LE FIGARO 🔵 GaĂ«l Nofri : «Les trois leçons de l’acte de dĂ©cès du macronisme» – Shango Media
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LE FIGARO 🔵 GaĂ«l Nofri : «Les trois leçons de l’acte de dĂ©cès du macronisme»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour l’adjoint (Horizons) au maire de Nice, les Ă©lections lĂ©gislatives entĂ©rinent la fin du macronisme. Entre un RN incapable de gouverner et une gauche minoritaire, il appelle Ă  construire une «majoritĂ© de projets» Ă  droite.

GaĂ«l Nofri est historien, adjoint au maire (Horizons) de Nice et conseiller mĂ©tropolitain Nice CĂ´te d’Azur.

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Les Ă©lections lĂ©gislatives anticipĂ©es raisonnent finalement comme l’acte de dĂ©cès du macronisme. C’est ainsi la fin d’une longue agonie de deux ans, dĂ©butĂ©e au soir mĂŞme de la rĂ©Ă©lection du chef de l’État, et qui s’explique tant par des raisons institutionnelles — la limitation lĂ©gale du nombre de mandats successifs — que par une erreur politique Ă©vidente — le choix d’un premier ministre de gauche au moment mĂŞme oĂą la France attendait un gouvernement de droite qui conduisit Ă  l’absence de majoritĂ© absolue Ă  l’AssemblĂ©e nationale. DĂ©sormais il n’est plus question de sauver le soldat Macron : après une dissolution hasardeuse, dĂ©cision solitaire vĂ©cue comme un traumatisme par nombre de parlementaires sortants, c’est au tour du premier ministre en exercice, des principaux leaders de l’ancienne majoritĂ©, et finalement de l’ensemble des Ă©lus sauvĂ©s du suffrage de prendre leur distance. Certes il y a de la rancĹ“ur personnelle accumulĂ©e, mais lĂ  n’est pas l’essentiel. L’essentiel est que chacun prĂ©pare l’après, pense et envisage les Ă©quilibres de demain, tente de tirer les enseignements personnels du scrutin, et, avec lui, de la mort d’un courant qui pensait se substituer aux clivages traditionnels. Dans ce registre, trois leçons semblent se dĂ©gager.

Première leçon : l’incapacitĂ© durable du RN Ă  remporter les Ă©lections.

LĂ  est le pari rĂ©ussi de la dissolution : faire en sorte que, malgrĂ© son score important aux Ă©lections europĂ©ennes, le Rassemblement National ne parvienne pas Ă  emporter la majoritĂ© Ă  l’AssemblĂ©e Nationale. On aurait pourtant pu croire, avant le premier tour, Ă  l’ouverture d’une nouvelle page de l’histoire politique française : le ralliement en rase campagne d’Éric Ciotti, prĂ©sident des LR qui abandonnait ses amis Ă  leur sort moins de 24 heures après la dissolution, puis celui de Marion MarĂ©chal-Le Pen quittant le navire ReconquĂŞte dans la foulĂ©e de son Ă©lection au Parlement europĂ©en… tout semblait rĂ©ussir au jeune Jordan Bardella ! Les thèmes qui s’imposaient au cĹ“ur de la campagne, la dynamique de celle-ci, la volontĂ© des Français de «renverser la table» autant que « d’essayer ce que l’on n’a jamais essayé » ont assez logiquement permis au RN et ses alliĂ©s de sortir en tĂŞte du premier tour dans près de 300 circonscriptions… Ă  ce moment la messe pouvait sembler dite. Pourtant, une semaine après, le compte n’y est toujours pas : en sept jours le parti de Marine Le Pen est passĂ© d’une majoritĂ© absolue Ă  une majoritĂ© relative, d’une majoritĂ© relative Ă  plus de majoritĂ© du tout, d’une place de première coalition de l’AssemblĂ©e Ă  celle de troisième. On accusera les dĂ©sistements et la «politique de castors», plus prompte Ă  bâtir des barrages que des politiques publiques ; on pointera l’hystĂ©risation du dĂ©bat et le fait que l’on ait jouĂ© sur les peurs ; on Ă©voquera les « quelques brebis galeuses » et les approximations programmatiques d’un Jordan Bardella visiblement dĂ©passĂ©… tout cela est partiellement vrai mais participe surtout Ă  mettre en lumière une rĂ©alitĂ© incontestable : l’incapacitĂ© durable du RN Ă  remporter un scrutin national tant le parti divise, oppose et inquiète les Français.


