PUREPEOPLE 🔵 Comment l’ancien trader Jérôme Kerviel, papa d’une petite fille de 7 ans, gagne aujourd’hui sa vie ?
Journaliste passionnée, depuis plus de 10 ans, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages ou des interviews.
De la fraude à 4,9 milliards d’euros qui a ébranlé la Société générale à une vie marquée par la précarité, Jérôme Kerviel reste l’une des figures les plus connues de la finance française. Dix-sept ans après l’affaire qui l’a propulsé au cœur d’un scandale mondial, l’ancien trader tente de se reconstruire loin des salles de marché grâce à des conférences, une introspection et un rôle de père devenu central dans sa vie.

Comment l’ancien trader Jérôme Kerviel, papa d’une petite fille de 7 ans, gagne aujourd’hui sa vie ?
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4,9 milliards d’euros. Un chiffre qui donne le tournis et qui a provoquĂ© stupeur et tremblements dans les salles des marchĂ©s le 23 janvier 2008. Dans une confĂ©rence de presse lunaire, la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale rĂ©vĂ©lait avoir Ă©tĂ© victime d’une fraude massive commise par un seul homme, sans dĂ©voiler son identitĂ©. « Sa connaissance approfondie des procĂ©dures de contrĂ´le, acquise lors de ses prĂ©cĂ©dentes fonctions au sein du middle office du groupe, lui a permis de dissimuler ses positions grâce Ă un montage Ă©laborĂ© de transactions fictives, annonçait le patron de la banque. L’employĂ©, qui a reconnu les faits, a Ă©tĂ© relevĂ© de ses fonctions et une procĂ©dure de licenciement a Ă©tĂ© engagĂ©e. »
Il n’aura fallu que quelques heures pour que le Financial Times divulgue l’identitĂ© de cet homme : JĂ©rĂ´me Kerviel. Trader d’alors 31 ans, il a fait vaciller la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale et son PDG, qui le dĂ©crivait comme un « fraudeur », un « terroriste », un « escroc ». NĂ© le 11 janvier 1977 en Bretagne, celui qui fĂŞte son 49e anniversaire Ă©tait entrĂ© dans la banque en aoĂ»t 2000 au sein de la division banque d’investissement et de financement. D’abord employĂ© dans le « middle office », oĂą il a acquis la connaissance « aussi intime que perverse » des procĂ©dures de contrĂ´le, selon Jean-Pierre Mustier, patron de SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale Corporate & Investment Banking, il est passĂ© en 2005 cĂ´tĂ© « front office », oĂą il Ă©tait chargĂ© de « prendre des positions » sur des indices de contrats Ă terme.
Jérôme Kerviel a été lourdement condamné
Auprès des syndicats, la direction des ressources humaines a parlĂ© d’« un ĂŞtre fragile », « sans gĂ©nie particulier », traversant des « difficultĂ©s familiales ». Mis en examen le 28 janvier 2008 pour « faux et usage de faux, abus de confiance et introduction dans un système de traitement automatisĂ© de donnĂ©es informatiques », JĂ©rĂ´me Kerviel est vite sorti du silence. “Je n’ai jamais eu d’ambition personnelle dans cette affaire. L’objet, c’Ă©tait de faire gagner de l’argent Ă la banque, assurait-il alors Ă l’AFP. On perd la notion des montants quand on est engagĂ© dans ce genre de mĂ©tier. C’est dĂ©matĂ©rialisĂ©. On se laisse un peu emporter. » Lors de son interrogatoire, il a notamment suggĂ©rĂ© que la hiĂ©rarchie de la banque ne pouvait ignorer ses opĂ©rations risquĂ©es.
