FRANCE INFO 🔵 RECIT. Euro 2024 : du combat contre l’Autriche Ă  la faillite des leaders, le tournoi sans Ă©clat de l’Ă©quipe de France – Shango Media
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FRANCE INFO 🔵 RECIT. Euro 2024 : du combat contre l’Autriche Ă  la faillite des leaders, le tournoi sans Ă©clat de l’Ă©quipe de France

Vice-champions du monde et meilleure nation europĂ©enne au classement Fifa… C’est bien dans la peau des favoris qu’ils posent leurs valises dans leur coin de verdure Ă  Bad Lippspringe, Ă  cĂ´tĂ© de la ville de Paderborn. Pas forcĂ©ment nommĂ©e, l’obligation de tirer les leçons de l’élimination embarrassante contre la Suisse en huitièmes de finale de l’édition prĂ©cĂ©dente est Ă©videmment prĂ©sente. Il est en revanche trop tĂ´t pour mesurer le vrai niveau de la sĂ©lection tricolore. Après une prĂ©paration sans grande adversitĂ©, avec un succès logique 3-0 contre le Luxembourg et un 0-0 soporifique contre le Canada, des zones d’ombre sont encore Ă  Ă©claircir.

La chance de Didier Deschamps est qu’il peut compter sur un groupe quasiment au complet. Un seul absent majeur : Lucas Hernandez, victime d’une rupture des ligaments croisés début mai. Le retour de N’Golo Kanté malgré son exil en Arabie saoudite et l’arrivée de Bradley Barcola apportent une petite touche de curiosité à cette liste de 25 taillée pour aller loin. Mais l’on se demande encore dans quel système le sélectionneur demandera à ses hommes de jouer leur partition, avec un gros point d’interrogation sur le nom de celui ou ceux qui accompagneront le capitaine Kylian Mbappé en attaque.

Toutes ces considĂ©rations tactiques n’enflamment pas les dĂ©bats sur le sol national. L’attention est de toute façon accaparĂ©e par les Jeux olympiques de Paris, organisĂ©s moins de deux semaines après la finale du tournoi. Alors, quand Emmanuel Macron annonce la dissolution de l’AssemblĂ©e nationale suite aux Ă©lections europĂ©ennes le 9 juin, le ballon rond n’est absolument pas la prioritĂ©. La retransmission, le mĂŞme soir, de l’amical face au Canada en est chamboulĂ©e, TF1 dĂ©cidant de le diffuser en diffĂ©rĂ© de 15 minutes.

Lorsque les Bleus atterrissent en Allemagne trois jours plus tard, il est forcĂ©ment difficile de faire fi du contexte politique. Le sujet ne met pas Ă  l’aise tous les joueurs de l’Ă©quipe de France. Ousmane DembĂ©lĂ© est le premier Ă  admettre que « la sonnette d’alarme » venait d’ĂŞtre « tirĂ©e« . Puis, Marcus Thuram pousse l’engagement un peu plus loin Ă  deux jours de l’entrĂ©e en lice des Bleus en appelant clairement Ă  « se battre pour que le RN ne passe pas » lors des Ă©lections lĂ©gislatives. MĂŞme son de cloche le lendemain, de la bouche de Kylian MbappĂ©, dont chaque mot fait forcĂ©ment le tour du monde.

Le Français Kylian Mbappé, touché au nez lors du match de l'Euro contre l'Autriche, le 17 juin 2024. (EMIN SANSAR / AFP)

MalgrĂ© cette prĂ©paration clairement parasitĂ©e, les Bleus sont prĂŞts pour entrer dans l’arène. Face Ă  l’Autriche, ils sortent vainqueurs d’un combat sanglant aux allures de foot d’antan (1-0). Kylian MbappĂ©, qui a provoquĂ© l’ouverture du score en poussant Maximilian Wöber Ă  marquer contre son camp, est forcĂ© de quitter la pelouse Ă  cinq minutes de la fin du match le nez cassĂ©, le visage ensanglantĂ©. Par chance, l’attaquant star des Bleus Ă©chappe Ă  l’opĂ©ration et n’est pas forfait pour la suite du tournoi. Il n’a cependant que quatre jours pour se remettre du choc et participer au deuxième match, face aux Pays-Bas.

