LE MONDE 🔵 Le sentiment d’injustice rĂ©vĂ©lateur de l’échec du macronisme Ă  faire Ă©merger une sociĂ©tĂ© du mĂ©rite – Shango Media
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LE MONDE 🔵 Le sentiment d’injustice révélateur de l’échec du macronisme à faire émerger une société du mérite

La vague 15 du Baromètre de la confiance politique, vaste enquĂŞte annuelle rĂ©alisĂ©e par l’institut OpinionWay pour le Centre de recherches politiques de Sciences Po entre le 8 et le 18 janvier 2024, met en lumière le scepticisme qui entoure l’action gouvernementale menĂ©e par Gabriel Attal, depuis sa nomination Ă  Matignon, le 9 janvier, sur fond de colère des agriculteurs. De crise en crise, le macronisme semble ne jamais pouvoir reconstituer la cohĂ©sion sociale malgrĂ© son projet fondateur d’une mobilitĂ© sociale accrue et d’une reconnaissance du mĂ©rite. Le nouveau premier ministre avance sur un terrain minĂ© par la dĂ©fiance et le regard très sombre que les Français portent sur leur propre sociĂ©tĂ©.

Seuls 24 % des enquĂŞtĂ©s considèrent que l’on vit en France dans une sociĂ©tĂ© juste, 3 % seulement Ă©tant « tout Ă  fait d’accord Â» avec cette idĂ©e. Ce pourcentage ne varie guère selon l’âge (19 % pour les lycĂ©ens, 23 % pour les retraitĂ©s), ni mĂŞme selon la profession des rĂ©pondants : 20 % des ouvriers, mais 30 % seulement des cadres et membres des professions supĂ©rieures adhèrent Ă  cette idĂ©e. Loin d’un retour de la lutte des classes, nous sommes surtout dans une opposition politique frontale entre les Ă©lecteurs d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection prĂ©sidentielle de 2022 (42 % pensent que la sociĂ©tĂ© est juste) et ceux du candidat de La France insoumise, Jean-Luc MĂ©lenchon (20 %), ou ceux de Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), et d’Eric Zemmour, candidat de ReconquĂŞte ! (18 % et 19 %). L’injustice est, on le voit, dĂ©noncĂ©e aussi fermement Ă  l’extrĂŞme droite qu’à gauche ou Ă  l’extrĂŞme gauche.

Ce sentiment d’injustice est liĂ© aux reprĂ©sentations du travail et Ă  l’absence perçue de reconnaissance. Si une très grande majoritĂ© de Français (75 %) restent convaincus que leur travail « sert Ă  quelque chose Â», dans toutes les professions, beaucoup ont le sentiment en revanche d’une absence de reconnaissance. A peine la moitiĂ© des enquĂŞtĂ©s (53 %) disent que les efforts accomplis dans leur vie professionnelle ont Ă©tĂ© reconnus et rĂ©compensĂ©s. Certes, cette moyenne Ă©volue en fonction du niveau professionnel et du revenu par foyer, passant de 43 % chez les ouvriers Ă  64 % chez les cadres, mais elle reste faible, y compris dans les foyers de la fameuse « classe moyenne Â», dont le revenu se situe entre 2 000 et 4 500 euros par mois (56 %).

Sentiment de mépris social

Pire encore, cette absence de reconnaissance s’accompagne d’un sentiment gĂ©nĂ©ral de mĂ©pris social. Pour 68 % des enquĂŞtĂ©s, la France reste une sociĂ©tĂ© dans laquelle beaucoup de gens sont mĂ©prisĂ©s. LĂ  encore, les Ă©carts par catĂ©gorie professionnelle ou niveau de diplĂ´me sont faibles : 70 % pour les titulaires d’un CAP, 64 % pour les titulaires d’un diplĂ´me supĂ©rieur Ă  bac + 2. La contestation sociale ne s’ancre donc pas uniquement dans des diffĂ©rences de revenus qui ne seraient pas Ă  la hauteur des efforts consentis : elle revĂŞt aussi une dimension morale. La sociĂ©tĂ© française est non seulement vĂ©cue comme injuste, mais aussi comme dĂ©daignant ceux « qui ne sont rien Â».

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