L’ÉQUIPE 🔵 Chloé Trespeuch, porte-drapeau française aux JO de Milan-Cortina : « Une fois l’entraînement terminé, ça va prendre toute la place dans ma tête »

Double médaillée olympique et première snowboardeuse porte-drapeau de la France, Chloé Trespeuch vit à Milan-Cortina ses quatrièmes Jeux Olympiques. Une aventure de douze ans aux émotions multiples.
Jeudi, Chloé Trespeuch a enchaîné entraînement sous le soleil italien, repos et séance vidéo. Le quotidien classique d’une Olympienne, concentrée sur son snowboard. Si l’excitation monte à la veille de la cérémonie d’ouverture des JO, la réalité de son rôle honorifique de porte-drapeau ne l’a pas vraiment encore rattrapée.
« Une fois l’entraînement terminé, ça va prendre toute la place dans ma tête. Je vais pouvoir vivre chaque seconde à fond de ce grand moment qui nous attend et qui sera exceptionnel, car on va vraiment sentir cette force du collectif », assure Trespeuch (31 ans), qui retrouvera Clément Noël, champion olympique de slalom en 2022, vendredi, pour un moment d’échange avant la cérémonie à Livigno.
« Je ne me serais jamais dit, au début de ma carrière, que c’était un rôle que j’allais avoir un jour »
Chloé Trespeuch sur sa nomination en tant que porte-drapeau
Porter le drapeau de la délégation française est une consécration pour la snowboardeuse. « Quand je regardais les Jeux, petite, les porte-drapeaux étaient très souvent des athlètes que j’admirais, précise-t-elle. Mais je ne me serais jamais dit, au début de ma carrière, que c’était un rôle que j’allais avoir un jour. »
Comme beaucoup de fans de sport, les Jeux ont « rythmé » sa jeunesse. Marquée par les épopées olympiques de l’escrimeuse Laura Flessel ou du judoka Teddy Riner, Chloé Trespeuch se souvient spécialement du snowboardeur Tony Ramoin, médaillé de bronze en 2010 à Vancouver. « Je commençais à être dans le haut niveau, et donc forcément je regardais avec grand intérêt pour essayer de vivre les émotions à distance, avant d’y goûter en vrai ».
Elle a alors 16 ans et pas encore de dossard de Coupe du monde. Vice-championne de France cette année-là, la native de Bourg-Saint-Maurice, qui a grandi entre la Vendée et Val Thorens, est alors loin de penser qu’elle compilera au fil de sa carrière 54 podiums en Coupe du monde, un globe de cristal, trois podiums mondiaux (dont un titre par équipe) et surtout deux médailles olympiques. Jusqu’à devenir la première snowboardeuse porte-drapeau de la délégation française, une fierté pour tout le groupe France.
« Je suis ravie pour Chloé, elle le mérite vraiment, elle véhicule aussi des très beaux messages », souligne Julia Nirani-Pereira, médaillée d’argent des JO 2018, l’autre candidate pour cette édition italienne. Leader des Bleues depuis de longues années, Trespeuch parle volontiers d’écologie et a réussi un sacré retour après une pause maternité lors de la saison 2024-2025, revenant sur le circuit trois mois seulement après avoir donné naissance, dans le but d’être compétitive aux JO.
En trois olympiades, elle a connu un paquet d’émotions : la confirmation avec l’argent de Pékin 2022, après la désillusion de Pyeongchang 2018 et le bronze surprise en 2014 à 20 ans. Car quand elle débarque dans la station russe de Sotchi, Trespeuch n’est encore jamais monté sur un podium mondial. « J’étais jeune, pas attendue, il y a eu des chutes, et donc j’ai vécu quelques années à me dire : « Est-ce que je l’ai vraiment méritée, cette médaille ? », rembobine Trespeuch. J’avais besoin d’en faire une autre, juste pour apprécier la première. Et c’est vraiment la médaille de Pékin qui a redonné plus de valeur à celle de Sotchi. J’avais un peu le syndrome de l’imposteur et j’ai enfin réussi à me sentir légitime. »
« Finir en France, c’est sûr que ça motive… Mais si je continue, c’est que j’estime que j’ai une chance de gagner »
Chloé Trespeuch sur la possibilité de disputer les JO 2030 en France
Une médaille d’argent, et un déclic aussi, car elle s’offre son premier globe de cristal deux ans plus tard. De quoi effacer un peu l’immense déception des Jeux de 2018, quand elle arrive comme favorite mais termine à la 5e place, chutant tout près de la ligne d’arrivée sur « le plus beau parcours » qu’elle n’ait jamais ridé. « Un petit manque de gestion mentale, un mauvais placement fait que je tombe sur la ligne d’arrivée… J’ai manqué un peu de lucidité, j’étais un peu trop stressée, j’en attendais trop de moi. »
Plus sereine et plus forte mentalement aujourd’hui, forte du plus beau palmarès de l’équipe de France de snowboardcross actuelle, Trespeuch n’a plus rien à prouver dans un boarder. Et son histoire avec les Jeux pourrait continuer après Milan-Cortina. « Bluffée » par l’ambiance des JO 2024 à la maison, quand elle avait assisté au record du monde de Mondo Duplantis au Stade de France (6,25 m à la perche) ou aux épreuves d’équitation à Versailles, les JO 2030 dans les Alpes restent dans un coin de sa tête.
« J’y pense, mais repartir sur un cycle de quatre ans… Je ne sais pas, nous expliquait-elle il y a deux mois. J’ai encore tellement la flamme, je ne vais pas m’arrêter à la fin de cet hiver. Finir en France, c’est sûr que ça motive… Mais si je continue, c’est que j’estime que j’ai une chance de gagner. » Comme lors de cette quinzaine italienne, où elle fait partie des sérieuses candidates à une troisième médaille olympique.