Le RN, un parti qui ne peut rassurer, sur le plan Ă©conomique notamment, tant l’addition de mesures populistes destinĂ©es Ă  enrober le fond du programme rĂ©pond plus Ă  des commandes Ă©lectorales qu’Ă  une politique publique cohĂ©rente

Gaël Nofri

Le problème vĂ©ritable est que le paravent de la «dĂ©diabolisation» plutĂ´t rĂ©ussie du RN tombĂ© reste la vĂ©ritĂ© nue. Celle d’un parti qui ne peut rassembler car prĂ©supposant et entretenant des fractures irrĂ©conciliables dans la sociĂ©tĂ©. Celle aussi d’un parti qui ne peut rassurer, sur le plan Ă©conomique notamment, tant l’addition de mesures populistes destinĂ©es Ă  enrober le fond du programme rĂ©pond plus Ă  des commandes Ă©lectorales qu’Ă  une politique publique cohĂ©rente, tenable ou rĂ©aliste.

Deuxième leçon : la gauche, mĂŞme minoritaire, demeure une rĂ©alitĂ© solide.

De cette incapacitĂ© structurelle Ă  l’emporter, dĂ©coule une consĂ©quence que les promoteurs du ralliement avec le RN ont feint de ne pas voir : l’Ă©chec programmĂ© du RN laissait le champ libre Ă  la première force politique constituĂ©e qui lui prĂ©senterait un front uni, une dynamique sĂ©duisante, une histoire qui tienne la route. Telle fut la plus grosse erreur du prĂ©sident de la RĂ©publique dans cette dissolution : croire que la gauche, parce qu’elle se tapait dessus depuis des mois et se trouvait menĂ©e par le pire de ce que la politique pouvait produire, n’existait plus comme rĂ©alitĂ© solide, soudĂ©e et cohĂ©rente. Or, la dissolution annoncĂ©e, il ne fallut pas plus de quelques heures, pour que toutes les tendances, tous les courants, toutes les chapelles hier ennemis mortels s’embrassent follement au nom de l’unitĂ© des forces de gauche face au pĂ©ril fasciste…rire devant le ridicule de la chose est peut-ĂŞtre lĂ©gitime, mais ne sert Ă  rien car le mouvement n’est pas un «calcul Ă©lectoral» mais correspond incontestablement Ă  un mystique de la gauche, une de celle qui ressuscite ceux que l’on croyait morts. La bannière levĂ©e, l’union dĂ©crĂ©tĂ©e, les consignes de votes puis de dĂ©sistement donnĂ©es, tout a fonctionnĂ© comme sur des roulettes : mĂŞme minoritaire dans le pays, la gauche se retrouve dans l’idĂ©e d’ĂŞtre par-dessus tout et avant tout elle-mĂŞme… au point de devenir, hĂ©las, la première coalition de l’AssemblĂ©e.

Dès lors, c’est l’esprit des institutions, un gouvernement de gauche doit voir le jour. Telle est la consĂ©quence directe et inĂ©luctable du scrutin. On peut le regretter, mais il y aurait danger, mĂŞme avec de bons arguments politiques, Ă  ne pas respecter en cette occasion l’esprit des institutions et Ă  chercher des coalitions contre-nature : plus le trouble est profond et le contexte difficile, plus il nous faut nous accrocher Ă  nos pratiques institutionnelles pour assurer au pays stabilitĂ© et continuitĂ©.

Troisième leçon : la France est et demeure Ă  droite.

