LE FIGARO 🔵 Avant leur rencontre avec Attal, les agriculteurs se disent «prĂŞts Ă  repartir Ă  l’action» sans avancĂ©es concrètes – Shango Media
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LE FIGARO 🔵 Avant leur rencontre avec Attal, les agriculteurs se disent «prêts à repartir à l’action» sans avancées concrètes

Les syndicats réclament une mise en application immédiate des mesures promises par Gabriel Attal, qu’ils rencontrent ce mardi.

Onze jours après les annonces du gouvernement pour sortir de la crise agricole, les syndicats s’impatientent. Ils dénoncent le décalage entre les promesses faites par l’exécutif début février et les résultats concrets sur le terrain. La base, qui a rentré ses tracteurs dans les fermes après deux semaines de manifestations, attend toujours l’application des premières mesures. Pour Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, le compte n’y est pas. Il le dira à Gabriel Attal lors de leur rencontre ce mardi après-midi à Matignon.

«Nous ne sommes pas dans le bon tempo. Il y a des réunions en préfecture qui se passent globalement bien mais au niveau national ce n’est pas le cas, a-t-il indiqué à BFMTV.Au micro de TF1 ce mardi, le céréalier a de nouveau fait monter la pression en rappelant que «les agriculteurs n’ont jamais désarmé. Tout le monde a dit: on est prêt à repartir si le travail réalisé n’est pas au niveau des attentes, qui sont très fortes». Et de prendre comme exemple la visite dans le Pas-de-Calais du premier ministre, accompagné de son ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, jeudi dernier, auprès des paysans victimes des inondations.


Personne n’a intérêt à nous balader. Je dois rendre des comptes aux gens qui nous ont mandatés. Les attentes sont très fortes. Le mouvement peut redémarrer à tout moment

Arnaud Rousseau, président de la FNSEA

«Il y a de fortes attentes des agriculteurs sur le curage des fossĂ©s, il y a eu un dĂ©cret gouvernemental pris pour simplifier les dĂ©marches. Sur le terrain, l’administration ne suit pas et il n’est pas possible aux engins de travailler», dĂ©plore-t-il. Autre sujet sensible, celui du plan Ă©cophyto qui vise Ă  diviser par deux les volumes des produits phytosanitaires utilisĂ©s par les agriculteurs d’ici Ă  2030. Un nouveau cadre doit ĂŞtre dĂ©fini avec le gouvernement, les paysans et les associations environnementales d’ici au Salon de l’agriculture qui dĂ©bute le 24 fĂ©vrier. Mis en pause, ce plan doit inclure des indicateurs harmonisĂ©s au niveau europĂ©en.

Lundi, huit ONG environnementales ont claquĂ© la porte d’une rĂ©union sur l’évaluation des pesticides au ministère de l’Agriculture tandis que les syndicats pointent lĂ  aussi l’absence d’annonces concrètes. Enfin, la question des 4 % de jachères obligatoires dès cette annĂ©e dans le cadre de la politique agricole commune est au point mort. Afin de favoriser la biodiversitĂ©, le «pacte vert» dĂ©fini par Bruxelles prĂ©voit de rĂ©duire les surfaces cultivĂ©es de 4 %. Un objectif contradictoire avec la mission d’assurer la souverainetĂ© alimentaire de l’Europe selon les paysans. «Une rĂ©union a eu lieu Ă  Bruxelles vendredi dernier sur les 4 % de jachères. Finalement, rien ne s’est dĂ©cidé», regrette encore Arnaud Rousseau.

«Les agriculteurs ne veulent pas vivre de subventions»

«Enfin, sur le prix payĂ© aux agriculteurs, on attend un engagement de la grande distribution avant le Salon de l’agriculture. Le groupe Lidl a fait une proposition d’accord tripartite agriculteurs-industriels-distributeurs. Est-elle reprise, comment fait-on?, interroge le cĂ©rĂ©alier de Seine-et-Marne. Ce n’est pas la bonne manière de suivre les sujets, il nous faut des points d’étape toutes les 48 heures d’ici au Salon.» Le groupe Lidl a de son cĂ´tĂ© Ă©crit au prĂ©sident de la RĂ©publique et au premier ministre pour gĂ©nĂ©raliser sa mĂ©thode de travail Ă  l’ensemble des produits agricoles. «Les agriculteurs veulent vivre de leur mĂ©tier avec un prix de vente au-dessus de leur coĂ»t de revient, et non pas de subventions, explique Michel Biero, patron de Lidl France. Dans le lait, j’invite les agriculteurs dans la nĂ©gociation des prix avec les industriels. Ils nous annoncent leur prix de vente, autour de 50 centimes le litre, ensuite, ils sortent et je discute avec les laiteries en partant de cette base. Il faut entreprendre cette dĂ©marche avec l’ensemble des denrĂ©es agricoles.»


Les agriculteurs veulent vivre de leur métier avec un prix de vente au-dessus de leur coût de revient, et non pas de subventions

Michel Biero, patron de Lidl France

Ă€ l’initiative de certaines fĂ©dĂ©rations dĂ©partementales de la FNSEA, les agriculteurs vont entreprendre de nouvelles actions cette semaine, plutĂ´t tournĂ©es vers la grande distribution avec des relevĂ©s de prix. «C’est pour voir si le fameux message de la loi EGalim qui protège la matière première agricole est bien respectĂ©, certains de nos adhĂ©rents ont du mal Ă  y croire», prĂ©vient Arnaud Rousseau. En outre, le plan de soutien Ă  l’élevage – 150 millions d’euros d’aides, soit un peu plus de 1000 euros par ferme si l’on ne prend en compte que l’élevage bovin comme initialement prĂ©vu – n’est toujours pas dĂ©clinĂ©. Rien ne dit que l’élevage ovin en bĂ©nĂ©ficiera, ce qui renforce le sentiment d’abandon de cette filière, notamment celle de l’élevage ovin transhumant, qui assure la biodiversitĂ© dans les montagnes.

