LE FIGARO 🔵 Nouvelle-CalĂ©donie : près de deux mois après les premières Ă©meutes, toujours pas de retour au calme – Shango Media
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LE FIGARO 🔵 Nouvelle-Calédonie : près de deux mois après les premières émeutes, toujours pas de retour au calme

LE POINT SUR LA SITUATION – Un homme de 38 ans est dĂ©cĂ©dĂ© ce 10 juillet dans des affrontements avec les forces de l’ordre, portant Ă  dix le nombre de morts depuis le dĂ©but des troubles qui secouent l’archipel.

La situation reste encore très tendue en Nouvelle-CalĂ©donie, près de deux mois après les Ă©meutes qui ont secouĂ© l’archipel. Une nouvelle personne a perdu la vie dans des affrontements avec les forces de l’ordre ce mercredi 10 juillet dans le sud de l’île, portant Ă  dix le nombre de morts – dont deux gendarmes. La victime, un homme de 38 ans, a Ă©tĂ© touchĂ©e par un tir de riposte Ă  longue distance effectuĂ© par un gendarme du GIGN durant une opĂ©ration de dĂ©blocage d’une route.

Après une courte période de calme début juin, de nouveaux troubles ont éclaté à la suite de l’interpellation le 19 juin de onze militants indépendantistes, suspectés d’être les commanditaires des émeutes du mois de mai. Parmi eux, sept ont été transférés en métropole le 23 juin, dont Christian Tein, le porte-parole kanak de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT). Treize personnes ont été mises en examen et cinq demeurent incarcérées en métropole. Ces transferts ont ravivé la colère des indépendantistes. Certains ont construit de nouveaux barrages et commis des dégradations supplémentaires dans un archipel déjà meurtri par les pillages et les incendies. Un couvre-feu de 20 heures à 6 heures du matin est d’ailleurs toujours en vigueur jusqu’au 15 juillet. Le Figaro fait le point sur la situation.

Des élections législatives sous tension

Les scrutins des Ă©lections lĂ©gislatives anticipĂ©es ont Ă©tĂ© difficiles Ă  organiser dans ce climat insurrectionnel. «Il n’y a pas pire endroit et pire circonstance pour faire campagne sur l’ensemble des 577 circonscriptions de France», rĂ©sumait alors Philippe Dunoyer, dĂ©putĂ© sortant Renaissance, qui se prĂ©sente dĂ©sormais sous l’Ă©tiquette Horizons. La campagne des candidats n’a jamais vraiment dĂ©marrĂ© sur le Caillou en raison des heurts quotidiens.

Au lieu des 56 bureaux habituels, les 222.900 Ă©lecteurs ont dĂ» se rĂ©unir dans seulement 7 lieux : Ă©coles, hĂ´tel de ville, gymnases… Un grand nombre d’entre eux redoutaient de se dĂ©placer, craignant des coups de pression, des intimidations ou des troubles aux abords de ces lieux. Le taux de participation (71,35% au second tour) a cependant Ă©tĂ© important.

Et pour la première fois depuis 1986, un indĂ©pendantiste a Ă©tĂ© Ă©lu: Emmanuel Tjibaou, l’un des fils de l’emblĂ©matique leader kanak assassinĂ© lors des violents Ă©vĂ©nements de 1989. Dans la première circonscription de l’archipel, le dĂ©putĂ© loyaliste Nicolas Metzdorf (divers droite), rapporteur du projet de loi constitutionnelle sur le dĂ©gel du corps Ă©lectoral dont l’examen Ă  l’AssemblĂ©e a dĂ©clenchĂ© les Ă©meutes, a par ailleurs Ă©tĂ© Ă©lu.

Au total, 222.900 électeurs étaient appelés aux urnes pendant les élections législatives en Nouvelle-Calédonie.
DELPHINE MAYEUR / AFP

Plus de 1000 élèves privés de cours

Les écoles, collèges et lycées ont été la cible récurrente des émeutiers. Un grand nombre des établissements a été incendié. Depuis, plus de dix mille jeunes Calédoniens scolarisés dans le public ou le privé n’auraient plus cours, faute de structures pour les accueillir, indique Nouvelle-Calédonie la 1ere. Après les vacances de juin, certains établissements ont rouvert progressivement, mais d’autres demeurent fermés. Pour rappel, les «grandes vacances» de l’archipel ne se déroulent pas entre juillet et août comme en métropole, mais de mi-décembre à mi-février.

Selon le mĂ©dia local, 6534 Ă©lèves inscrits dans des Ă©tablissements partiellement dĂ©gradĂ©s (primaire et secondaire) sont impactĂ©s. Tandis que 1830 jeunes sont concernĂ©s car leur Ă©tablissement a Ă©tĂ© totalement dĂ©gradĂ©. Par ailleurs, près de 2000 Ă©lèves scolarisĂ©s dans l’enseignement catholique dans le premier et second degrĂ© sont affectĂ©s Ă  ce jour. «Une rĂ©flexion est menĂ©e pour une possible rĂ©ouverture des internats en tenant compte des contraintes de sĂ©curitĂ©, d’encadrement, de dĂ©placement quant aux livraisons des repas», a indiquĂ© la direction diocĂ©saine Ă  nos confrères sur place.

