L’ÉQUIPE 🔵 Des heures sans pause dans le désert : comment les pilotes du Dakar font-ils pour s’hydrater et satisfaire leurs besoins naturels ? – Shango Media
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L’ÉQUIPE 🔵 Des heures sans pause dans le désert : comment les pilotes du Dakar font-ils pour s’hydrater et satisfaire leurs besoins naturels ?

Après la journée de repos samedi, les concurrents vont enchaîner deux étapes interminables, ce dimanche et lundi, sur le Dakar et passer de longues heures en course. Avec l’impératif de bien gérer leur apport énergétique et de satisfaire leurs besoins naturels.

À moto, poches dans le dos

Le motard du Dakar est un peu comme le dromadaire qu’il croise sur les pistes saoudiennes : il porte sa réserve d’énergie dans le dos. Généralement, il dispose de deux poches de liquide, ce qui le rapproche plus du chameau. Avec cet équipement de trois litres, à lui de choisir s’il veut différencier son hydratation : un stock pour l’eau et un stock de boisson riche en glucides et en minéraux. Le tout est acheminé vers la bouche à l’aide d’un tuyau.

« Sur les très longues journées, il est clair qu’on ne mange pas et qu’on ne boit pas assez. Ce qu’on absorbe n’est pas suffisant pour couvrir nos dépenses énergétiques »

Ross Branch, champion du monde 2024 de rallye-raid

À la différence des pilotes en catégorie Ultimate, les motards sont contraints de s’arrêter au cours de la spéciale pour se ravitailler en carburant. Un stop dont ils profitent pour s’alimenter. « C’est là qu’on sort le sandwich de notre veste », décrit Ross Branch (Hero), le champion du monde 2024. Au guidon de sa KTM, Benjamin Melot essaie de varier un peu. « Je prends des barres de céréales, parfois de la viande séchée pour avoir un peu de salé, témoigne le Français, actuel leader de la catégorie sans assistance. Les compléments dans la boisson permettent aussi de ne pas avoir spécialement faim. »

Le moment est à ne pas négliger car l’effort sur la moto est à la fois intense et prolongé sur des étapes pouvant atteindre 800 km. « C’est vraiment dur pour le corps, juge Branch. Sur les très longues journées, il est clair qu’on ne mange pas et qu’on ne boit pas assez. Ce qu’on absorbe n’est pas suffisant pour couvrir nos dépenses énergétiques. Mais le corps s’habitue au fil des jours de course. » Dans tous les cas, il faut perdre le moins de temps possible dans l’opération. Comme pour l’élimination. Une pause pipi « gratuite » reste possible au ravitaillement, mais elle est exclue sur la spéciale pour les pilotes de tête. « Tout le monde va si vite aujourd’hui qu’il est hors de question de s’arrêter », remarque le Botswanais de Hero.

« Le pénilex ? Ça fonctionne plutôt bien, même s’il arrive que le tuyau se pince et que ça peut créer quelques accidents. Mais il faut surtout être réaliste avec ses mensurations et commander le bon produit (rire) »

Benjamin Melot, leader de la catégorie sans assistance

Le climat sur le Dakar complique un peu l’équation. En hiver, la température n’atteint pas des sommets (elle oscille entre 5 °C et 15 °C dans le désert), ce qui veut dire que la transpiration n’est pas aussi forte qu’en plein cagnard. « Notre corps n’élimine pas énormément, souligne Melot. Donc on a besoin d’évacuer autrement. » Il y a un équipement pour ça aussi : un tuyau qui part de l’entrejambe et évacue le liquide au niveau de la botte, près du talon. « Un pénilex, précise le Français. Ça fonctionne plutôt bien, même s’il arrive que le tuyau se pince et que ça peut créer quelques accidents. Mais il faut surtout être réaliste avec ses mensurations et commander le bon produit (rire). »

Comme le Français Benjamin Melot, les pilotes moto du Dakar s'hydratent grâce à un fil relié à des poches placées dans leur dos. (A. Mounic/L'Équipe)
Comme le Français Benjamin Melot, les pilotes moto du Dakar s’hydratent grâce à un fil relié à des poches placées dans leur dos. (A. Mounic/L’Équipe)

En auto, ne pas choisir entre boire et conduire

La journée de repos offre des petits réconforts bienvenus. Le barbecue géant en plein bivouac, le déjeuner pantagruélique organisé dans sa résidence de Riyad par Yazeed al-Rajhi et le camion-friterie engagé sur le Dakar Classic ont fait un tabac, samedi. Mais dès dimanche matin, les équipages se remettent à la diète, avec l’étape la plus longue de cette édition (876 km), pour un effort de cinq à six heures (462 km de spéciale). « Comme on est assis, on n’a pas l’impression de forcer, mais on bouffe tout de même de l’énergie donc il faut penser à bien s’hydrater », rappelle Christian Lavieille, deuxième de la catégorie deux roues motrices.

Chez Dacia, deux physiothérapeutes se chargent, chaque matin, de tout prévoir à bord. Deux grandes gourdes isothermes sont logées le long de chaque baquet, l’une remplie d’eau pour la liaison, l’autre de boisson isotonique (l’arôme citron a la cote) pour la spéciale. Pilotes et copilotes aspirent le liquide avec des tuyaux fixés sur leur harnais. « Les boissons isotoniques permettent de compenser les pertes en sels minéraux et apportent de l’énergie rapidement », explique Arthur Weiss, l’un des « physios » de l’équipe roumaine. Le système de climatisation des voitures et le profil du parcours saoudien réduisent les besoins. « En Argentine, je buvais jusqu’à huit litres par jour mais ici je tourne en moyenne à deux car le terrain est moins exigeant », détaille Sébastien Loeb.

« On a tous connu ces situations où l’envie est intenable et quand on est en train de se faire secouer dans tous les sens, c’est l’enfer donc il n’y a pas d’autre solution »

Fabian Lurquin, copilote de Nasser al-Attiyah

Tout le liquide qui n’est pas évacué par la sudation doit être éliminé par les voies naturelles. La pause pipi possible se résume à quelques secondes dans la zone de ravitaillement des motos et n’est souvent pas suffisante. Certains décident de moins s’hydrater pour ne pas avoir à uriner, d’autres portent des couches pour adultes. « On a tous connu ces situations où l’envie est intenable et quand on est en train de se faire secouer dans tous les sens, c’est l’enfer donc il n’y a pas d’autre solution », témoigne Fabian Lurquin, le copilote de Nasser al-Attiyah, leader du Dakar.

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Arthur Weiss, physiothérapeute de Dacia, charge un véhicule avec des boissons. (A. Mounic/L’Équipe)

L’apport de nourriture est très limité. « On avale vite fait une barre de céréales ou des fruits secs pendant les cinq minutes de neutralisation », témoigne Valentin Sarreaud, le copilote de Lavieille. Des apports complétés par des gels « coup de fouet » très sucrés et aromatisés. « J’en prends un et j’en donne un à Mathieu tous les cent kilomètres, explique Loïc Minaudier, copilote de Serradori. Cela permet de rester vigilant jusqu’à l’arrivée. » La gestion de l’après-course est également primordiale. « On leur prépare des boissons de récupération pour réparer les muscles et favoriser la réhydratation », précise Weiss.

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