Didier Deschamps entretient le flou jusqu’au dernier moment. « Tout va dans le bon sens pour qu’il soit disponible », avance mĂŞme le sĂ©lectionneur Ă  la veille du choc. Mais après un dĂ©filĂ© de masques – il est obligĂ© de jouer avec – aux diffĂ©rentes sĂ©ances d’entraĂ®nement, Kylian MbappĂ© ne foule pas la pelouse de la Red Bull Arena. Il observe du banc de touche ses coĂ©quipiers dominer un adversaire plus prudent que d’habitude, sans ĂŞtre capables de mettre la balle au fond (0-0). Deux Ă©normes occasions impliquant Antoine Griezmann laissent un goĂ»t d’inachevĂ©.

Avec aucun but marquĂ© par un joueur tricolore en 180 minutes, « DD » admet un problème d’efficacitĂ©. A l’inverse, le secteur dĂ©fensif impressionne et plus particulièrement la charnière Dayot Upamecano-William Saliba. Le premier a conservĂ© la confiance du coach malgrĂ© sa saison en demi-teinte avec le Bayern Munich et le second est propulsĂ© en tant que titulaire alors qu’il n’avait jamais montrĂ© en Ă©quipe de France le niveau auquel il Ă©volue Ă  Arsenal. Cette association inĂ©dite et de circonstance ne doit son existence qu’au fait que l’habituel titulaire Ibrahima KonatĂ© n’est « pas Ă  100% ».

Deschamps la reconduit pour le dernier match de poules contre une Pologne dĂ©jĂ  Ă©liminĂ©e. La physionomie est idĂ©ale pour que ses Bleus règlent enfin la mire face au but. QualifiĂ©e avant de jouer, l’Ă©quipe de France a l’occasion de terminer première de son groupe et d’Ă©viter la partie de tableau la plus relevĂ©e, regroupant Allemagne, Espagne et Portugal, les trois adversaires les plus en vue jusqu’Ă  prĂ©sent. MalgrĂ© l’Ă©quipe-type et le retour de MbappĂ©, buteur sur pĂ©nalty, on attend toujours un but propre, sans bĂ©mol, inscrit dans le cours du jeu.

Faute d’avoir pu enfoncer le clou, ils sont Ă  la merci du retour de Polonais dĂ©cidĂ©s Ă  quitter le tournoi la tĂŞte haute. Robert Lewandowski Ă©galise, lui aussi sur pĂ©nalty, mais en deux temps, l’arbitre l’autorisant Ă  retenter sa chance après l’arrĂŞt d’un Mike Maignan pas sur sa ligne sur la première tentative. 1-1 score final. Les Bleus se contentent de la deuxième place et apprennent le lendemain qu’ils affronteront la Belgique en huitièmes de finale, un adversaire forcĂ©ment revanchard après la demi-finale du Mondial 2018 très mal digĂ©rĂ©e, mais aussi celle de la Ligue des nations 2021.

Cette fois, le staff dispose de six jours pour prĂ©parer la rencontre. Les critiques sur le jeu lui-mĂŞme se multiplient, comme celles portant sur le roulement des joueurs. Après trois matchs, seuls 13 d’entre eux ont eu droit Ă  une titularisation et sept des 25 sĂ©lectionnĂ©s n’ont mĂŞme pas jouĂ© la moindre minute. « Tout le monde est content d’être lĂ  mais il ne faut pas oublier qu’on est des footballeurs et des compĂ©titeurs », concède Ibrahima KonatĂ© en confĂ©rence de presse, qui se dit tout de mĂŞme prĂŞt Ă  mettre les Ă©tats d’âme de cĂ´tĂ©.

MĂ©thode CouĂ© ou non, la libĂ©ration vient d’un joueur sorti du banc – le seul ce soir-lĂ  -, Randal Kolo Muani. L’attaquant moquĂ© depuis son arrivĂ©e au PSG provoque l’unique but de la rencontre (1-0), crĂ©ditĂ© au dĂ©fenseur belge Jan Vertonghen, Ă  cinq minutes de la fin du temps rĂ©glementaire. Didier Deschamps et son staff exultent, comme s’ils relâchaient toute la tension accumulĂ©e. 

