L’ÉQUIPE 🔵 Du jockey au palefrenier en passant par le cavalier d’entraînement, comment la filière hippique finance sa propre formation

Organisateur des courses de galop et trot partout en France, le secteur hippique finance sa propre filière de formation. Pour faire émerger jockeys, drivers et tout le personnel nécessaire à sa pérennité.
Difficile de trouver un cadre plus paisible. À quelques kilomètres du château de Chantilly, derrière ce banal portail, l’air frais automnal sent bon la paille et la verdure. Au milieu d’une poignée de bâtiments, de jeunes élèves vont et viennent, cravaches et bombes à la main. C’est ici à Gouvieux (Oise) que se trouve l’une des cinq académies de l’Association de formation et d’action sociale des écuries de course (Afasec).
Chargée de recruter, former et accompagner le personnel des quelque 18 000 courses hippiques organisées chaque année en France, la structure est l’émanation d’un secteur au modèle unique. « La loi est parfois très bien faite », sourit Guillaume Herrnberger. Le directeur général de l’Afasec fait référence à la loi du 2 juin 1891 dans laquelle l’État a octroyé aux sociétés organisatrices des courses de trot et de galop, approuvées par le ministère de l’Agriculture, le monopole sur la prise de paris dans les hippodromes, ouvrant la voie à la création du Pari mutuel urbain en 1930. « L’État a inséré quelques clauses en contrepartie. L’institution des courses doit s’engager à former son personnel et à l’accompagner tout au long de sa vie professionnelle. » C’est dans cette optique que France Galop et la Société d’encouragement à l’élevage du trotteur français (SETF) ont créé l’Afasec en 1964.
Depuis, la structure associative propose sur chacun de ses sites une myriade de parcours à des jeunes dès 12 ans. Tous peuvent intégrer l’académie à partir des classes de 4e et 3e en enseignement agricole. Et poursuivre leur formation à travers plusieurs CAP Agricoles ou alors, pour plus des deux tiers des élèves, dans un bac professionnel de gestion de l’entreprise hippique (CGEH) pouvant mener à un BTS analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole. Le but est de répondre au très large éventail de métiers des courses hippiques, du jockey au palefrenier soigneur en passant par le lad (chargé de l’entretien du cheval) ou le cavalier d’entraînement.
162 élèves et toutes les infrastructures nécessaires
« Mais ce qui plaît aux jeunes, c’est avant tout de monter à cheval », concède Lucie Chaume, directrice de l’établissement alors qu’un groupe d’élèves s’affaire devant les box des 28 chevaux du site. À Gouvieux, la plupart se rêvent jockey (pilotes de galop). Le site spécialiste du trot se trouve au sud de Paris, au domaine de Grosbois (Val-de-Marne), où sont formés de potentiels futurs drivers (pilotes de trot). Les académies de Graignes (Manche), Cabriès (Bouches-du-Rhône) et Mont-de-Marsan (Landes) préparent aux deux spécialités.

« Ici, la formation est gratuite », rappelle la directrice. Les familles payent uniquement le reste à charge d’environ 300 € mensuels pour l’hébergement et la restauration alors que la quasi-totalité des élèves profitent de l’internat. « Une année à l’Afasec coûte 22 000 €. Sur ce total, 7 000 € sont pris en charge par le ministère ou par Ocapiat (Opérateur de compétences pour la Coopération agricole, l’Agriculture, la Pêche, l’Industrie Agroalimentaire et les Territoires) et 3 000 € par les familles », détaille le DG.
La moitié restante est financée grâce aux revenus issus des paris hippiques reversés à France Galop et au Trot. Ce modèle économique basé sur le soutien fort des deux sociétés mères permet d’assurer un encadrement « sans comparaison avec ce qui se fait dans le public ou le privé général. »
À Gouvieux, les 162 élèves disposent de toutes les infrastructures nécessaires : salles de cours, hébergements, cantine, salles de sport équipées, gymnase, écuries et manège flambant neuf. Les enseignants scolaires sont présents sur site 40 heures par semaine pour participer à des activités en dehors de leurs cours. Dès 14 ans, tous les aspirants salariés passent par l’alternance et vont se faire la main toutes les deux semaines dans des écuries privées aux alentours. « On s’occupe aussi du transport vers leurs entreprises », complète Lucie Chaume.
« Beaucoup d’élèves arrivent ici perdus, avec des situations familiales difficiles
Guillaume Herrnberger, directeur général de l’Afasec
Pour intégrer l’une des académies, les jeunes passent désormais par une immersion d’une semaine avant la rentrée. Une manière d’éviter les mauvaises surprises et les départs en cours d’année. Le niveau d’équitation n’est pas un prérequis rédhibitoire. « On ne prend pas que des gens Galop 6 ou 7 mais aussi des jeunes qui ont la motivation et le physique même s’ils n’ont jamais vu un cheval, assure Guillaume Herrnberger. On les forme pour les amener vers un diplôme et un emploi. C’est aussi une école de la deuxième chance. Beaucoup d’élèves arrivent ici perdus, avec des situations familiales difficiles. »

Avec de la monte à cheval chaque semaine en période de cours et tous les jours en période d’entreprise, l’éventuel retard se comble vite. Des simulateurs mécaniques sont aussi à disposition des élèves. À tous ces enseignements, l’académie de Gouvieux a même ajouté une masterclass assurée par l’ancien jockey Thierry Thulliez. « À mon époque, ça n’existait pas », glisse-t-il juste avant que deux jeunes filles se testent pour la première fois sur un simulateur de course électronique.
La formation aux métiers de la course reste le coeur de son activité mais, depuis 2021, l’Afasec enrichit son offre de formations. « Nos deux actionnaires ont fait le constat d’une pénurie d’emplois sans précédent dans les écuries, les haras et l’institution des courses. On garde notre coeur de business mais on a élargi notre champ pour répondre aux besoins, développe le DG. On forme des juges, des commissaires, on a lancé une formation en Normandie pour les agents d’élevage. »
D’autres diplômes seront ajoutés dans les années à venir et des collaborations se nouent avec d’autres acteurs pour mieux mailler le territoire et répondre à cette très forte tension sur l’emploi des courses (voir ci-dessous). Le challenge est d’autant plus délicat que le PMU fait face à une baisse des montants misés. En 2024, ses profits ont atteint 837 M€, en deçà des 850 M€ prévus et la tendance ne devrait pas s’inverser en un claquement de doigts.
Cette décrue se répercute sur France Galop et la SETF puis, mécaniquement, sur l’Afasec dont le budget de 32 M€ est financé à 52 % par les deux sociétés. « On prévoit une contraction à hauteur de 10 % des ressources qu’on percevait. À nous de nous réinventer et de trouver d’autres modèles pour augmenter nos revenus propres. »
« On part de la base, donc les métiers de l’élevage dans les haras : palefreniers, assistants d’élevage, responsable d’élevage, étalonnier, préparateur aux ventes, garçon de voyage… Il y a aussi tous les métiers du sport, trot et galop. Puis la partie sport équestre , énumère Christine Chalambert, directrice de la MFR de Vimoutiers (Orne). Nous sommes complémentaires sur la préparation des jeunes aux métiers. » Si elles ne sont pas financées par la filière hippique, les MFR bénéficient, comme l’Afasec, de subventions du ministère de l’Agriculture. En revanche, elles ne disposent pas d’infrastructures équestres sur leurs sites. « Tout l’aspect pratique se fait en milieu professionnel, pas chez nous. »
