POUR LA SCIENCE 🔵 Eaux douces
Voilà un livre qui en met à la fois plein les yeux et plein la tête. « Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer car la surface de l’eau nous séparait », confient en introduction Yann Arthus-Bertrand, qui photographie la Terre depuis le ciel, et Bill François, biophysicien spécialiste du monde sous-marin. On est heureux que le hasard les ait mis en contact, tant leur collaboration a produit une œuvre spectaculaire, où la beauté de l’image se marie à la richesse des connaissances.
On commence par explorer les différents endroits où se niche l’eau douce, depuis les profondeurs souterraines jusqu’aux nuages, en passant par les eaux de surface et les glaciers. Le livre nous transporte ensuite sur les différents continents, ceux qui figurent sur les cartes classiques, mais aussi ces « continents de l’eau » que sont les bassins-versants – zones dont toutes les eaux se déversent dans la même embouchure, et qui forment autant d’univers séparés. Physique, éthologie, biologie… Le texte adopte un large angle de vue pour restituer ces univers. Toujours avec le souci de les rendre concrets par des comparaisons, des chiffres frappants, des anecdotes étonnantes ou poétiques. Vous pensiez peut-être connaître les nuages, mais saviez-vous que les particules d’eau qui les composent s’appellent des hydrométéores ? Que leur formation démarre en partie grâce au « plancton aérien », cette caravane vivante d’algues, de bactéries, de pollens et de virus qui circule au-dessus du globe, charriée par les vents ? Qu’un cumulonimbus d’orage pèse 300 000 tonnes ?
Cette connaissance sert aussi des objectifs de préservation. L’action doit être à la fois collective – par exemple en stoppant les hélices des barrages une ou deux nuits par an pour épargner les anguilles reproductrices qui migrent vers l’océan – et individuelle : en mangeant moins de viande et en consommant local, bio et de saison, chacun peut diminuer de moitié son impact sur l’eau. Tout l’enjeu de ce livre est de nous apprendre à considérer celle-ci non comme une ressource, mais comme un monde vivant. Superbement mise en valeur, aussi belle qu’intéressante, l’eau nous y séduit autant pour son physique que pour sa physique !
