L’ÉQUIPE 🔵 Berlin, Sydney ou encore Chicago : ces marathons majeurs en péril à cause du changement climatique – Shango Media
Sports-FR

L’ÉQUIPE 🔵 Berlin, Sydney ou encore Chicago : ces marathons majeurs en péril à cause du changement climatique

Les conditions optimales pour continuer à performer sur certains marathons majeurs de la saison, comme Berlin ou Sydney, ne seront plus réunies en raison du changement climatique. Les athlètes n’ont pas le choix : ils doivent s’adapter.

Il fait 21 degrés ce dimanche 21 septembre 2025 à Berlin, à 9h15. Une « chaleur inhabituelle », supérieure de 7 degrés par rapport aux normales saisonnières. Une température idéale pour une petite balade. Un peu moins pour un marathon. « En termes de météo, c’est vraiment celui qui a été le plus difficile. J’ai beaucoup souffert », confie Dorian Louvet. À 36 ans, l’ancien candidat de Koh-Lanta a pourtant l’habitude de l’effort. Cette année, il a établi un record du monde en terminant les sept marathons majeurs – Tokyo, Boston, Londres, Sydney, Berlin, Chicago et New York – en moins de 2h30 de moyenne.

« Je m’étais fixé 2h28 à Berlin et j’ai terminé en 2h28. Heureusement que mon corps était habitué à ce type d’effort car j’ai vu énormément de gens exploser. » Sur 55 000 inscrits, 49 800 seulement ont terminé. Dont Hassan Chahdi, sixième et premier Français en 2h07’43 ». « Il était prévu que l’allure soit plus rapide, mais tout le monde est parti lentement à cause de la chaleur », nous raconte le spécialiste des courses de fond (36 ans), 20e au marathon des Jeux Olympiques de Paris en 2024. « Même si je termine à une bonne place, le chrono n’était pas excellent à cause des conditions météo. »

« Quand il fait chaud, le corps régule moins la température, donc tu fatigues beaucoup plus vite »

Dorian Louvet

« Quand il fait chaud, le corps régule moins la température, donc tu fatigues beaucoup plus vite », résume Louvet. Deux mois et demi plus tard, le 7 décembre, Héloïse Laigle s’élance à son tour, au marathon de Valence. Le premier de sa carrière pour la spécialiste du demi-fond. Alors que la température est douce, entre 15 et 17 °C, « il y avait un grand soleil et j’ai frôlé le coup de chaud », nous raconte la néomarathonienne (23 ans). Elle est sauvée par un ravitaillement et terminera quatorzième en 2h28’04 », la dixième meilleure performance française de l’histoire sur un 42,195 km.

Hassan Chahdi en action. (A. Mounic / /L'Équipe)
Hassan Chahdi en action. (A. Mounic / /L’Équipe)

Des résultats de premier plan réalisés dans des conditions loin d’être idéales. « La chaleur a une conséquence évidente sur les performances, même pour les athlètes de très haut niveau, explique Jean-Claude Vollmer, référence française de l’entraînement des marathoniens. On le voit bien sur les compétitions internationales. » Les records en Championnats du monde, organisés tous les deux ans en été, appartiennent aux Éthiopiens Tamirat Tola (2h05’36 ») et Gotytom Gebreslase (2h18’11 »), tous deux établis en juillet 2022 à Eugene (États-Unis). Les meilleures performances mondiales l’ont été à Chicago, par le Kényan Kelvin Kiptum en octobre 2023 (2h00’35 ») et sa compatriote Ruth Chepngetich (2h09’56 ») en 2024.

Des conditions idéales de plus en plus rares

« Le facteur chaleur impacte directement le résultat », constate l’expert en préparation physique et ex-DTN adjoint, mettant en avant les cinq et neuf minutes de différence entre les records aux Mondiaux et les records du monde. Il l’a même théorisé dans son livre de référence Objectif marathon (Éditions du Chemin des Crêtes) : « L’effet de la chaleur sur le déficit de performance en endurance est de l’ordre de 0,5 % pour chaque degré de température supérieure à 10 °C. » Selon ses recherches et son expérience, « l’idéal pour un marathon, c’est de partir à 5 °C et de terminer à 10 °C ».

