LE FIGARO 🔵 Mort du petit Émile : pourquoi «l’efficacitĂ© des chiens pisteurs» a-t-elle pu ĂŞtre «altĂ©rĂ©e» par la chaleur ? – Shango Media
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LE FIGARO 🔵 Mort du petit Émile : pourquoi «l’efficacité des chiens pisteurs» a-t-elle pu être «altérée» par la chaleur ?

DÉCRYPTAGE – Le procureur d’Aix-en-Provence a affirmĂ© que lors des recherches pour retrouver le petit garçon, les chiens de pistes ont pu ĂŞtre perturbĂ©s par des «tempĂ©ratures [qui] avoisinaient les 30 degrĂ©s Ă  l’ombre».

Au lendemain de la disparition du petit Émile le 8 juillet 2023, un important dispositif de recherche avait été déployé dans ce paysage escarpé des Trois Évêchés. Dans un périmètre initial de 5 km autour du hameau du Haut-Vernet, des gendarmes, sapeurs-pompiers, équipes cynophiles des Alpes de Haute-Provence s’étaient relayés pour tenter de retrouver le petit garçon, sans compter «l’incroyable élan de solidarité» des habitants du coin. Les recherches n’avaient à l’époque pas abouti. Pourtant, les ossements du petit garçon se trouvaient bien dans cette zone.

«Si le lieu de dĂ©couvert du crâne d’Émile est bien situĂ© dans le pĂ©rimètre de recherche opĂ©rationnelle des premiers jours, je ne peux affirmer que chaque mètre carrĂ© a Ă©tĂ© foulĂ© par un membre des Ă©quipes de recherche», s’est justifiĂ© mardi soir lors de sa confĂ©rence de presse, le procureur d’Aix-en-Provence Jean-Luc Blachon. Après avoir rappelĂ© «la vĂ©gĂ©tation dense, la topographie difficile, le terrain escarpĂ©, avec des pentes naturelles Ă  30%», le magistrat a tenu Ă  souligner «les conditions mĂ©tĂ©orologiques dans lesquelles ces premières recherches ont Ă©tĂ© entreprises»: «les tempĂ©ratures avoisinaient les 30 degrĂ©s Ă  l’ombre, rendant la marche difficile. Ces tempĂ©ratures ont pu altĂ©rer l’efficacitĂ© des chiens pisteurs».

Le Saint-Hubert, chien «couteau suisse»

Au sein de la gendarmerie, 90% du cheptel est composĂ© de berger malinois, des «chiens rustiques, loyaux, intelligents et joueurs», liste auprès du Figaro le colonel Pascal SĂ©gui, commandant du Centre national d’instruction cynophile de la gendarmerie de Gramat (CNICG) Ă  Gramat (Lot). C’est aussi un «dur au mal», qui n’hĂ©site pas Ă  se jeter dans un bosquet de ronces s’il a senti une piste. Les 10% restants sont formĂ©s par des springers, des bergers allemands ou des Saint-Hubert «plus performant en zone urbaine, un chien multipasse, un couteau suisse» figure le militaire. Chaque annĂ©e, le CNICG forme quelque 250 canidĂ©s, qui vont ĂŞtre employĂ©s durant environ huit ans avant d’être «rĂ©formĂ©s pour leurs bons et loyaux services.»

Il existe deux missions bien distinctes pour ces enquĂŞteurs Ă  quatre pattes. La première catĂ©gorie est formĂ©e Ă  la recherche de personne disparue vivante, qu’il s’agisse de victime ou de malfaiteurs. Ce sont les chiens de pistes qui ont Ă©tĂ© prĂ©sents durant toute la première phase de recherche du petit Emile, citĂ©s par le procureur. Ils reçoivent une formation de 14 semaines, aux cĂ´tĂ©s de leur maĂ®tre, puis en situation rĂ©elle. Sur le terrain, ils remontent des pistes durant 2 Ă  3 heures entremĂŞlĂ©es de pauses, avant d’ĂŞtre relevĂ©s par un «collègue». Ils sont guidĂ©s par un objet appartenant au disparu. Faire intervenir des chiens dans des enquĂŞtes pour disparition est un choix «quasiment automatique» mais qui relève du seul choix du commandement du directeur opĂ©rationnel.

«On s’adapte au territoire»

La seconde mission concerne, elle, la recherche de restes humains. C’est une mission bien spécifique qui concerne un nombre plus restreint de chiens, formés durant 3 à 6 mois par des techniciens expérimentés. Ils sont éduqués sur du matériel synthétique d’imprégnation, puis projetés en situation opérationnelle avec de véritables cadavres. «Ce qui était son support d’entraînement devient la réalité», poursuit le colonel Pascal Ségui. Ils sont en mesure de sentir des corps carbonisés, en décomposition mais aussi des dépouilles enfouies à 50 centimètres, voire un mètre. Ces chiens-là travaillent dans des couloirs, un hectare par heure et peuvent parcourir jusqu’à 15 ou 20 kilomètres par jour avec leur maître. «Mais on s’adapte au territoire. Tout comme le maître, l’effort à fournir ne sera pas le même sur une plaine ou une zone escarpée.»

Ces chiens sont intervenus Ă  quatre reprises au Haut-Vernet, Ă  la fin du mois de juillet, en octobre, en novembre et enfin de samedi Ă  mercredi, Ă  la suite de dĂ©couverte des ossements du garçon. Ces «chiens spĂ©cialisĂ©s dans la recherche de cadavre, je peux dire avec certitude qu’eux n’ont pas couvert la zone dans laquelle les ossements ont Ă©tĂ© dĂ©couverts. Les enquĂŞteurs se sont Ă  cet instant concentrĂ©s sur des points d’intĂ©rĂŞt essentiel», a tenu Ă  souligner le procureur de la RĂ©publique devant la presse.

Des molécules d’odeur plus ou moins «volatiles»

Dans les deux types de mission, les canidĂ©s n’ont pas de «tempĂ©rature seuil» au-dessus de laquelle ils ne sont plus efficaces, sourit le colonel. Mais il existe une addition de facteurs qui peut dĂ©tĂ©riorer leur envie de «jouer» – la recherche Ă©tant toujours perçue pour eux comme un jeu -. Au-delĂ  de la tempĂ©rature, il faut regarder le degrĂ© «d’hydromĂ©trie» lors des recherches. Si une tempĂ©rature Ă©levĂ©e est couplĂ©e avec un temps sec, «les molĂ©cules d’odeur vont ĂŞtre plus volatiles, se disperser plus rapidement dans l’air et se dĂ©prĂ©cier en qualité», explique le gendarme. Ă€ l’inverse, l’humiditĂ© «fixe davantage la molĂ©cule d’odeur».

Durant l’étĂ© 2023, la France a Ă©tĂ© touchĂ©e par des vagues de chaleur qui ont touchĂ© tout le pays et sur la moitiĂ© sud, «les sols se sont continuellement assĂ©chĂ©s jusqu’Ă  devenir plus secs que la normale dès la deuxième moitiĂ© du mois de juillet», indique le bilan climatique de l’étĂ© 2023 de MĂ©tĂ©o-France. Des conditions qui n’ont de toute Ă©vidence pas facilitĂ© le travail des gendarmes comme de leurs compagnons Ă  poils. Mais l’enquĂŞte devra encore prouver que le corps de l’enfant Ă©tait bien prĂ©sent sur la zone de recherche initiale dès le 8 juillet 2023. Ce qui n’est pour l’heure, pas encore Ă©tabli.

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