LE FIGARO 🔵 «À force de dĂ©placer la dĂ©linquance, on l’Ă©vacue» : la prĂ©fète du RhĂ´ne veut continuer de «pilonner» les points de deal – Shango Media
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LE FIGARO 🔵 «À force de dĂ©placer la dĂ©linquance, on l’Ă©vacue» : la prĂ©fète du RhĂ´ne veut continuer de «pilonner» les points de deal

ENTRETIEN – La prĂ©fète du RhĂ´ne, Fabienne Buccio, se fĂ©licite auprès du Figaro de l’action menĂ©e par la police sur les points de deal de l’agglomĂ©ration lyonnaise.

Le Figaro Lyon

LE FIGARO – Les chiffres publiĂ©s par le ministère de l’IntĂ©rieur montrent une baisse des violences dans le dĂ©partement du RhĂ´ne et une hausse des saisies de stupĂ©fiants. Ces rĂ©sultats vous satisfont-ils ?

Fabienne BUCCIO – On est sur la bonne voie mais il faut continuer. Ce n’est pas parce qu’une Ă©tape est positive qu’on gagnera la course Ă  la fin de l’Ă©preuve. On obtient beaucoup de rĂ©sultats notamment sur la lutte contre le trafic de stupĂ©fiants qui est notre prioritĂ©. Et pour laquelle on a mis beaucoup de moyens.

Avec des actions sur les points de deal de l’agglomĂ©ration, Ă  Vaulx-en-Velin, VĂ©nissieux, Villeurbanne…

En 2023, 1500 trafiquants ont Ă©tĂ© interpellĂ©s dans le dĂ©partement, soit 15% de plus que l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Cela montre que nous agissons. Nous avons dĂ©mantelĂ© 26 points de deal. DĂ©mantelĂ© car nous faisons en sorte qu’ils ne reviennent pas, mĂŞme si ce n’est jamais gagnĂ©. Nous faisons beaucoup de harcèlement, de pilonnage avec 800 opĂ©rations de dĂ©mantèlement. Ce sont 3,8 tonnes de cannabis qui ont Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©es, soit une hausse de 43% par rapport Ă  l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, ainsi que 64,5 kilos de cocaĂŻne, 57 kilos d’hĂ©roĂŻne et 15.000 sachets d’ecstasy. Par ailleurs 2,2 millions d’avoirs criminels en liquide ou en biens ont Ă©tĂ© saisis.

Que qualifiez-vous de point de deal ?

On parle de point de deal quand il y a une sĂ©dentarisation, une habitude de lieux avec tout un manège de clients, de guetteurs, et parfois mĂŞme les prix affichĂ©s Ă  l’intĂ©rieur de l’immeuble. D’ailleurs, les clients aussi sont sanctionnĂ©s avec 6200 amendes forfaitaires dĂ©livrĂ©es en 2023. Nous avons fait des choix, en ciblant le Tonkin ou Vaulx-en-Velin avec des opĂ©rations «place nette», qui mobilisent diffĂ©rents services ainsi que le parquet et le renseignement. Ce n’est jamais simple parce que toutes les communes, tous les arrondissements sont concernĂ©s, Ă  part dans certaines zones rurales. La cartographie est faite sur la base du retour des habitants, des Ă©lus et des policiers.


« Toutes les communes, tous les arrondissements sont concernĂ©s Â»

Fabienne Buccio, préfète du Rhône, à propos du trafic de stupéfiants

La situation a Ă©tĂ© particulièrement tendue dans le quartier du Tonkin Ă  Villeurbanne oĂą les habitants et le maire ont dit leur ras-le-bol soulignant notamment qu’il manquait un commissaire de police…

Au Tonkin, nous sommes allĂ©es sur place Ă  plusieurs reprises, la prĂ©fète dĂ©lĂ©guĂ©e Ă  la sĂ©curitĂ© et moi-mĂŞme. Le maire de Villeurbanne partage l’utilitĂ© de ce que nous faisons. On est Ă  ses cĂ´tĂ©s, on se soutient et on explique qu’on agit ensemble. Il manquait un commissaire c’est vrai et il en a eu un temporaire en attendant sa nomination. Le problème Ă©tait qu’on n’avait pas de candidat. Mais il y a toujours eu un commissaire en charge de suivre ce secteur.

Plusieurs fusillades ont aussi Ă©clatĂ© autour du point de deal de la rue Jacques Brel, craignez-vous une Ă©volution Ă  la marseillaise ?

On a conscience qu’en faisant ça, on agite. Un quartier est toujours très calme quand il est tenu. Quand on agit sur les trafiquants, d’autres peuvent en profiter pour tenter de prendre la main. On le savait avant de le faire, mais ce n’est pas pour cela qu’on ne va pas le faire. Il faut qu’on mesure les risques et qu’on soit bien prĂ©sent pour empĂŞcher les coups de feu comme on a eu. Les trafics continueront vu l’argent en jeu. Le tout c’est de faire en sorte qu’ils diminuent et de les prendre Ă  la naissance. LĂ , on agit sur des choses un peu enkystĂ©es.

