L’ÉQUIPE 🔵 Le discours viral de Roger Federer Ă  l’université de Dartmouth : « Contre Nadal Ă  Wimbledon 2008, l’impression d’avoir perdu dès le premier point » – Shango Media
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L’ÉQUIPE 🔵 Le discours viral de Roger Federer Ă  l’université de Dartmouth : « Contre Nadal Ă  Wimbledon 2008, l’impression d’avoir perdu dès le premier point »

Roger Federer (42 ans), retraitĂ© depuis 2022, a Ă©tĂ© invitĂ© Ă  prononcer un discours dimanche devant les Ă©tudiants diplĂ´mĂ©s cette annĂ©e de l’universitĂ© de Dartmouth, dans le New Hampshire (États-Unis). En voici quelques extraits.

Sur sa retraite : « J’ai obtenu mon diplĂ´me de tennis en 2022 Â»

« J’ai quittĂ© l’Ă©cole Ă  16 ans pour jouer au tennis Ă  plein temps. Je ne suis donc jamais allĂ© Ă  l’universitĂ©… Mais j’ai obtenu mon diplĂ´me rĂ©cemment. J’ai obtenu mon diplĂ´me de tennis. Je sais que le mot est  »retraite ». Â Â»Roger Federer a pris sa retraite du tennis. » Retraite… Le mot est horrible. Vous ne diriez pas que vous avez pris votre retraite de l’universitĂ© ? Ça sonne mal. Comme vous, j’ai terminĂ© une grande chose et je passe Ă  la suivante. Comme vous, je cherche Ă  savoir ce que c’est. DiplĂ´mĂ©s, je ressens votre douleur. Je sais ce que c’est quand les gens vous demandent sans cesse quel est votre plan pour le reste de votre vie.

Ils me demandent :  »Maintenant que vous n’ĂŞtes plus un joueur de tennis professionnel, que faites-vous ? » Je ne sais pas… Et c’est normal de ne pas savoir. Alors, qu’est-ce que je fais de mon temps ? Je suis un père avant tout, alors je suppose que je conduis mes enfants Ă  l’Ă©cole ? Je joue aux Ă©checs en ligne contre des inconnus ? Je passe l’aspirateur ? Non, en vĂ©ritĂ©, j’adore la vie d’un diplĂ´mĂ© de tennis. Â»

Sur le travail : « J’ai compris que gagner sans effort Ă©tait la rĂ©ussite ultime Â»

« Le  »sans effort » est un mythe. Je le pense vraiment. Je le dis en tant que personne qui a souvent entendu ce mot. Les gens disaient que mon jeu Ă©tait sans effort. La plupart du temps, c’Ă©tait un compliment. Mais ça me frustrait quand ils disaient :  »Il a Ă  peine transpirĂ© ! » ou  »Est-ce qu’il essaie au moins ? » La vĂ©ritĂ©, c’est que j’ai dĂ» travailler très dur pour donner l’impression que c’Ă©tait facile. J’ai passĂ© des annĂ©es Ă  me plaindre, Ă  jurer, Ă  jeter ma raquette avant d’apprendre Ă  garder mon sang-froid. Le rĂ©veil a eu lieu au dĂ©but de ma carrière, lorsqu’un adversaire de l’Open d’Italie a publiquement remis en question ma discipline mentale. Il a dit :  »Roger sera le favori pendant les deux premières heures, puis je serai le favori après. » J’ai d’abord Ă©tĂ© perplexe. Mais j’ai fini par comprendre ce qu’il voulait dire.

« Avoir confiance en soi se mĂ©rite Â»

Roger Federer

Tout le monde peut bien jouer les deux premières heures. Vous ĂŞtes en forme, vous ĂŞtes rapide, et après deux heures, vos jambes flageolent, votre esprit commence Ă  s’Ă©garer et votre discipline commence Ă  baisser. Mes parents, mes entraĂ®neurs, mon prĂ©parateur physique, tout le monde m’avait vraiment interpellĂ©, mĂŞme mes rivaux le faisaient. Les joueurs !!! Merci ! Je vous suis Ă©ternellement reconnaissant pour ce que vous avez fait. J’ai donc commencĂ© Ă  m’entraĂ®ner plus dur, beaucoup plus dur. Puis j’ai compris que gagner sans effort Ă©tait la rĂ©ussite ultime. J’ai eu cette rĂ©putation parce que mes Ă©chauffements lors des tournois Ă©taient si dĂ©contractĂ©s que les gens ne pensaient pas que je m’Ă©tais entraĂ®nĂ© dur. Mais j’avais travaillĂ© dur avant le tournoi, quand personne ne me regardait. Â»

Sur le talent : « Je n’en suis pas arrivĂ© lĂ  uniquement grâce au talent Â»

« Je n’en suis pas arrivĂ© lĂ  uniquement grâce au talent pur. J’y suis arrivĂ© en essayant de surpasser mes adversaires. J’avais confiance en moi. Mais avoir confiance en soi se mĂ©rite. Il y a eu un moment en 2003 oĂą ma confiance en moi a vraiment pris le dessus. C’Ă©tait lors du Masters. J’ai battu certains des meilleurs joueurs que j’admirais vraiment, en ciblant leurs points forts. Avant, je fuyais leurs atouts. Si un gars avait un coup droit fort, j’essayais de jouer sur son revers. J’ai essayĂ© de battre les attaquants en attaquant. J’ai essayĂ© de battre les bons volleyeurs en montant au filet. Pourquoi j’ai fait ça ? Pour faire progresser mon jeu et Ă©largir mes options.

