FRANCE INFO 🔵 Sainte-Soline : le retour des anti-bassines devant la justice, dans un contexte toujours toujours tendu
Plusieurs militants qui avaient manifestĂ© contre le projet de mĂ©ga-bassine Ă Sainte-Soline sont jugĂ©s Ă partir de mercredi Ă Poitiers. Dans la rĂ©gion, le bras de fer entre agriculteurs et anti-bassines est loin d’ĂŞtre terminĂ©.
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Les anti-bassines sont de retour devant la justice. Le procès en appel des organisateurs des manifestations violentes de Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres se tient mercredi 3 dĂ©cembre. Neuf opposants Ă ces rĂ©serves destinĂ©es Ă l’irrigation avaient Ă©tĂ© condamnĂ©s en janvier 2024, mais depuis, le contexte a changĂ©, Ă la suite notamment de rĂ©vĂ©lations de Mediapart et LibĂ©ration.
Les deux mĂ©dias ont publiĂ© dĂ©but novembre des vidĂ©os issues de camĂ©ras-piĂ©tons des gendarmes mobilisĂ©s en mars 2023. Sur ces images, on entend notamment des tirs, mais aussi des gendarmes tenir des propos violents tels que « faut tirer dans la gueule », « lui, si je le chope, je le tue », ou encore « c’est des rĂ©sidus de capotes ».
Julien Le Guet fait partie des manifestants visĂ©s ce jour-lĂ . Le porte-parole du collectif Bassines Non Merci a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă un an de prison avec sursis en première instance. « Ce que montrent bien les images, c’est que la violence a bien Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rĂ©e d’un camp, affirme-t-il. Le surarmement Ă©tait bien d’un cĂ´tĂ©. Je rappelle qu’il y avait plus de sept hĂ©licoptères, deux blindĂ©s, pour un trou de terre oĂą il n’y avait mĂŞme pas une bâche dedans. C’Ă©tait quoi le message qu’ils voulaient faire nous passer ? Qu’ils Ă©taient prĂŞts Ă nous tuer pour qu’on arrĂŞte de manifester ? »
Le militant soulève un autre élément qui, selon lui, joue en faveur des opposants : une décision de justice, rendue en décembre 2024, a déclaré illégale la bassine de Sainte-Soline, faute de dérogation « espèces protégées ». Elle est donc, depuis, inutilisable, malgré sa construction.
Actuellement, cette bassine a des allures de château fort, protĂ©gĂ©e par une double rangĂ©e de barrières, ainsi qu’un système anti-intrusion fait de camĂ©ras de vidĂ©osurveillance. On ne peut pas voir Ă l’intĂ©rieur car les digues sont trop hautes. Tout autour, des champs Ă perte de vue, dont certains appartiennent Ă Arthur Perrault. C’est l’un des dix agriculteurs aujourd’hui raccordĂ©s Ă cette rĂ©serve de substitution. Depuis que cette rĂ©serve a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e illĂ©gale, il dĂ©plore « des impacts Ă©conomiques » sur son exploitation et celles de ses collègues. « Cette annĂ©e, on n’avait pas pu remplir parce qu’on a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s Ă la suite de la dĂ©cision du tribunal, raconte-t-il. Donc il nous manquait 40% du volume. »
« Pour nous, une annĂ©e 2026 sans eau sur l’exploitation, cela reprĂ©sente plus de 50 000 euros de pertes. »
Arthur Perrault, agriculteur dans les Deux-Sèvresà franceinfo
« C’est du fourrage qu’on ne va pas pouvoir produire, donc du fourrage qu’on va devoir acheter Ă l’extĂ©rieur, explique Arthur Perrault. On est en face d’une parcelle de blĂ© dur, la qualitĂ© ne sera pas au rendez-vous, le rendement ne sera pas au rendez-vous, donc Ă la fin, c’est notre revenu qui est en jeu. »
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Des Ă©tudes ont Ă©tĂ© lancĂ©es pour que cette fameuse dĂ©rogation « espèces protĂ©gĂ©es » soit accordĂ©e et que la bassine de Sainte-Soline puisse ĂŞtre remplie l’hiver prochain. En attendant, la CoopĂ©rative de l’eau, qui n’a pas souhaitĂ© rĂ©pondre Ă nos questions, perd de l’argent et des adhĂ©rents, comme StĂ©phane Clisson, installĂ© dans le nord des Deux-Sèvres. « On arrose uniquement une petite surface de maĂŻs, aujourd’hui six hectares pour les vaches laitières », lance-t-il.
L’agriculteur a dĂ©cidĂ© de quitter la coopĂ©rative. « Le projet de la Coop de l’eau, c’Ă©tait de gĂ©rer collectivement le stockage de l’eau sur tous les bassins du dĂ©partement, poursuit StĂ©phane Clisson. Nous, on est concernĂ©s par le bassin du Thouet, donc ce sont surtout des retenues collinaires et des Ă©tangs. Mais rien n’a Ă©tĂ© fait. Ceux qui avaient de l’eau avant la crĂ©ation de la Coop de l’eau ont toujours de l’eau, ceux qui n’en avaient pas n’en ont toujours pas. » Et sur les 16 bassines qui Ă©taient en projet dans les Deux-Sèvres, seulement trois sont actuellement en service.
Les anti-bassines se retrouvent de leur cĂ´tĂ© mercredi midi dans le dĂ©partement voisin, la Vienne, et sa prĂ©fecture, Poitiers, oĂą est organisĂ© ce procès en appel. Le dĂ©partement est lui aussi agitĂ© par le dĂ©bat autour des bassines, avec une trentaine de projets, mais seulement deux ayant des financements. « Vous avez des gens qui font clairement de la dĂ©sobĂ©issance civile, qui coupent des bâches dans ces rĂ©serves, qui viennent dĂ©grader notre matĂ©riel dans des lieux privĂ©s », dĂ©plore Nicolas Giraud, prĂ©sident de l’Association des irrigants de la Vienne.
« Maintenant, il est très clair que nos projets sont validĂ©s administrativement. On a les autorisations, donc bien Ă©videmment, on ira jusqu’au bout. »
Nicolas Giraud, prĂ©sident de l’Association des irrigants de la VienneĂ franceinfo
Ce bras de fer est donc loin d’ĂŞtre terminĂ©. Les anti-bassines ont prĂ©vu des prises de parole et un concert aux abords du palais de justice de Poitiers pour se faire entendre. L’audience organisĂ©e Ă Poitiers mercredi après-midi ne concerne que l’organisation illĂ©gale de la manifestation de Sainte-Soline 1, en octobre 2022. Quatre personnes sont donc jugĂ©es. Les anti-bassines seront convoquĂ©s ultĂ©rieurement pour les autres poursuites, notamment celles concernant Sainte-Soline 2 (en mars 2023) qui avait donnĂ© lieu aux affrontements les plus violents.
