LE FIGARO 🔵 Sous pression des députés dans l’affaire Epstein, Keir Starmer cède : le premier ministre britannique ne pourra pas filtrer les documents liés à Mandelson

L’opposition mais aussi plusieurs députés travaillistes ont forcé le chef du gouvernement à accepter qu’une commission parlementaire ait accès à tous les documents au sujet de la nomination de l’ex-ambassadeur aux États-Unis, qui apparaît dans les «Epstein Files».
Mercredi 4 février dans la soirée, le média britannique Daily Mail titrait déjà : «Starmer est en grand danger». «Désavoué par ses députés, méprisé par le public, Starmer doit savoir que la partie est finie», assène quelques heures plus tard une chronique politique du quotidien The Telegraph. Après des heures de débats tendus à la Chambre des communes mercredi en fin de journée, le premier ministre britannique Keir Starmer a fini par céder sous la pression des parlementaires. Il a renoncé à contrôler la publication des documents relatifs à la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, et a accepté qu’une commission parlementaire puisse consulter l’intégralité des dossiers, sans exception, précise le Washington Post.
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Alors que les scandales entourant Peter Mandelson et sa relation avec le pédocriminel Jeffrey Epstein ne cessent de s’amplifier, Keir Starmer a été contraint d’admettre qu’il avait connaissance de leur lien. Il a toutefois précisé qu’à la lumière de ce qu’il sait aujourd’hui, il ne l’aurait « jamais nommé » ambassadeur. La question centrale est désormais de savoir jusqu’à quel point le premier ministre était informé au moment de la nomination. Les documents bientôt révélés pourraient apporter des éléments de réponse.
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«Le gouvernement devrait publier tous les documents pertinents»
Dans un premier temps, le chef du gouvernement avait assuré qu’il rendrait publics «tous les documents nécessaires», afin de répondre à l’exigence de transparence exprimée par l’opinion britannique. Il avait toutefois assorti cette promesse de limites. Keir Starmer s’était réservé le droit de ne pas publier les documents qui, selon lui, pourraient compromettre la sécurité nationale, les relations diplomatiques du Royaume-Uni ou l’enquête policière en cours sur les activités de Peter Mandelson.
Cette position a rapidement suscité la méfiance, explique le Post. Des députés de l’opposition, rejoints par certains élus travaillistes, ont exprimé leur crainte que l’argument de la sécurité nationale ne serve de paravent pour dissimuler des éléments. «Le gouvernement devrait publier tous les documents pertinents, et pas seulement ceux que le premier ministre veut bien nous montrer», a déclaré mardi 3 février la cheffe du Parti conservateur, Kemi Badenoch. Elle a également souligné que «la question de la sécurité nationale se posait déjà au moment de la nomination de Mandelson».
Le comité du renseignement et de la sécurité décidera quels documents seront publiés
C’est à l’issue de nouveaux débats houleux, que l’exécutif a finalement reculé. La décision sur les documents à rendre publics ne reviendra pas à un haut fonctionnaire, comme l’avait initialement proposé Keir Starmer, mais au Comité du renseignement et de la sécurité. Cette instance, composée de parlementaires issus de plusieurs partis, aura toute latitude pour examiner l’ensemble des pièces. À ce stade, la date de publication des documents reste inconnue.
Les conservateurs réclament entre autres la publication des vérifications préalables menées par le Cabinet Office, ainsi que des déclarations de conflits d’intérêts liées aux activités de Peter Mandelson en Russie et en Chine. Ils demandent aussi l’accès à l’ensemble de la correspondance, y compris les échanges électroniques, entre l’ancien ambassadeur, les ministres et le chef de cabinet du premier ministre, Morgan McSweeney, qui aurait soutenu sa nomination à Washington. Enfin, l’opposition exige les détails de l’indemnité de départ versée à l’ancien ambassadeur après son licenciement, explique The Times.
