LE MONDE 🔵 L’« adoucissement », la tactique d’Erdogan pour rebondir après la dĂ©bâcle des municipales – Shango Media
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LE MONDE 🔵 L’« adoucissement », la tactique d’Erdogan pour rebondir après la débâcle des municipales

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) et Devlet Bahçeli, le chef du Parti du Parti d’action nationaliste de Turquie, à Ankara, le 29 avril 2024.

La scène, impensable jusqu’à rĂ©cemment, se dĂ©roule le 24 avril dans un parc non identifiĂ©, très certainement dans la capitale, Ankara. Le chef de la formation d’extrĂŞme droite, le Parti d’action nationaliste (MHP), Devlet Bahçeli, marche lentement, seul, sans un mot, face camĂ©ra. La musique qui accompagne la vidĂ©o, diffusĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux, est celle du crooner Ferdi Tayfur, une chanson d’amour Ă©perdu, dans la plus pure tradition arabesque : « Tu m’as toujours enchaĂ®nĂ© comme un esclave, je suis devenu ton ami et tu es devenu un ennemi. Si je dis que tu es un traĂ®tre, c’est toi qui me le fais dire. Ce que j’ai souffert de ta part suffit. Â»

MĂ©taphore politique ? Message subliminal ? Les deux ? La presse et les rĂ©seaux sociaux ont immĂ©diatement fait des gorges chaudes de cette vidĂ©o. Bahçeli, figure de l’ultranationalisme turc le plus rĂ©actionnaire et vocifĂ©rant, symbole vivant, Ă  76 ans, du virage autoritaire de Recep Tayyip Erdogan, avec qui il s’est alliĂ© après le coup d’Etat ratĂ© de juillet 2016, aurait-il changĂ© de style ? Ces images ont ouvert un abĂ®me de questions dans cette Turquie oĂą souffle un vent nouveau depuis les Ă©lections municipales du 31 mars.

L’adresse de Devlet Bahçeli fait suite au revers cinglant subi par la coalition au pouvoir lors de ce scrutin. Non seulement le Parti de la justice et du dĂ©veloppement (AKP) du prĂ©sident n’est plus la première formation politique du pays, mais le MHP a perdu, tout comme les autres formations nationalistes, plus de la moitiĂ© de ses voix par rapport aux Ă©lections gĂ©nĂ©rales de 2023. La formation de Bahçeli, avec 4,9 %, a glissĂ© Ă  la cinquième place, derrière le parti prokurde DEM. De quoi Ă©branler certains Ă©quilibres.

Cinq jours après la diffusion de la vidĂ©o, le chef de l’Etat s’est rendu au domicile de Bahçeli, pour la première rencontre entre les deux hommes depuis leur dĂ©bâcle Ă©lectorale. Rien n’a filtrĂ© de ce tĂŞte-Ă -tĂŞte. Le 2 mai, le mĂŞme Erdogan a rencontrĂ© Ă–zgĂĽr Ă–zel, chef de la formation victorieuse du scrutin, le Parti rĂ©publicain du peuple (CHP), qui s’est dĂ©placĂ© au siège de l’AKP.

Changement de ton notable

L’évĂ©nement a Ă©tĂ© qualifiĂ© d’« historique Â» par l’opposition et les mĂ©dias progouvernementaux. Jamais, en huit ans, le prĂ©sident ne s’était ainsi rĂ©uni avec le chef de file du principal parti de l’opposition. La rencontre a durĂ© une demi-heure et s’est terminĂ©e sans confĂ©rence de presse. Mais la prĂ©sence de Namik Tan, membre du CHP et ancien ambassadeur Ă  Washington et en IsraĂ«l, laisse Ă  penser que le conflit Ă  Gaza et les relations entre les Etats-Unis et la Turquie ont probablement Ă©tĂ© abordĂ©s, au mĂŞme titre que les salaires, l’Etat de droit et l’ébauche d’une nouvelle Constitution souhaitĂ©e par M. Erdogan.

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