LE FIGARO 🔵 Texas: les anti-IVG veulent interdire aux femmes enceintes de prendre l’autoroute pour aller avorter ailleurs – Shango Media
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LE FIGARO 🔵 Texas: les anti-IVG veulent interdire aux femmes enceintes de prendre l’autoroute pour aller avorter ailleurs

La mesure promue permettrait à quiconque de porter plainte contre une personne transportant une femme enceinte cherchant à avorter dans un autre État.

L’avortement y est dĂ©jĂ  interdit, mais au Texas, des habitants veulent aller encore plus loin et faire barrage aux femmes en route pour aller avorter dans d’autres États. SituĂ©e dans les hautes plaines du nord du Texas, la ville d’Amarillo compte 200.000 habitants et est traversĂ©e par plusieurs autoroutes qui permettent de relier le Nouveau-Mexique, le Colorado ou encore le Kansas, des États amĂ©ricains oĂą l’interruption volontaire de grossesse (IVG) reste lĂ©gale.

Ces routes sont dĂ©sormais au cĹ“ur d’une polĂ©mique, des militants anti-avortement appelant Ă  les interdire aux femmes souhaitant avorter. «Vous ne pourrez plus emprunter nos autoroutes pour aller vous faire avorter», dit Jana May, habitante d’Amarillo. La mesure, qualifiĂ©e d’«extrĂ©miste» par beaucoup, a gagnĂ© en popularitĂ© auprès des milieux ultraconservateurs amĂ©ricains. «Nous faisons face Ă  toutes ces horreurs, comme du trafic d’avortement», clame auprès de l’AFP Mark Lee Dickson, pasteur et fondateur du groupe «Villes sanctuaires pour les enfants Ă  naĂ®tre».

Habituellement employĂ©e dans des municipalitĂ©s progressistes pour signifier la protection de migrants clandestins, la formule «ville sanctuaire» est aujourd’hui reprise par des conservateurs cherchant Ă  restreindre encore davantage l’accès Ă  l’avortement. «Il y a des enfants Ă  naĂ®tre qui sont transportĂ©s malgrĂ© eux Ă  travers les États pour ĂŞtre assassinĂ©s», poursuit Mark Lee Dickson. Selon lui, 70 localitĂ©s Ă  travers le pays sont devenues des sanctuaires. Parmi elles, la plupart ne comptent pas plus de 500 habitants.

SĂ©vères restrictions pour l’accès Ă  l’IVG

Depuis l’annulation en 2022 par la Cour suprĂŞme de la garantie constitutionnelle du droit Ă  avorter, les États ont retrouvĂ© toute latitude sur la question, donnant lieu Ă  un patchwork de lĂ©gislations. Une vingtaine a ainsi interdit ou sĂ©vèrement restreint l’accès Ă  l’IVG. C’est le cas du Texas, État conservateur du sud des États-Unis oĂą l’avortement est interdit, y compris en cas d’inceste ou de viol. Deux exceptions – en cas de danger de mort ou de risque de grave handicap pour la mère – existent, mais elles sont si vagues que les mĂ©decins, inquiets d’ĂŞtre poursuivis pĂ©nalement, refusent de pratiquer ces procĂ©dures, mĂŞme quand la vie de leurs patientes est menacĂ©e.

Mais pour Mark Lee Dickson, ce n’est toujours pas assez, car il reste possible de procĂ©der Ă  un avortement ailleurs. Une dizaine de juridictions texanes ont donc votĂ© des interdictions de se dĂ©placer pour avorter. «C’est très effrayant», confie Harper Metcalf, membre de l’Alliance pour la libertĂ© des droits reproductifs d’Amarillo, dĂ©nonçant l’action d’«extrĂ©mistes religieux». La mesure promue permettrait Ă  quiconque de porter plainte contre une personne transportant une femme enceinte cherchant Ă  avorter. Il est toutefois difficile d’imaginer la mise en Ĺ“uvre d’une telle loi, qui mettrait Ă  mal la libertĂ© de mouvement des AmĂ©ricains.

«Susciter la peur»

«Ces ordonnances n’ont pas Ă©tĂ© faites pour ĂŞtre appliquĂ©es. Elles sont destinĂ©es Ă  semer la confusion et Ă  susciter la peur et l’incertitude, afin que les gens Ă©vitent de se tourner vers leurs voisins et amis quand ils ont besoin d’aide», estime Harper Metcalf. Le mois dernier, le conseil municipal a examinĂ© la mesure et demandĂ© sa reformulation, en vue d’un rĂ©examen ultĂ©rieur. Le maire Cole Stanley, qui se dit pourtant anti-avortement, a admis la trouver «inapplicable» telle quelle. «Cela va nous valoir des poursuites judiciaires», a-t-il prĂ©venu.

Courtney Brown, une habitante opposĂ©e Ă  un tel blocage des routes, estime que mĂŞme si ce sont «leurs convictions», ces gens «deviennent un problème» Ă  prĂ©sent. «Et leurs croyances deviennent mon problème», fustige-t-elle. Elle dit craindre que cette mesure conduise Ă  une plus grande fracture au sein de la population. «Il suffit que quelqu’un soupçonne que vous ayez avortĂ© pour qu’il puisse vous poursuivre», pointe-t-elle. Ă€ l’approche de l’Ă©lection prĂ©sidentielle de novembre, la question de l’avortement reste l’un des enjeux centraux du scrutin.

Dans ce contexte, l’adoption de telles interdictions pose question; et ce jusque chez les rĂ©publicains, inquiets du coĂ»t Ă©lectoral de ces mesures. Car depuis le revirement de la Cour suprĂŞme, les conservateurs ont perdu chaque rĂ©fĂ©rendum abordant la question de l’avortement Ă  l’Ă©chelle des États. «Personne n’aime voir des gens avorter», dit James, un retraitĂ© d’Amarillo portant une casquette pro-Trump. «Mais quand vous mettez en place une mesure qui ne peut pas ĂŞtre appliquĂ©e et qui monte les gens les uns contre les autres… C’est un grand non pour moi».

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