Une opĂ©ration «place nette» a Ă©tĂ© conduite sur la place Mazagran la semaine passĂ©e. La Guillotière demeure-t-elle un point noir de la tranquillitĂ© publique Ă  Lyon ?

Il y a encore beaucoup de travail Ă  faire, mais ça a quand mĂŞme changĂ© positivement la Guillotière. Il faut encore que cela bouge et l’opĂ©ration place nette de la semaine dernière a permis d’interpeller 32 personnes, dont 17 ont Ă©tĂ© placĂ©es en garde Ă  vue, et de saisir un kilo de cannabis. Souvent, ces opĂ©rations dĂ©placent la dĂ©linquance mais Ă  force de la dĂ©placer on l’Ă©vacue. Il faut du temps et de la persĂ©vĂ©rance.

Vous allez maintenir la pression ?

C’est un engagement dans la durĂ©e de la part de la police mais aussi de la mairie. Nous avions demandĂ© des amĂ©nagements pour la fermeture de la place la nuit comme le voulait la police et comme cela a fonctionnĂ© ailleurs. Le maire n’a pas voulu, il a un projet diffĂ©rent pour lequel des travaux sont en cours. Si ça marche je le dirai, sinon je redemanderai la fermeture. J’aimerais pouvoir dire que n’importe qui peut aller vivre tranquillement Ă  Mazagran, aujourd’hui je ne le peux pas.

Cette opĂ©ration a Ă©tĂ© conduite avec le soutien de la nouvelle CRS 83, spĂ©cialisĂ©e dans le maintien de l’ordre. Que vous apporte-t-elle ?

200 personnes en plus ! Elle est rentrĂ©e en jeu fin novembre et a rĂ©alisĂ© 46 opĂ©rations dans 7 dĂ©partements, pour 80 interpellations. Ă€ Lyon, elle est intervenue Ă  Mazagran et au Tonkin. Sa première opĂ©ration c’Ă©tait Ă  Romans sur Isère. Ils viennent sur des opĂ©rations ciblĂ©es, contre les trafics et sur des situations de crise.

Dans le dĂ©tail des chiffres, les violences de rue sont aussi orientĂ©es Ă  la baisse…

Les vols avec violence que ce soit avec ou sans arme diminuent de 21%, c’est bien et c’est plus qu’au niveau national. Les cambriolages baissent de 20%, soit 1900 faits en moins. Les vols de vĂ©hicules augmentent de 4%, mais ceux d’accessoires baissent de 4,5%. Ça augmente sur les violences sexuelles (+20%) et faites aux femmes (+6,5% de violences intrafamiliales). C’est liĂ© aussi Ă  la libĂ©ration de la parole. Avant sur les violences sexuelles, les femmes ne venaient pas, maintenant elles viennent et on sait mieux les recevoir. MĂŞme si on a encore Ă  s’amĂ©liorer.


Sur les camĂ©ras ça ne va pas mieux. On en est toujours au mĂŞme stade, le maire s’abrite derrière son audit

Fabienne Buccio, préfète du Rhône, à propos du déport actif des images caméras de vidéo surveillance de la ville de Lyon

Dans les transports, la tendance est Ă  l’amĂ©lioration, Ă  quoi l’attribuez-vous ?

Les violences aux personnes dans les transports baissent encore de 28%. C’Ă©tait dĂ©jĂ  le cas sur la fin d’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. On travaille très bien avec le sytral et la police ferroviaire. C’est de la prĂ©sence, de l’action, du rĂ©seau, de l’organisation et des camĂ©ras de surveillance. En station comme dans les rames, cela fonctionne très bien. Dans le mĂ©tro, il y a aussi davantage de prĂ©sence aux stations. Après Paris, nous avons le rĂ©seau le plus frĂ©quentĂ© avec 1,7 million de voyageurs tous les jours. La Part-Dieu est la gare de voyageurs la plus frĂ©quentĂ©e de France, hors capitale. Et nous bĂ©nĂ©ficions du centre de surveillance avec le dĂ©port des images de camĂ©ras de surveillance.

Sur ce sujet du dĂ©port actif des images, qu’en est-il avec la ville de Lyon ?

Sur les camĂ©ras ça ne va pas mieux. On en est toujours au mĂŞme stade, le maire s’abrite derrière son audit, qui conclut que lĂ©galement il ne peut pas le faire. Pourtant Ă  Bordeaux, cela a Ă©tĂ© fait. Il faut voir ce que cela donne en salle de coordination lors du suivi de manifestation. On voit quelque chose sur les images mais pour avoir un zoom par exemple il faut que l’agent de police municipale prĂ©sent appelle son collègue au tĂ©lĂ©phone pour lui demander.

L’actualitĂ© rĂ©cente a Ă©tĂ© marquĂ©e par des interpellations et des condamnations dans le milieu très implantĂ© de l’ultra-droite lyonnaise la semaine dernière. Est-ce une satisfaction ?

Tout cela alimente un dossier. Pour dissoudre une association, il faut des éléments solides. Je cible le groupe Rempart, le groupe Lyon Populaire. Tout ce qui est extrême et violent pour la sécurité du citoyen.

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