LE FIGARO 🔵 Agriculture : l’exemption aux obligations de jachères adoptĂ©e par Bruxelles pour l’annĂ©e 2024 – Shango Media
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LE FIGARO 🔵 Agriculture : l’exemption aux obligations de jachères adoptée par Bruxelles pour l’année 2024

L’obligation de jachères est une des mesures qui crispe les agriculteurs.
S. Leitenberger / stock.adobe.com

Cette mesure était réclamée par une partie des agriculteurs lors des grandes manifestations qui ont éclaté dans plusieurs pays européens en janvier.

Bruxelles a adoptĂ© mardi une exemption partielle pour 2024 aux obligations de jachères, une revendication-clĂ© des rĂ©centes manifestations agricoles, alors que les organisations du secteur maintiennent la pression sur les gouvernements Ă  travers l’UE. C’Ă©tait une nouveautĂ© de la nouvelle Politique agricole commune (PAC): pour toucher les aides, les agriculteurs doivent respecter des critères environnementaux, notamment laisser au moins 4% des terres arables en jachères ou surfaces non-productives (haies, bosquets, mares…).

La Commission europĂ©enne avait suspendu complètement en 2023 cette condition pour produire davantage et compenser les perturbations de l’offre cĂ©rĂ©alière ukrainienne et russe Ă  la suite de l’invasion de l’Ukraine. Et une majoritĂ© d’Etats membres, dont la France, plaidait vigoureusement pour reconduire cette exemption. Sous pression après des semaines de fortes manifestations agricoles, oĂą la question des jachères faisait figure d’Ă©pouvantail, Bruxelles a finalement proposĂ© fin janvier une «dĂ©rogation partielle».

CoĂ»t des engrais et de l’Ă©nergie, impact des importations ukrainiennes, «épisodes climatiques extrĂŞmes»«Les agriculteurs Ă©prouvent des difficultĂ©s Ă  respecter» l’obligation de jachères, au risque sinon d’une «incidence significative sur leurs revenus» et de «mettre en pĂ©ril leur viabilité», reconnaĂ®t la Commission. Selon la dĂ©cision publiĂ©e mardi, les agriculteurs pourront toucher les aides s’ils atteignent au moins 4% en additionnant non seulement les Ă©ventuelles jachères et surfaces non productives mais aussi les cultures intermĂ©diaires ou fixatrices d’azote (lentilles, pois…) sans usage de produits phytosanitaires.

Un assouplissement valable uniquement cette annĂ©e, prĂ©cise le règlement publiĂ© au Journal officiel de l’UE. Les agriculteurs seront «soumis Ă  moins de restrictions quant Ă  la manière d’utiliser les terres arables, cela limitera les pertes de revenus, tout en garantissant certains avantages environnementaux», puisque les pratiques listĂ©es confortent «la santĂ© et la biodiversitĂ© des sols» tout en fixant azote et carbone, estime Bruxelles.

«Flexibilités»

Une dĂ©cision adoptĂ©e en dĂ©pit des rĂ©ticences d’une partie des Vingt-Sept, incapables de dĂ©gager une majoritĂ© qualifiĂ©e pour approuver le texte lors d’un vote vendredi. En cause: Bruxelles avait initialement proposĂ© fin janvier un seuil de 7% au lieu des 4% finalement adoptĂ©s. «Cette modification fait suite aux nĂ©gociations avec les États, la logique Ă©tant d’offrir davantage de flexibilitĂ©s», a reconnu un porte-parole de la Commission.

Mais cet abaissement a irritĂ© l’Allemagne, qui a dĂ©noncĂ© le dĂ©sĂ©quilibre au dĂ©triment de la protection de la biodiversitĂ© et s’est abstenue. L’Italie a, elle, votĂ© contre, Ă  l’unisson de trois autres pays. Faute d’approbation des Etats membres, la Commission gardait la possibilitĂ© de trancher seule. Pour autant, si cette dĂ©rogation Ă©tait rĂ©clamĂ©e Ă  grands cris par le monde agricole, nombre de leurs autres revendications restent en suspens.

«Fardeau administratif»

La FNSEA, le principal syndicat agricole français, a prĂ©venu mardi que les agriculteurs Ă©taient prĂŞts Ă  relancer leur vaste mobilisation si les mesures concrètes attendues du gouvernement n’Ă©taient pas au rendez-vous «d’ici dix jours». MĂŞme pression en Grèce, oĂą le premier ministre rencontrait dans la matinĂ©e des agriculteurs en colère, et en Belgique, oĂą des centaines de tracteurs roulaient mardi matin vers le port d’Anvers en vue d’organiser des barrages filtrants, selon les mĂ©dias locaux.

En Italie, des centaines de tracteurs Ă©taient massĂ©es la semaine dernière aux portes de Rome, poussant la Première ministre italienne Giorgia Meloni Ă  restaurer des exemptions fiscales pour les agriculteurs Ă  bas revenus afin de tenter de dĂ©samorcer la colère. La Commission tente d’offrir des gages supplĂ©mentaires: fin janvier, elle a assurĂ© que «les conditions n’Ă©taient pas rĂ©unies» pour conclure l’accord commercial dĂ©criĂ© avec les pays sud-amĂ©ricains du Mercosur, et proposĂ© des dispositifs pour limiter les importations ukrainiennes.

Un sujet sensible: le dĂ©versement de cĂ©rĂ©ales ukrainiennes sur la route par des agriculteurs polonais Ă  la frontière dimanche a provoquĂ© une nouvelle crise entre Varsovie et Kiev. Surtout, Bruxelles a promis une proposition rapide pour «rĂ©duire le fardeau administratif» pesant sur les exploitations, avant d’autres mesures dans la foulĂ©e d’un «dialogue stratĂ©gique» engagĂ© avec le secteur. L’exĂ©cutif europĂ©en est très attendu: le prĂ©sident français Emmanuel Macron a rĂ©clamĂ© dĂ©but fĂ©vrier des simplifications «tangibles» de la PAC et une force sanitaire spĂ©ciale pour «éviter» la «concurrence dĂ©loyale» au sein de l’UE rĂ©sultant d’une application disparate des règles par les Etats membres.


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