L’ÉQUIPE 🔵 Tommie Smith : « Quand j’ai tendu mon poing et baissĂ© la tĂŞte, c’Ă©tait pour les droits de l’homme et l’humanitĂ© toute entière » – Shango Media
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L’ÉQUIPE 🔵 Tommie Smith : « Quand j’ai tendu mon poing et baissĂ© la tĂŞte, c’Ă©tait pour les droits de l’homme et l’humanitĂ© toute entière »

Tommie Smith, le héros rebelle des Jeux de Mexico 1968 est en France. Il a donné, mardi, une conférence très politique au Palais de la Porte Dorée, à Paris.

Il est arrivĂ© sur scène dans une voiturette avec son pied gauche enfermĂ© dans une attelle. Son poing droit semblait heureusement aller beaucoup mieux. Il n’Ă©tait pas gantĂ© de noir, mais Tommie Smith a quand mĂŞme fini par le brandir, au plus grand ravissement des dizaines de privilĂ©giĂ©s qui garnissaient, mardi matin, la moindre place de l’auditorium du Palais de la porte DorĂ©e, Ă  Paris. Le hĂ©ros des Jeux de Mexico 1968 Ă©tait le « grand tĂ©moin Â» du colloque organisĂ© par le musĂ©e de l’Immigration, dans le cadre de son exposition « Olympisme, une histoire du monde Â» (jusqu’au 8 septembre).

Avant de terminer en larmes, acclamĂ© par le public, le champion olympique et ex-recordman du monde du 200m, aura une nouvelle fois racontĂ© son histoire. Celle d’un jeune homme pour toujours en colère, nĂ© le jour du DĂ©barquement, le 6 juin 1944, et entrĂ© dans la lĂ©gende le 17 octobre 1968, lorsqu’il monta sur le podium des Jeux de Mexico, avant de dĂ©fier l’AmĂ©rique sĂ©grĂ©gationniste de ses phalanges tendues vers le ciel.

« Ce geste (le poing gantĂ© de noir) Ă©tait une idĂ©e de Tommie Smith Â» a-t-il expliquĂ© en parlant de lui Ă  la troisième personne. C’Ă©tait un geste silencieux, sans commentaire, car personne ne m’avait jamais rien demandĂ©. MĂŞme les journalistes pensaient que les athlètes n’Ă©taient pas assez intelligents pour penser par eux-mĂŞmes (…) Je suis allĂ© Ă  l’universitĂ© pour m’y instruire et laisser derrière moi les champs de coton et les plantations que j’avais connu enfant. Ă€ San Jose State, comme Ă©tudiant en maitrise de sociologie puis en tant qu’enseignant, mon objectif a toujours Ă©tĂ© de faire comprendre qu’il y avait plusieurs façons de voir les choses et pas qu’une seule. Je suis d’abord allĂ© Ă  Mexico pour ĂŞtre champion olympique, pas pour manifester politiquement. Mais quand on m’a demandĂ© ce que je pourrais faire pour combattre le racisme, l’idĂ©e du poing levĂ© m’est venue. Â»

« Nous avons pris notre dĂ©cision juste avant la remise des mĂ©dailles Â»

Tommie Smith

Sur le podium de Mexico, un autre amĂ©ricain tend son poing, le gauche : John Carlos, le troisième du 200m. « Quelques jours avant la course, raconte Smith, j’avais demandĂ© Ă  mon ex-femme de m’apporter une paire de gants. C’Ă©tait donc mes gants. John Carlos a dit qu’il avait oubliĂ© les siens. J’avais donc ces gants, mais je ne savais pas forcĂ©ment comment nous allions les utiliser. Nous avons pris notre dĂ©cision juste avant la remise des mĂ©dailles. Â»

Sur la deuxième marche du podium se trouvait l’Australien Peter Norman, dont les poings sont sagement restĂ©s le long du corps mais qui portait sur la poitrine un badge de « Olympic project for human rights Â» (Projet olympique pour les droits de l’homme), le mouvement revendicatif de sportifs majoritairement amĂ©ricains auquel appartenaient Smith et Carlos. « Peter Norman est l’un des hommes les plus fantastiques que j’ai jamais rencontrĂ©. Contrairement Ă  ce qui a Ă©tĂ© dit et Ă©crit après, il n’a pas soutenu Tommie Smith et John Carlos, il faisait lui-mĂŞme partie intĂ©grante du mouvement Â» rend hommage l’Ă©ternel rebelle.

Ce fils d’une famille pauvre de douze enfants (il est le septième) tient Ă  briser le mythe de son appartenance aux Black Panthers : « Je n’ai jamais fait partie personnellement ou politiquement de ce mouvement. J’ai seulement adhĂ©rĂ© Ă  l’Olympic project for human rights. Ce n’Ă©tait pas un mouvement pour les Noirs, la libĂ©ration du Mexique ou en hommage au sacrifice des Indiens d’AmĂ©rique. Quand j’ai tendu mon poing et baissĂ© la tĂŞte, c’Ă©tait pour les droits de l’homme et l’humanitĂ© toute entière. Â»

InterrogĂ© sur le fait de savoir s’il avait bien mesurĂ© la portĂ©e de son geste et le prix qu’il aurait Ă  payer, Tommie Smith a rĂ©pondu : « L’ordre de nous exclure (des Jeux Olympiques) et de nous empĂŞcher de courir est tombĂ© de la bouche du PrĂ©sident du CIO (Avery Brundage). Il n’a pas compris que j’Ă©tais un homme cultivĂ© et que ce bannissement allait juste accĂ©lĂ©rer ma reconversion d’athlète Ă  universitaire. Â» Une façon pudique de ne pas rappeler toutes les humiliations et privations qu’il eut Ă  endurer dès son retour aux États-Unis, comme s’il avait pris son propre poing en pleine figure.

Alors que la directrice gĂ©nĂ©rale du Palais de la Porte DorĂ©e, Constance Rivière, avait ouvert le colloque avec un discours très politique, riche de rĂ©fĂ©rences Ă  la situation du pays depuis dimanche soir, Tommie Smith a conclu sa master class sur une formule qui rĂ©sonnera encore longtemps entre les murs du musĂ©e de l’Immigration : « N’oubliez jamais que vous avez un cerveau, alors utilisez-le ! Â»

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