LE MONDE 🔵 EuropĂ©ennes 2024 : face Ă  la vague RN, les CĂ©vennes, traditionnellement rouges, n’ont pas rĂ©sistĂ© – Shango Media
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LE MONDE 🔵 Européennes 2024 : face à la vague RN, les Cévennes, traditionnellement rouges, n’ont pas résisté

Du mont Aigoual jusqu’au bord de la MĂ©diterranĂ©e, cette fois, une seule Ă©tiquette domine : celle du Rassemblement national (RN). Dans le Gard, un dĂ©partement dĂ©jĂ  largement acquis Ă  l’extrĂŞme droite, le RN rĂ©alise, avec 40,42 %, une nouvelle percĂ©e et gagne 8 points de plus qu’en 2019, en Ă©largissant sensiblement son pĂ©rimètre d’influence jusqu’à l’arrière-pays. Et, sur les hauteurs cĂ©venoles, dans la cinquième circonscription qui, aux dernières lĂ©gislatives, avait rĂ©sistĂ©, le bastion rouge s’est Ă©croulĂ©.

La liste de Jordan Bardella obtient des scores qui font pâlir les Ă©lecteurs de gauche : 26 % Ă  Saint-Jean-du-Gard, fief des camisards, 46,3 % Ă  Sainte-CĂ©cile-d’Andorge (550 habitants) ou encore 36,6 % Ă  Saint-Sauveur-Camprieu, Ă  deux pas de la station de ski gardoise Alti Aigoual. « Je suis triste, je suis déçue, je suis en colère Â», commente Elsa, une trentenaire, enseignante dans une Ă©cole Ă©lĂ©mentaire.

Car, ici, dans ce paysage dominé par l’industrie minière et celle du ver à soie, marqué par les guerres de religion et l’esprit de résistance, dans ces petits villages où se succèdent des paysages à couper le souffle, la culture ouvrière a longtemps réservé son vote aux partis de la gauche radicale. Un vote qui se transmettait presque dans les gènes de la famille, comme le syndicalisme.

Depuis quelque temps, la digue se fissure. D’une Ă©lection Ă  l’autre, la domination de la gauche radicale n’est plus aussi nette, et l’extrĂŞme droite gagne du terrain. « On le sent Ă  des petites choses Â», avoue Emmanuel Grieu, maire de Mandagout, l’une des seules communes du territoire Ă  avoir hissĂ© La France insoumise (LFI) en tĂŞte (24 %). « On ressent une scission entre les ruraux et les nĂ©o-CĂ©venols. Â»

Le secteur est aussi marquĂ© par un pouvoir d’achat en berne et une ruralitĂ© en crise. Les agriculteurs y sont de moins en moins nombreux et les services publics disparaissent l’un après l’autre. « Il y a une grosse dĂ©sillusion, et un esprit anti-europĂ©en assez clair, note Roland Fruytier, habitant Ă  Saint-Jean-du-Gard. Et il y a un tel dĂ©saccord Ă  gauche que plus personne ne s’y retrouve et les gens vont vers le chaos. Mais peut-ĂŞtre que la dissolution va mettre un grand coup de pied dans la fourmilière. L’espoir, c’est qu’il y ait une coalition Ă  gauche. Â» Marielle, son Ă©pouse, ne comprend pas comment « le vote Ă©colo a complètement disparu Â» dans une rĂ©gion qui subit de plein fouet le rĂ©chauffement climatique et est soumise Ă  des Ă©pisodes cĂ©venols de plus en plus frĂ©quents.

« Dynamique nĂ©gative Â»

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