L’ÉQUIPE 🔵 Un buste de Caroline Cuissard dévoilé mercredi : l’hommage à la charismatique fondatrice du FC Lorient et parente de quatre internationaux français
Le FC Lorient, qui fêtera son centenaire en 2026, a dévoilé ce mercredi le buste de Caroline Cuissard, sa fondatrice, dont la descendance compte quatre internationaux français.
Le regard droit fixe l’horizon et vous emmène jusqu’au port de plaisance, qui s’ouvre sur l’océan Atlantique. Un kilomètre sépare désormais le buste de Caroline Cuissard, inauguré sur le parvis de la tribune Sud du stade du Moustoir, à ces flots qui ont fait sa fortune, sa renommée, surtout. Ce mercredi, en cette saison de centenaire d’un FC Lorient né le 2 avril 1926, on honore sa fondatrice.
Oui, il s’agit bien d’une femme d’à peine 44 ans, dans cet entre deux guerres où le football qui se structure est d’abord une affaire d’hommes. L’histoire n’est pas banale. Mais Mme Cuissard, qui avait déjà une « promenade » à son nom, n’est pas quelqu’un d’ordinaire et c’est bien loin de la mer que cette aventure hors du commun trouve ses racines.
Originaire du Forez, rien ne la prédisposait à rejoindre le Morbihan… si ce n’est sa passion pour le poisson. Elle le vend aux halles de Saint-Étienne, où elle possède un étal. Or son principal fournisseur est un couple de Lorientais âgés qui lui propose de prendre sa succession. Elle accepte et la voici traverser la France avec son mari et ses sept enfants pour devenir mareyeuse dans le nouveau port de pêche de Keroman, au milieu des années 1920.
À peine arrivée, elle crée, avec plusieurs autres armateurs, une équipe corporative, nommée la « Marée Sportive », profitant du Parc des Sports qui vient de sortir de terre. Le succès est tel qu’elle décide de passer à la vitesse supérieure et, un an plus tard, fonde un club amateur, dont l’assemblée générale constitutive a lieu dans l’arrière-salle d’un café de la ville. Le président est l’un de ses fils, Joseph, l’emblème initial du grondin se transforme en merlu, bien plus noble, et le tout frais Football Club Lorientais est surnommé « Famille Cuissard Lorient », tant les Cuissard sont partout, sur le terrain comme en dehors.
C’est à Charlotte, la fille aînée de Caroline, que l’on doit les couleurs tango et noir du club
Pour preuve, la fille aînée Charlotte n’est pas restée dans l’histoire du FCL pour avoir dépanné comme gardienne de but – dont les premiers filets sont de vieux chaluts -, mais pour être à l’origine des couleurs du maillot que l’on connaît encore, aujourd’hui. Bleu et rouge au départ, elles deviennent tango et noir, celles du haut à damier de la jeune femme.
Si Caroline n’apparaît pas sur les statuts, elle est une figure respectée, une pionnière. « Pour tout le monde, c’est la grand-mère, une maîtresse-femme, comme la décrit Christiane, son arrière-petite-fille, qui en garde encore un souvenir ému. Je n’avais que deux ans quand elle est décédée (1948), mais je me rappelle qu’elle m’emmenait sur ses bateaux. C’était une vraie Stéphanoise à qui on a offert un pont d’or pour reprendre ce fonds de mareyage. Elle n’avait pas d’argent, mais on lui a laissé le temps de rembourser. Elle employait toute la famille, ses enfants, ses neveux, et l’un de ses beaux-fils était aussi mareyeur. »

Il s’agit de Roger Goujon, dont le fils Yvon va devenir international. À 88 ans, lui non plus n’a pas oublié. « J’ai commencé à jouer au football à Lorient et je suis parti à Saint-Étienne, à l’adolescence, raconte-t-il. C’est Jean Snella (entraîneur du FCL de 1946 à 1948, avant de rejoindre l’ASSE) qui m’a fait venir. Ma grand-mère avait le coeur sur la main. J’étais son chouchou. Elle nous donnait des billets de match. Je me souviens être allé voir mon cousin Tatane lors d’un France-Angleterre, à Colombes (1-3, en 1949), parce que j’avais eu de bons résultats à l’école. »
« Tatane », c’est Antoine Cuissard, élégant milieu de terrain, le premier de la famille à revêtir la tunique bleue. S’il se révèle lui aussi en pro chez les Verts, il décide de revenir aider sa grand-mère, en 1946. « Elle a besoin de moi pour assurer la bonne marche de notre grosse affaire de mareyage, explique-t-il à L’Équipe. Il s’agit d’une tâche demandant une présence constante, car cette industrie reprend peu à peu son importance d’avant-guerre. » Ce qui ne l’empêche pas de devenir international, alors qu’il évolue en DH à Lorient ! C’est l’un des deux joueurs à avoir été appelé en équipe de France en étant amateur, avec Daniel Horlaville (en 1969).
« La seule fois où j’ai pu jouer au Moustoir, pour un match caritatif, j’étais vraiment heureux »
Yannick Stopyra, arrière-petit-fils de Caroline Cuissard

Puis un troisième international va honorer la famille. Julien Stopyra, marié à la soeur d’Yvon Goujon, décroche une sélection en 1960, pour une défaite 2-6 en Suisse, au cours de laquelle il évolue au côté de son beau-frère, double buteur. Enfin, cette très belle lignée a vu le fils de Julien, Yannick, se mettre au diapason dans les années 1980.

Si son histoire avec le FC Lorient est bien plus diffuse, puisqu’il n’y a jamais évolué, il y est pour autant attentif. « Cette famille était respectée et on était admiratifs, témoigne-t-il. La seule fois où j’ai pu jouer au Moustoir, pour un match caritatif, j’étais vraiment heureux. Je peux dire que je n’aurais pas pu faire une carrière de footballeur si je n’avais pas eu tout ça derrière moi. » Aujourd’hui, adossée au Moustoir, Caroline Cuissard regarde droit devant, comme un cap à tenir.
