FRANCE INFO 🔵 TEMOIGNAGES. « Des prĂ©dateurs qui s’emparent de proies » : le projet de loi contre les dĂ©rives sectaires arrive Ă  l’AssemblĂ©e nationale – Shango Media
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FRANCE INFO 🔵 TEMOIGNAGES. « Des prĂ©dateurs qui s’emparent de proies » : le projet de loi contre les dĂ©rives sectaires arrive Ă  l’AssemblĂ©e nationale

La notion de « provocation Ă  l’abandon de soins » a Ă©tĂ© rĂ©introduite en commission après avoir Ă©tĂ© supprimĂ©e par le SĂ©nat.

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Une naturopathe en pleine préparation, à Nice, le 15 septembre 2019. (FRANTZ BOUTON / MAXPPP)

C’est l’aboutissement de nombreuses annĂ©es de travail et de sensibilisation pour les organisations, comme l’Union nationale des associations de dĂ©fense des familles et de l’individu victimes de sectes (UNAFDI). Elles dĂ©fendent les familles de personnes malades sous l’emprise de gourous. Le projet de loi du gouvernement sur les dĂ©rives sectaires arrive, mardi 13 fĂ©vrier, Ă  l’AssemblĂ©e nationale. Le texte a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© approuvĂ© par le SĂ©nat fin dĂ©cembre, mais avec plusieurs modifications sur lesquelles les dĂ©putĂ©s pourraient revenir lors de cette première lecture.

Les dĂ©putĂ©s doivent notamment choisir s’ils votent ou non le dĂ©lit de « provocation Ă  l’abandon ou Ă  l’abstention de soins, ou Ă  l’adoption de pratiques » exposant Ă  un « risque grave pour la santé ». Cette mesure a Ă©tĂ© rĂ©introduite en commission Ă  l’AssemblĂ©e nationale, après avoir Ă©tĂ© supprimĂ©e par le SĂ©nat.

La flambĂ©e conspirationniste durant la pandĂ©mie du Covid a Ă©tĂ© un formidable moteur pour les escrocs du bien-ĂŞtre, principalement grâce Ă  internet. Ils sont une petite minoritĂ© de pseudo-spĂ©cialistes, de faux naturopathes et d’apĂ´tres du manger cru, mais leur discours fait mouche auprès des déçus de la mĂ©decine conventionnelle. Des personnes souvent fragiles, en situation de faiblesse mais prĂŞtes Ă  tout pour guĂ©rir, ont Ă©tĂ© incitĂ©es Ă  abandonner leurs soins au profit de procĂ©dĂ©s douteux.

Dans certains cas documentĂ©s par franceinfo, des praticiens prĂ©tendent mĂŞme guĂ©rir du cancer. Plusieurs affaires sont mĂŞme entre les mains de la justice. La sĹ“ur de Sabine est morte des suites d’un cancer. Jusqu’Ă  ses derniers mois de vie, elle Ă©tait suivie par la naturopathe française Irène Grosjean. « La rupture avec Irène Grosjean pour ma sĹ“ur, ça a Ă©tĂ© quand ma sĹ“ur a mĂ©tastasé », raconte Sabine.

« Après avoir fait tout ce qu’il fallait, quand ça se corse », Irène Grosjean « culpabilise les victimes en disant : ‘si tu es malade, c’est que tu n’as pas voulu guĂ©rir assez, ou tu n’as pas fait les choses comme je t’ai dit' », explique Sabine. « On t’envoie au casse-pipe et c’est de ta faute, rĂ©sume-t-elle. Ce qui est Ă  l’Ĺ“uvre, ce n’est pas un manque d’intelligence, ce sont des prĂ©dateurs qui s’emparent de proies, qui sont affaiblies, dĂ©sespĂ©rĂ©es et qui veulent s’en sortir, qui veulent vivre. »

Dans une lettre, une autre victime prĂ©sumĂ©e Ă©crivait directement Ă  la thĂ©rapeute Irène Grosjean, plusieurs annĂ©es après avoir Ă©tĂ© sauvĂ©e in extremis par ses enfants : « Le traitement que vous m’avez conseillĂ© m’a fait perdre de nombreux kilos, je n’arrivais mĂŞme plus Ă  monter les escaliers. » Cette femme assure mĂŞme avoir refusĂ© d’aller en dialyse contre l’avis des nĂ©phrologues, parce qu’elle avait « toute confiance » en sa naturopathe.

« Je me suis mise Ă  perdre du sang par le nez, par la bouche et dans les urines. Vous m’avez rĂ©pondu que c’Ă©tait tout Ă  fait normal, car c’Ă©tait le processus d’Ă©limination de la maladie. »

Une victime prĂ©sumĂ©e d’Irène Grosjean

dans une lettre Ă  la naturopathe

Ce sont des associations comme l’UNADFI, qui portent la parole de ces familles de malades, qui veulent faire entrer « la provocation Ă  l’abandon de soins » dans la loi. « Dans le processus d’emprise, la culpabilitĂ© est l’avant-dernière Ă©tape et la dernière Ă©tape, c’est l’interdiction du doute », dĂ©taille la porte-parole de l’UNADFI, Pascale Duval. « C’est lĂ  que vous voyez le pouvoir que les praticiens rĂ©ussissent Ă  avoir sur leurs clients malades, parce qu’ils arrivent Ă  les faire culpabiliser Ă  ce point. Donc le problème ne sera pas reconnu par la sociĂ©té », explique-t-elle, prĂ©cisant que certaines « personnes penseront avoir Ă©tĂ© victimes de leur naĂŻveté ».

Dans le projet de loi qui passe Ă  l’AssemblĂ©e nationale, la provocation Ă  l’abstention ou Ă  l’abandon de soins serait punie d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. Le texte Ă©rige aussi en circonstance aggravante l’abus de faiblesse commis au moyen d’un support numĂ©rique ou Ă©lectronique. Les peines passeraient de trois ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende Ă  cinq ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende.

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