Éleveurs et bergers ont prévu de manifester leur mécontentement devant Bercy ce mardi matin. Ils subissent de plein fouet la prédation du loup et la concurrence des accords de libre-échange de l’Union européenne notamment avec la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Chili. «Sur la prédation du loup, fléau quotidien dans 58 départements, nous ne notons aucune avancée alors que les tirs de défense devraient être reconnus comme moyen de protection, s’insurge Michèle Boudoin, éleveuse de brebis et présidente de la Fédération nationale ovine. Il est temps de mettre un coup d’arrêt aux concessions de ces accords de libre-échange. L’Europe doit faire jouer la clause de sauvegarde comme elle l’a fait pour le secteur de la volaille, des œufs et du sucre importés d’Ukraine. Mais rien n’est écrit dans les propositions gouvernementales.»

Loi d’orientation agricole

L’apiculture est une filière qui a aussi la sensation d’être passĂ©e sous les radars du plan Attal. «Nous sommes encore très mobilisĂ©s, affirme Julien Perrin, apiculteur Ă  Orsay, prĂ©sent pendant 15 jours sur les barrages de l’A10. Nous rencontrons de graves problèmes de concurrence dĂ©loyale, du miel Ă©tranger qui arrive Ă  1 euro le kilo alors que notre coĂ»t de production est de 5 euros. Sur les blocages, nous avons interceptĂ© dans des camions du miel qui est produit en Ukraine. Il est revendu par de grandes entreprises qui ont pignon sur rue avec le label origine française. Les fraudes sont massives. C’est le cas des deux tiers des miels vendus en grandes et moyennes surfaces. Parfois il ne s’agit que de sucre de glucose et nous n’arrivons pas Ă  vendre notre miel», ajoute celui qui est obligĂ© de donner des cours de biologie car ses 2 100 ruches ne lui permettent pas de vivre.

Par ailleurs, l’interdiction de certaines molĂ©cules chimiques sans solution alternative met en danger de disparition certaines filières comme celle des endiviers. Ils ne sont plus que 300 producteurs en France, trois fois moins qu’il y a vingt ans. «Un herbicide, le Bonalan, va ĂŞtre interdit en avril prochain en Europe. C’est le seul moyen d’éradiquer le chĂ©nopode, une mauvaise herbe qui Ă©touffe la culture des endives. Nous n’avons pas d’autre option pour l’éradiquer, pointe Pierre Varlet, directeur de la filière des endiviers. Nous avons essayĂ© le robot bineur mais cela ne marche pas. Il faudrait nous laisser le temps de trouver une solution pĂ©renne avant d’interdire un traitement et faire une Ă©tude d’impact Ă©conomique et social. L’endive pourrait disparaĂ®tre de nos assiettes alors que nous Ă©tions les premiers producteurs mondiaux!»


Il faudrait nous laisser le temps de trouver une solution pĂ©renne avant d’interdire un traitement et faire une Ă©tude d’impact Ă©conomique et social. L’endive pourrait disparaĂ®tre de nos assiettes alors que nous Ă©tions les premiers producteurs mondiaux !

Pierre Varlet, directeur de la filière des endiviers

Ces dernières semaines, les agriculteurs ont aussi dĂ©noncĂ© la multiplication des normes et des tâches administratives. LĂ  non plus, la simplification n’est pas en vue. «Je fais des choses qui n’ont aucun sens Ă  cause des normes et je dois me justifier pour un oui ou pour un non auprès de l’administration, regrette Pierre Bote, maraĂ®cher et cĂ©rĂ©alier sur le plateau de Saclay au sud de Paris. Je n’ai pas pu arracher les panais Ă  l’automne car c’était trop humide ni faire les cultures transitoires après le blĂ©. Il a fallu que je le dĂ©clare auprès des services de l’État car nous sommes rĂ©gulièrement observĂ©s du ciel par photos satellite. Je n’ai pas pu mettre dans un mĂŞme bassin de rĂ©gulation les eaux qui dĂ©bordent du cours d’eau voisin et la pluie venant des toitures des bâtiments et des serres car elles ne rentrent pas dans la mĂŞme loi. J’ai Ă©tĂ© auditionnĂ© Ă  la gendarmerie, cela fait sept ans que ça dure.»

Alors que Gabriel Attal assure que le projet de loi d’orientation agricole sera présenté autour du Salon de l’agriculture, la pression revient sur l’exécutif. «Personne n’a intérêt à nous balader. Je dois rendre des comptes aux gens qui nous ont mandatés, met en garde Arnaud Rousseau. Les attentes sont très fortes et les braises restent particulièrement chaudes. Le mouvement peut redémarrer à tout moment.» Lundi soir, l’Élysée a justement annoncé que tous les syndicats agricoles seraient reçus au Palais d’ici l’ouveture du Salon. La Confédération paysanne et la Coordination rurale, ce mercredi. La FNSEA et les Jeunes agriculteurs, la semaine prochaine.

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