Ce gouvernement de gauche, pour ĂŞtre inĂ©vitable n’en sera pas moins minoritaire. Une minoritĂ© numĂ©rique au sein de l’AssemblĂ©e Nationale qui devrait en paralyser toute action lĂ©gislative d’ampleur, mĂŞme s’il peut espĂ©rer attirer Ă  lui quelques Ă©lĂ©ments disparates de la «macronie de gauche» dĂ©sormais rendus Ă  leur libertĂ©, Ă  moins que ce ne soit abandonnĂ©s Ă  leur sort… Aussi Ă  très court terme -quelques jours, quelques heures sans doute- un gouvernement Nouveau Front populaire, avec la France Insoumise donc, serait sanctionnĂ© par une motion de censure, inĂ©vitable, logique, souhaitable et souhaitĂ©e.


Cette coalition, la droite doit la bâtir avec les libĂ©raux, les rĂ©publicains, les gaullistes et les souverainistes, qui refusent l’impasse du RN mais ne se rĂ©solvent pas Ă  voir une gauche minoritaire l’emporter sur une droite majoritaire.

Gaël Nofri

Car cette minoritĂ© est aussi politique au sein mĂŞme du pays. En effet, Ă  y regarder de près ce sont bien les thèmes de droite que sont le retour de l’autoritĂ© et de la sĂ©curitĂ©, la lutte rĂ©solue contre l’immigration illĂ©gale ou encore la revalorisation du pouvoir d’achat par le travail qui sont les attentes premières d’une majoritĂ© de Français (entre trois quarts et deux tiers selon les thèmes).

Cependant ces Français de droite et du centre droit se trouvent partagĂ©s sur l’Ă©chiquier Ă©lectoral entre les «macron-compatibles», plutĂ´t lĂ©gitimistes et attachĂ©s Ă  ne pas fragiliser le pouvoir en place, les «horizons» qui cherchent derrière Édouard Philippe une Ă©chappĂ©e belle pour la droite vers 2027, les indĂ©pendants plus ancrĂ©s sur leur territoire que sur les logiques d’appareils, les LR plus conservateurs et attachĂ©s au «ni ni», ou encore ceux tentĂ©s par l’aventure RN au risque de l’impasse et de la victoire de la gauche… Les Ă©lus nationaux, enfermĂ©s dans leurs querelles personnelles ou leurs agendas Ă©lectoraux, les militants fanatisĂ©s prĂŞts Ă  voir un traĂ®tre dans toute position diffĂ©rente ou analyse divergente, les rĂ©seaux sociaux qui intoxiquent chacun en les enfermant dans un entre-soi plus confortable que rĂ©el… autant d’Ă©lĂ©ments qui peuvent expliquer, mais sĂ»rement pas justifier, que la droite majoritaire en France se retrouve encore minoritaire.

Plus que jamais il faut construire une coalition des droites pour l’avenir en refusant de cĂ©der aux calculs de l’instant qui, en l’Ă©tat de l’AssemblĂ©e, ne pourraient ĂŞtre que prĂ©caires et prĂ©judiciables au pays. Cette coalition, la droite doit la bâtir avec les libĂ©raux, les rĂ©publicains, les gaullistes et les souverainistes, qui refusent l’impasse du RN mais ne se rĂ©solvent pas Ă  voir une gauche minoritaire l’emporter sur une droite majoritaire. La perspective d’une dissolution, probablement inĂ©vitable en 2025 si nous nous retrouvons avec un gouvernement de gauche incapable durant un an de la moindre majoritĂ© lĂ©gislative, est Ă  ce titre peut-ĂŞtre une occasion inespĂ©rĂ©e : bâtir pour demain une union de la droite afin de constituer une majoritĂ© de projets au Parlement plutĂ´t que dresser des chapelles et des Ă©curies prĂ©sidentielles comme cela a trop souvent Ă©tĂ© le cas. L’occasion est belle, inespĂ©rĂ©e peut-ĂŞtre vu le contexte, la droite saura-t-elle la saisir ? Après tout, si l’on en croit l’Ă©crivain, le vĂ©ritable espoir n’est-il pas «le dĂ©sespoir surmonté» !

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