LE MONDE 🔵 « La Morsure », un film d’apprentissage teintĂ© de fantastique autour des fantasmes de jeunes filles – Shango Media
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LE MONDE 🔵 « La Morsure », un film d’apprentissage teinté de fantastique autour des fantasmes de jeunes filles

Delphine (Lilith Grasmug) et Françoise (LĂ©onie Dahan-Lamort) dans « La Morsure Â», de Romain de Saint-Blanquat.

Les jeunes filles s’ennuient et font des rêves morbides dans la France de 1967. C’est le cas de Françoise (interprétée par Léonie Dahan-Lamort, une révélation), qui, avec son amie Delphine, fait le mur de l’internat religieux où elle étouffe et doit se soumettre à la discipline de religieuses peu amènes. Les deux adolescentes vont rejoindre une fête organisée par des garçons du coin, dans une vaste et mystérieuse maison, comme abandonnée au cœur de la forêt.

Dit comme ça, cela ne fait pas vraiment envie. Non, le premier long-mĂ©trage de Romain de Saint-Blanquat n’est pas une Ă©nième fiction naturaliste, « d’époque Â», dĂ©crivant banalement l’apprentissage et le passage Ă  l’âge adulte d’une adolescente. C’est plus et bien mieux que cela. C’est un voyage au bout de la nuit et de la psychĂ© d’une jeune fille, un voyage qui choisit de s’écarter rĂ©gulièrement de toute volontĂ© purement rĂ©aliste pour atteindre une dimension magique, surnaturelle, dĂ©nuĂ©e de toute ironie et de tout surplomb.

Le fracas et les flammes

Au dĂ©but de leur odyssĂ©e, les deux amies se font conduire par un inconnu qui vole une voiture pour les emmener vers le lieu d’un bal improvisĂ©. L’alcool, la musique, les rencontres, faites d’une agressivitĂ© sexuelle Ă  peine dissimulĂ©e, dessinent un univers au cĹ“ur duquel la jeune fille, belle comme une hĂ©roĂŻne de film muet, se verra confrontĂ©e Ă  ses propres dĂ©sirs. Françoise est encore vierge, Delphine ne l’est plus. Comment passer de l’autre cĂ´tĂ© ? Vite et bien. Les hommes croisĂ©s durant cette nuit sont tous autant de modèles, Ă  la fois sĂ©duisants et effrayants, autant d’incarnations de fantasmes confus et contradictoires. La maturitĂ© fascinante (le conducteur), la normalitĂ© (le copain de Delphine), le danger (le motocycliste bad boy), le mystère et le romantisme (celui, presque un enfant, qui prĂ©tend ĂŞtre un vampire) sont autant de voies possibles vers l’état adulte. Et c’est la plus poĂ©tique qui s’imposera, dans le fracas et les flammes.

Mais La Morsure peut aussi ĂŞtre considĂ©rĂ© comme un film politique particulièrement opportun. Si le rĂ©cit est symboliquement situĂ© en 1967, c’est qu’il tente vraisemblablement de renvoyer Ă  un temps oĂą les structures d’enfermement et de contrĂ´le (les pensionnats de jeunes filles, le service militaire pour les garçons, autant de rĂ©alitĂ©s Ă©voquĂ©es) n’avaient pas encore Ă©tĂ© suffisamment Ă©branlĂ©es par les soubresauts d’une sociĂ©tĂ© qui allait ĂŞtre, quelques mois plus tard, spectaculairement remise en question.

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