LE MONDE 🔵 Au SĂ©nĂ©gal, les autoritĂ©s interdisent la marche contre le report de l’élection prĂ©sidentielle – Shango Media
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LE MONDE 🔵 Au Sénégal, les autorités interdisent la marche contre le report de l’élection présidentielle

Un manifestant se protège des gaz lacrymogènes lors d’affrontements avec les forces de l’ordre, Ă  Dakar, le 9 fĂ©vrier 2024.

Les autoritĂ©s sĂ©nĂ©galaises ont interdit une grande marche silencieuse Ă  laquelle a appelĂ© la sociĂ©tĂ© civile, mardi 13 fĂ©vrier Ă  Dakar, contre le report de l’élection prĂ©sidentielle et la prolongation du mandat du chef de l’Etat, Macky Sall, objets d’un vaste mouvement d’indignation.

La marche est remise en question, a indiquĂ© Ă  l’AFP Elymane Haby Kane, l’un des organisateurs, au nom du nouveau collectif Aar Sunu Election (« protĂ©geons notre Ă©lection Â»). Le collectif, qui revendique plusieurs dizaines d’organisations syndicales et de groupes citoyens et religieux, devrait s’exprimer plus tard dans la journĂ©e, a-t-il dit. M. Kane a confirmĂ© avoir reçu un courrier de la prĂ©fecture interdisant la marche. La lettre, publiĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux, dit que la manifestation « risque de perturber gravement Â» la circulation.

Aar Sunu Election demandait aux SĂ©nĂ©galais de se rĂ©unir massivement Ă  partir de 15 heures dans un quartier proche du centre de la capitale. « Nous appelons tous les SĂ©nĂ©galais Ă  venir de manière pacifique participer Ă  cette marche silencieuse pour dire non au report de l’élection, pour dire non au prolongement du mandat du prĂ©sident Macky Sall Â», avait dit, lundi devant la presse, Abdou Khafor Kandji, au nom d’un des groupes qui forment Aar Sunu Election.

Les manifestations sont soumises à un régime d’autorisation et les autorités ont refusé d’autoriser de nombreux rassemblements de l’opposition ces dernières années. Les manifestations interdites ont communément dégénéré en heurts, comme cela a été le cas vendredi, quand une contestation d’ampleur a été réprimée par les forces de sécurité. Trois personnes ont été tuées. De nombreux Sénégalais avaient voulu répondre à un appel – aux auteurs non identifiés – diffusé sur les réseaux sociaux, mais les policiers et les gendarmes les en avaient empêchés par la force.

Le SĂ©nĂ©gal est en proie Ă  l’une de ses plus graves crises politiques des dernières dĂ©cennies depuis que Macky Sall a annoncĂ© le report de la prĂ©sidentielle, le 3 fĂ©vrier, Ă  trois semaines de l’échĂ©ance. Ses partisans Ă  l’AssemblĂ©e nationale et ceux de Karim Wade, candidat disqualifiĂ©, ont ensuite entĂ©rinĂ© le renvoi de l’élection au 15 dĂ©cembre et le maintien du prĂ©sident Sall Ă  son poste jusqu’à la prise de fonctions de son successeur – a priori, donc, dĂ©but 2025.

La possibilité d’une amnistie

Des membres de la presse sénégalaise se rassemblent pour une veillée de protestation contre les violences faites aux médias, à Dakar, le 12 février 2024.

Ce changement de dernière minute, exceptionnel dans un pays vantĂ© pour sa stabilitĂ© et ses pratiques dĂ©mocratiques, a provoquĂ© des cris de « coup d’Etat constitutionnel Â». L’opposition soupçonne le camp prĂ©sidentiel de s’arranger avec le calendrier parce qu’il est sĂ»r de la dĂ©faite de son candidat, le premier ministre Amadou Ba, dĂ©signĂ© par Macky Sall pour lui succĂ©der. Elle suspecte une manĹ“uvre pour que le prĂ©sident, dont le mandat expirait officiellement le 2 avril, reste au pouvoir. Le chef de l’Etat, Ă©lu en 2012 et rĂ©Ă©lu en 2019, rĂ©pète qu’il ne se reprĂ©sentera pas.

La gravitĂ© de la crise fait craindre un nouvel Ă©pisode de violences comme le pays en a connu en mars 2021 et en juin 2023 autour du sort de l’opposant anti-système Ousmane Sonko, candidat dĂ©clarĂ© Ă  la prĂ©sidentielle, aujourd’hui dĂ©tenu et Ă©cartĂ© de la course. Le flou entretenu par Macky Sall sur sa candidature Ă  un troisième mandat avait alors alimentĂ© les tensions, jusqu’à ce qu’il annonce en juillet 2023 qu’il s’en tiendrait lĂ . Des dizaines de personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es depuis 2021, selon les dĂ©fenseurs des droits humains, et des centaines arrĂŞtĂ©es.

La réponse des autorités aux récentes tentatives de mobilisation, l’usage de la force, les arrestations, les mauvais traitements subis par un certain nombre de journalistes, la suspension provisoire des données mobiles et la coupure pendant quelques jours du signal d’une télévision critique du pouvoir leur ont attiré de nouvelles critiques. Des partenaires internationaux importants du Sénégal ont exprimé leur inquiétude devant la situation et appelé plus ou moins explicitement à un rétablissement du calendrier électoral.

Macky Sall a justifiĂ© le report de la prĂ©sidentielle par les farouches querelles suscitĂ©es par le processus de validation des candidatures. Il a dit vouloir une Ă©lection incontestable, s’inquiĂ©tant du risque de nouveaux accès de violence. Il a affirmĂ© sa volontĂ© « d’apaisement et de rĂ©conciliation Â» et a proposĂ© un dialogue au reste de la classe politique. Cette tentative de main tendue soulève une multitude de questions, en particulier sur son acceptation par l’opposition et sur une Ă©ventuelle libĂ©ration des opposants Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye et des personnes emprisonnĂ©es depuis 2021. Certains mĂ©dias ont Ă©voquĂ© la possibilitĂ© d’une amnistie, non confirmĂ©e par la prĂ©sidence ou le gouvernement.

Le Monde avec AFP

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