L’ÉQUIPE 🔵 « Je pensais que c’était un entraîneur des gardiens tellement il faisait vieux » : de la réserve à mascotte de l’OM, l’incroyable trajectoire de Théo Vermot
Recruté au sein de la réserve de l’OM à l’été 2024, Théo Vermot (28 ans) s’est imposé comme le troisième gardien dans la hiérarchie de l’équipe première et un relais important du vestiaire.
C’est un visage, barré d’un éternel sourire communicatif, et une silhouette, au crâne dégarni, que les supporters marseillais ont appris à apercevoir, sans très bien savoir qui était ce grand gaillard, équipement de l’OM sur le dos. Lui, c’est Théo Vermot, qui s’est imposé comme le troisième gardien du club. Une petite consécration pour ce joueur de 28 ans qui n’a encore jamais joué au plus haut niveau et qui a longtemps écumé les divisions inférieures après une post-formation à l’AS Saint-Étienne.
« Il n’a peut-être pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir », estime Laurent Batlles, son entraîneur en réserve stéphanoise, champion de sa poule de National 3 en 2018. Vermot était alors dans le Forez depuis trois ans, s’apprêtait à signer son premier contrat pro et s’imaginait grappiller du temps de jeu en équipe première. Il a finalement peiné à s’imposer en réserve et un départ s’est acté, en 2020, à Orléans (N). Deux petits matches de National en trois ans et neuf en Coupe.
« Il n’a pas eu la chance de beaucoup jouer parce que le numéro un (Franck L’Hostis) était vraiment au-dessus, rejoue Claude Robin, coach de l’USO en 2020-2021. Maintenant, dans les groupes, ces personnalités sont très appréciées, très recherchées par les staffs parce qu’il y a tellement de gens qui veulent être calife à la place du calife… Lui, il a toujours vu les choses du bon côté. » Mais, pour le portier, arrivé à 26 ans, et son entourage, l’heure était venue de signer enfin une saison pleine en tant que n° 1.

« Je lui ai souvent dit que l’essentiel c’était de jouer, peu importe le niveau, quitte à redescendre dans des plus petits clubs, des plus petites divisions, confie Batlles. Il a eu l’humilité de le faire et ce n’est pas évident quand on a été formé dans un club pro. » Le projet est arrivé en 2023, là où tout a commencé : à Fréjus, son lieu de naissance et le club de ses débuts. En N2, avec l’Étoile Fréjus Saint-Raphaël, Vermot tient son pari, la baraque (13 clean sheets en 25 matches) et refait parler de lui.
« Le poste de titulaire, c’est un autre métier, et j’ai trouvé quelqu’un de très propre, complet, technique, bien formé », complimente son entraîneur des gardiens de l’époque, l’ex-pro Michaël Fabre. Ali Zarrak, responsable de la Pro 2 de l’OM, connaissait déjà le garçon et tient à le récupérer au sein de la réserve olympienne. Le deal initial à l’été 2024 : avoir un gardien titulaire avec une « top mentalité » pour aider les jeunes à grandir, tout en grattant quelques séances avec les pros si jamais… « Il n’y avait que des bonnes surprises à aller chercher. Mais on n’attendait pas grand-chose », glisse un proche.
Une proximité avec les francophones
« Quand je l’ai vu arriver, je pensais que c’était un entraîneur des gardiens tellement il faisait vieux », se marre le vétéran Kassim Abdallah, coéquipier la saison passée, devenu ami. Un an et demi plus tard, le prénom et le nom de Théo Vermot figurent dans chaque groupe de l’OM en Ligue 1. « Je ne suis pas si étonné parce qu’il a toujours eu de l’ambition, même s’il la gardait pour lui », applaudit Claude Robin.
Cantonné à ce rôle de grand frère, il a dépanné lors de quelques séances au cours de la saison dernière, mais son destin a vraiment basculé lors du premier « ritiro » à Rome, au printemps. En l’absence de Jelle Van Neck, il a été convoqué dans la délégation pour ce stage de cohésion et il a très vite gagné les faveurs du groupe, par sa bonne humeur contagieuse, et du staff qui a apprécié la personnalité de ce joueur capable de fédérer.
« C’est difficile d’être écouté quand on ne joue pas mais Théo dégage quelque chose de positif »
Laurent Batlles, son entraîneur avec la réserve de Saint-Étienne
Il s’est rapproché des Français et des francophones, comme Adrien Rabiot, Valentin Rongier, Pierre-Emile Höjbjerg, Geoffrey Kondogbia ou Neal Maupay. Certains sont partis depuis, mais il s’est lié avec d’autres comme Pierre-Emerick Aubameyang, Benjamin Pavard, Nayef Aguerd ou Facundo Medina. Proche des cadres, des recrues comme des jeunes, Vermot, surnommé « baceux » par Robinio Vaz, est un relais important du vestiaire, l’enceinte sur l’épaule les soirs de victoire, le petit mot de réconfort en pleine crise. « C’est difficile d’être écouté, légitime, quand on ne joue pas mais Théo dégage quelque chose de positif, souligne Batlles. Et il arrive à être apprécié sans pour autant passer pour un clown ou un larbin. »
« À aucun moment un coéquipier n’a pu lui faire comprendre qu’il n’était pas à sa place. », approuve un proche. Mais le Fréjusien a avant tout convaincu le staff sur le terrain. « Et pas que parce qu’il est gentil et a la banane, témoigne Abdallah. La base, c’est le talent. Il a apporté de l’intensité, de la compétitivité et a élevé le niveau du groupe des gardiens. Il n’a rien volé. Tant qu’on a la passion et la dalle, les choses peuvent évoluer dans le bon sens et, franchement, c’est une belle histoire qui doit donner espoir. »
