m’ont proposĂ© trois issues : aller en prison, collaborer avec la sĂ©curitĂ© de l’État, ou sortir du pays. J’Ă©tais prĂŞte Ă  aller en prison (…) mais j’ai dĂ©cidĂ© que le travail de mon organisation Ă©tait fondamental ». Elle rĂ©side dĂ©sormais au Mexique, qui lui a donnĂ© le statut de rĂ©fugiĂ©e.  Depuis son pays d’adoption, Camila Rodriguez et son Ă©quipe ont documentĂ©, en trois ans Ă  Cuba, « 403 mouvements de protestations d’ampleur diffĂ©rente. 345 personnes ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©es dans ces manifestations, 136 sont en dĂ©tention ». Car la rĂ©pression est loin d’ĂŞtre terminĂ©e. 

Sensibilisation depuis le Mexique

Le travail de Camila Rodriguez est donc d’autant plus risquĂ©. Ses contacts Ă  Cuba risquent en permanence d’ĂŞtre infiltrĂ©s : « C’est pourquoi il est très important de travailler sous couvert d’anonymat (…) pour qu’il soit plus difficile aussi bien de les infiltrer que de les rĂ©primer ». Aussi, « assister aux procès est très difficile. On ne le permet ni Ă  la presse, ni Ă  la sociĂ©tĂ© civile ». Quant Ă  l’instance qui rĂ©gule l’ordre des avocats, « c’est Ă©galement une institution d’État », assure la militante.

Depuis le Mexique, Camila Rodriguez tente de sensibiliser la rĂ©gion Ă  la cause de Cuba. Elle est allĂ©e rĂ©cemment au sommet de l’Organisation des États amĂ©ricains (OEA) au Paraguay, avant des rencontres dans les chancelleries en Uruguay, Chili et Argentine, oĂą elle sent que son message est bien reçu. Elle est plus rĂ©servĂ©e envers le BrĂ©sil et le Mexique, les deux gĂ©ants de l’AmĂ©rique latine dirigĂ©s par des gouvernements de gauche. « Il serait important qu’ils arrĂŞtent d’ĂŞtre du cĂ´tĂ© des dictateurs et qu’ils se positionnent en faveur du peuple », souffle-t-elle. « Les Cubains manifestent de plus en plus, convaincus qu’il faut renverser la dictature. Je pense qu’un jour, ça va arriver, et que nous pourrons rentrer au pays ».

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