La suite ? Une affaire politico-judiciaire d’ampleur, qui n’est toujours pas terminée. Condamné à de la prison ferme et à verser d’abord 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts à la Société générale qui l’employait, Jérôme Kerviel a vu sa peine financière réduite à un million d’euros par la Cour de cassation. Mais il a passé 150 jours derrière les barreaux de Fleury-Mérogis. Aujourd’hui âgé de 49 ans, il a réinventé sa vie loin des marchés financiers spéculatifs qui l’ont rendu célèbre. Interdit d’exercer dans la finance traditionnelle en raison de son passé et des décisions de justice, il ne peut pas retrouver un poste de trader ou de gestionnaire de portefeuille dans une banque.
Des best-sellers et des conférences spéciales
Loin des salles de marchĂ© donc, JĂ©rĂ´me Kerviel a fait de sa voix une source de revenus. Depuis des annĂ©es maintenant, il donne des confĂ©rences publiques, participe Ă des tables rondes, intervient dans des dĂ©bats sur la finance, l’éthique professionnelle et les dĂ©rives du trading Ă haut risque. “J’essaie de reconstruire, depuis plusieurs annĂ©es, une vie qui ressemble Ă peu près Ă une vie normale en travaillant, en donnant des confĂ©rences, en rencontrant du monde, racontait-il Ă France 3. […] Aujourd’hui, je viens raconter aux entrepreneurs qu’on peut transformer des mauvaises expĂ©riences, des mĂ©saventures en force. Ils rencontrent eux-mĂŞmes des difficultĂ©s dans le cadre de leur activitĂ©. Le tout, c’est de savoir rebondir.”
L’ancien trader assurait « rencontrer beaucoup d’empathie » lorsqu’il est invitĂ© Ă des confĂ©rences ou quand des gens le reconnaissent dans la rue. « Il n’y a presque que les hommes politiques qui me traitent de dĂ©linquant », regrettait-il. Son histoire et son traumatisme, JĂ©rĂ´me Kerviel les a aussi racontĂ©s dans deux livres : L’engrenage : mĂ©moires d’un trader, en 2010 et J’aurais pu passer Ă cĂ´tĂ© de ma vie, en 2016. Pour son premier ouvrage, il a touchĂ© au moins 40.000 euros pour l’adaptation cinĂ©matographique signĂ©e Chistophe Barratier. Concernant ses confĂ©rences, ses tarifs sont introuvables…
La fille de Jérôme Kerviel ? Son « plus grand bonheur »
Sur le plateau de C L’hebdo, fin 2024, il affirmait avoir été “un gros connard”. “Ça fait dix-sept ans que j’ai aussi un regard critique sur l’homme que j’étais à l’époque, sur la façon dont j’ai pu basculer à ce point-là et perdre les valeurs et les repères qui étaient les miens avant”, ajoutait-il. Ses valeurs, justement, il veut les transmettre à sa fille de 7 ans. Sans emploi et sans domicile en 2017, il a rencontré une femme et est devenu papa. Une intimité dont il ne parle que très rarement. Mais sa fillette est sa “richesse”, son “plus grand bonheur”, comme il le résumait dans Clique.
Plus heureux que jamais, malgré les saisies financières sur ses comptes en banque et son quotidien précaire, Jérôme Kerviel s’occupe énormément de sa fille. Pour elle, et pour lui, il veut retrouver une vie aussi normale que possible et tente d’oublier les périodes sombres qu’il a traversées. “L’héritage, je lui ai conseillé de le refuser. Pour son bien. J’espère que je vais lui léguer des valeurs. Des valeurs qui seront une boîte à outils pour elle, confiait-il dans l’émission Entre vous et moi sur YouTube. Après, elle fera sa vie et elle fera ses choix. Mon rôle à moi, en tant que papa, c’est de lui filer deux, trois valeurs et une boîte à outils pour qu’elle puisse faire son miel, s’en sortir le mieux possible et qu’elle soit heureuse, surtout.” Dans sa nouvelle vie de conférencier, sa fille est un repère. Et dans ses combats judiciaires aussi : “Ça me donne une bonne raison de savoir pour quoi je me bats. »