Lorsque votre jeu fonctionne ainsi, gagner est relativement facile. Et puis il y a des jours oĂą on se sent brisĂ©. Tu as mal au dos, au genou, t’es un peu malade ou effrayĂ©, mais tu trouves toujours un moyen de gagner. Et ce sont les victoires dont nous pouvons ĂŞtre les plus fiers. Parce qu’elles prouvent que l’on peut gagner non seulement quand on est Ă  son meilleur, mais surtout quand on ne l’est pas. Oui, le talent compte. Je ne vais pas dire que ce n’est pas le cas. Mais le talent a une dĂ©finition large. Il s’agit d’avoir du courage. Au tennis, comme dans la vie, la discipline est aussi un talent. Et la patience aussi. Â»

Sur la finale de Wimbledon 2008 : « L’impression d’avoir perdu dès le premier point Â»

« Pour moi, l’une de mes plus grandes dĂ©faites a Ă©tĂ© la finale de Wimbledon en 2008, contre (Rafael) Nadal. Certains appellent cela le plus grand match de tous les temps. OK, tout mon respect pour Rafa, mais je pense que ça aurait Ă©tĂ© bien mieux si j’avais gagnĂ© (rires). Perdre Ă  Wimbledon Ă©tait très difficile parce que gagner Wimbledon est tout. J’ai eu l’occasion de jouer dans des endroits incroyables Ă  travers le monde, mais lorsque vous avez la chance de pĂ©nĂ©trer sur le Centre Court de Wimbledon, la cathĂ©drale du tennis, et que vous terminez champion, vous ressentez l’ampleur du moment.

« Il m’a fallu attendre le troisième set pour me rappeler :  »HĂ©, mon pote, tu es le quintuple champion en titre » Â»

Roger Federer, Ă  propos de sa finale Ă  Wimbledon 2008 contre Rafael Nadal

J’Ă©tais en quĂŞte d’un sixième titre consĂ©cutif, un record. Je jouais pour l’Histoire. Rafa a remportĂ© les deux premiers sets, j’ai gagnĂ© les deux sets suivants, et nous nous sommes retrouvĂ©s Ă  7-7 dans le cinquième. Je comprends pourquoi les gens se concentrent sur la fin, les dernières minutes si sombres que je pouvais Ă  peine voir la craie sur le gazon. Mais avec le recul, j’ai l’impression d’avoir perdu dès le premier point. J’ai regardĂ© de l’autre cĂ´tĂ© du filet et j’ai vu un gars qui, quelques semaines plus tĂ´t, m’avait Ă©crasĂ© Ă  Roland-Garros, et j’ai pensĂ© :  »Ce type a peut-ĂŞtre plus faim que moi… » Il m’a fallu attendre le troisième set pour me rappeler :  »HĂ©, mon pote, tu es le quintuple champion en titre ! Et on joue sur gazon. Tu sais comment faire… » Mais c’Ă©tait trop tard et Rafa a gagnĂ©. Et c’Ă©tait mĂ©ritĂ©. Â»

Sur la gestion de la dĂ©faite : « MĂŞme les joueurs les mieux classĂ©s gagnent Ă  peine plus de la moitiĂ© des points Â»

« Au tennis, la perfection est impossible. Sur les 1526 matches de simple que j’ai jouĂ©s au cours de ma carrière, j’ai gagnĂ© près de 80 % d’entre eux. Quel pourcentage de points pensez-vous que j’ai gagnĂ© dans ces matches ? Seulement 54 %. MĂŞme les joueurs les mieux classĂ©s gagnent Ă  peine plus de la moitiĂ© des points qu’ils jouent. Lorsque vous perdez un point sur deux, en moyenne, vous apprenez Ă  ne pas vous attarder sur chaque coup. Vous apprenez Ă  penser : d’accord, j’ai commis une double faute. Ce n’est qu’un point. D’accord, je suis arrivĂ© au filet et je me suis encore fait passer. Ce n’est qu’un point. MĂŞme un grand coup, un smash du revers qui se retrouve dans les highlights de ESPN, ce n’est qu’un point.

Les meilleurs mondiaux ne le sont pas parce qu’ils gagnent tous les points. C’est parce qu’ils savent qu’ils vont perdre encore et encore et qu’ils ont appris Ă  y faire face. Vous l’acceptez. On pleure s’il le faut puis on se force Ă  sourire. Â»

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