Soit les conditions idéales pour Héloïse Laigle. « Au-dessus de 14 degrés, ça commence à devenir compliqué. » Ce qui explique son coup de chaud à Valence. Dorian Louvet et Hassan Chahdi apprécient, eux, une température comprise « entre 8 et 12 degrés ». Ces conditions risquent pourtant de devenir de plus en plus rares. Le marathon se court en plein air, sur du bitume, en centre-ville : la discipline est directement exposée au changement climatique.

Or, selon un rapport publié en octobre par Climate Central, la fenêtre propice aux performances va être réduite en raison de la hausse des températures, rendant les vagues de chaleur et les canicules plus fréquentes et plus intenses. L’étude analyse la température de 221 marathons disputés dans le monde en 2025 et se projette sur 10 et 20 ans, mettant en évidence de fortes disparités entre les épreuves majeures.

« Les athlètes en quête de records devront composer avec des températures optimales quasi impossibles à atteindre »

Un rapport de Climate Central

Les chances de bénéficier de conditions optimales – entre 4 et 10 degrés – resteraient élevées à Tokyo (63 % en 2035, 57 % en 2045) et à Boston (57 %, puis 53 %). Elles seraient en revanche nulles à Sydney et à Berlin dans vingt ans. Autres marathons roulants, Londres (17 %) et Chicago (14 %) verraient aussi leurs probabilités chuter, tout comme Valence (25 %). « Les athlètes de haut niveau en quête de records devront composer avec des températures optimales quasiment impossibles à atteindre », conclut l’étude.

L’ÉQUIPE 🔵 Berlin, Sydney ou encore Chicago : ces marathons majeurs en péril à cause du changement climatique
Comme à Sydney, il sera de plus en plus compliqué d’avoir des conditions idéales au marathon de Berlin. (Engler/MaxPPP/Picture alliance / nordphoto gmb)

Ainsi que parlait Socrate – le philosophe grec et non le footballeur brésilien -, « ce qui fait l’homme, c’est sa grande faculté d’adaptation ». Les marathoniens n’y échappent pas. À Berlin, Dorian Louvet a passé la course à se refroidir, multipliant les gobelets d’eau sur la tête. « Je sortais des ravitaillements complètement trempé. C’était saisissant, mais ça aidait à faire redescendre la température corporelle. »

Le marathon des Mondiaux de Doha, triste exemple

L’adaptation se joue aussi en amont. « Quand on sait qu’on participera à des Championnats dans des conditions chaudes, on s’acclimate dans des thermo-rooms », nous raconte Hassan Chahdi. Il s’explique : « C’est une petite salle, chauffée à 38 degrés, dans laquelle on va passer une heure et demie par jour pendant deux semaines. Les premières séances, on bouge à peine, puis on va commencer à faire du vélo ou à courir sur un tapis. »

Une autre piste concerne l’organisation des courses. « Avancer l’heure de départ, en se basant sur les températures minimales observées au lever du soleil, constitue une option d’adaptation », avancent les auteurs du rapport. Courir en nocturne ne semble pas être la solution miracle. « J’ai déjà couru de nuit, lors du marathon pour tous des JO de Paris, en plein mois d’août », se souvient Dorian Louvet. Autre exemple, plus marquant : le marathon féminin des Mondiaux de Doha en 2019, surnommé « la course de la honte ».

C’est la température ressentie par les athlètes lors du marathon féminin des Championnats du monde de Doha en 2019.

Le départ avait été donné à minuit dans des conditions jamais rencontrées dans un grand Championnat. La météo officielle affichait 32 degrés, 41 ressentis par les athlètes. Le taux d’abandon avait été de 41 %, alors qu’il était de 11 % deux ans plus tôt à Londres. La Kényane Ruth Chepngetich avait remporté le titre mondial en 2h32’43 ». Soit quatre minutes de plus qu’Héloïse Laigle à Valence pour son premier marathon. Une démonstration implacable : sur 42,195 kilomètres, la chaleur redéfinit les limites mêmes de la performance.

Bouton retour en haut de la page
Fermer