L’activité aérienne toujours perturbée

Le 14 mai, soit le lendemain du dĂ©but des Ă©meutes, l’aĂ©roport de NoumĂ©a avait Ă©tĂ© fermĂ© pour des raisons de sĂ©curitĂ©. Il avait finalement Ă©tĂ© rouvert le 17 juin. Mais la compagnie aĂ©rienne Aircalin, qui opère notamment entre la Nouvelle-CalĂ©donie et l’Asie-Pacifique, a annoncĂ© ce 10 juillet la rĂ©duction de son programme de vols pour l’annĂ©e 2024 afin d’assurer sa pĂ©rennitĂ©, alors que la sĂ©curitĂ© n’est toujours pas assurĂ©e dans le territoire.

Le chiffre d’affaires mensuel du transporteur, qui est de l’ordre de 17 millions d’euros en temps normal, peine Ă  atteindre les 7,5 millions d’euros actuellement, a indiquĂ© son directeur gĂ©nĂ©ral Georges Selefen lors d’une confĂ©rence de presse. Aircalin a subi de plein fouet la fermeture aux vols commerciaux de l’aĂ©roport international de La Tontouta, restĂ© inaccessible par la route durant des semaines.

Le tourisme impacté

Après le nickel, le tourisme est la deuxième industrie de Nouvelle-CalĂ©donie. Il a rapportĂ© l’an passĂ© 51 milliards de francs pacifique (427 millions d’euros), selon Julie Laronde, la directrice de Nouvelle-CalĂ©donie Tourisme (NCT). Alors que la saison d’observation des balais a commencĂ© cette semaine, le secteur reste encore secouĂ© par les Ă©meutes. Des professionnels ont dĂ» arrĂŞter leurs activitĂ©s pendant plusieurs semaines. Un skippeur contactĂ© par l’AFP anticipe 80 Ă  85% de pertes pour le mois de juillet. «On ne voit pas de futur. On ne sait pas combien de temps ça va durer, quand ça va finir… Dans tous les cas, l’Ă©conomie est Ă  terre», explique-t-il.

Patrick Bachelet, gĂ©rant du Betikure Park Lodge, un hĂ´tel familial dans un cadre luxuriant Ă  150 km au nord de NoumĂ©a, a enregistrĂ© 120 annulations depuis le dĂ©but de la crise et ne se fait pas d’illusion sur la vingtaine de clients n’ayant pas encore annulĂ© leur rĂ©servation. Tous espèrent que la situation revienne au calme et le retour des touristes.

Plus de 2,2 milliards d’euros de dégâts

Les Ă©meutes ont coĂ»tĂ© au moins 2,2 milliards d’euros, rĂ©vèle la dernière estimation rĂ©alisĂ©e par le gouvernement local. Selon un document que l’AFP a pu consulter, le gouvernement prĂ©sidĂ© par l’indĂ©pendantiste Louis Mapou Ă©value la facture des troubles Ă  1,2 milliard d’euros pour le secteur privĂ© et Ă  1 milliard de plus pour les infrastructures publiques.

Au total, 700 entreprises privĂ©es ont Ă©tĂ© incendiĂ©es, pillĂ©es ou vandalisĂ©es, dĂ©nombre le gouvernement. CĂ´tĂ© public, 19 Ă©coles sont parties en fumĂ©e, de mĂŞme que plusieurs mĂ©diathèques, des locaux techniques ou des bureaux, pour un montant de 385,3 millions d’euros, ajoute le gouvernement.

En outre, le chĂ´mage total ou partiel pourrait toucher quelque 24.000 personnes, soit plus d’un salariĂ© sur quatre du territoire français du Pacifique Sud, selon l’institution, qui Ă©value le coĂ»t de son financement Ă  234,5 millions d’euros sur l’annĂ©e. Quant Ă  la facture des pertes de recettes fiscales, de cotisations sociales et de taxes douanières liĂ©es Ă  la destruction du tissu Ă©conomique, elle est estimĂ©e Ă  364,4 millions d’euros.

L’archipel a d’ores et dĂ©jĂ  bĂ©nĂ©ficiĂ© de plus de 250 millions d’euros d’aides de la part de l’État. Ce dernier a notamment instaurĂ© un fonds de solidaritĂ© pour les entreprises afin de compenser une partie de leur perte de chiffre d’affaires entre mai et juin, ainsi qu’une avance remboursable de 100 millions d’euros au gouvernement de Nouvelle-CalĂ©donie.

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