En France, l’intĂ©rĂŞt pour la compĂ©tition n’est pas au plus haut. Seulement 11 millions de personnes regardent ce huitième de finale contre la Belgique Ă  la tĂ©lĂ©vision. Trois ans plus tĂ´t, MĂ©diamĂ©trie (dont les mesures ont Ă©voluĂ© depuis) recensait 16,3 millions pour l’Ă©limination contre la Suisse. D’une part, une grande partie de l’opinion publique n’hĂ©site pas Ă  railler cette Ă©quipe incapable de marquer. De l’autre, l’ennui global gĂ©nĂ©rĂ© par cet Euro 2024 n’aide pas Ă  faire monter une ferveur populaire.

Bien que l’affiche soit allĂ©chante sur le papier, permettant aux Bleus de prendre leur revanche huit ans après la finale de l’Euro 2016, le quart de finale face au Portugal suit la mĂŞme courbe. 120 minutes de tension et de suspense ne suffisent pas Ă  faire passer la pilule d’un nouveau 0-0. Peu importe l’explosion de joie aux tirs au but – remportĂ©s pour la première fois depuis 1998 – et la rĂ©vĂ©lation de hĂ©ros inattendus (DembĂ©lĂ©, Fofana, KoundĂ©, Barcola et Hernandez), quelque chose cloche dans cette Ă©quipe qui se prĂ©sente d’ailleurs Ă  chaque match avec un nouveau visage.

La joie des Bleus et de Bradley Barcola après la séance de tirs au but victorieuse contre le Portugal en quarts de finale de l'Euro, le 5 juillet 2024. (EMIN SANSAR / AFP)

En première ligne des critiques, Kylian MbappĂ© et Antoine Griezmann ne sont que l’ombre d’eux-mĂŞmes. Quand le capitaine, « fatigué », est remplacĂ© Ă  15 minutes des tirs au but – un exercice dans lequel il est le plus expĂ©rimentĂ© -, le second est le premier Ă©lĂ©ment que Didier Deschamps retire de son onze pour tenter de trouver la solution. Les deux leaders des Bleus sont tout simplement très loin de leur meilleure condition physique. L’Ă©vidence est telle que personne dans le groupe France ne le nie.

Au sujet de « Grizou », Adrien Rabiot avoue sa « surprise » face aux prestations dĂ©cevantes de celui qui a brillĂ© avec l’AtlĂ©tico de Madrid pendant la saison : « On attend, de l’extĂ©rieur et nous en tant que coĂ©quipiers, beaucoup plus d’Antoine parce qu’il est capable de plus ». Le lendemain, pour la demi-finale face Ă  l’Espagne, l’Ă©quipe la plus cohĂ©rente du tournoi, Didier Deschamps aligne un onze de dĂ©part sans celui qui Ă©tait son homme de base au Mondial 2022 au Qatar. Plus qu’un dĂ©saveu, le dĂ©classement est brutal pour Antoine Griezmann, sachant que l’Ă©quipe de France n’a pas jouĂ© un match sans lui entre aoĂ»t 2017 et mars 2024 (soit 84 rencontres).

Kylian MbappĂ© est, lui, bien prĂ©sent et… dĂ©masquĂ©. Si sa passe dĂ©cisive pour Randal Kolo Muani, buteur de la tĂŞte après sept minutes de jeu, laisse entrevoir une libĂ©ration, la rencontre bascule dans le mauvais sens pour l’Ă©quipe de France. Lamine Yamal, 16 ans, lui vole la vedette en marquant un but de lĂ©gende pour Ă©galiser.

Derrière, la Roja y va de son deuxième but après une autre inspiration gĂ©niale, cette fois signĂ©e Dani Olmo. 2-1, le score n’Ă©voluera plus. ConcentrĂ©s Ă  ne pas boire la tasse, les Bleus peinent Ă  apporter le danger. Comme un symbole, Kylian MbappĂ© gâche une Ă©norme occasion, dans sa situation prĂ©fĂ©rĂ©e – lancĂ© Ă  pleine vitesse et sur son pied droit -, en fin de match. « Ma compĂ©tition est difficile, ratĂ©e », reconnaĂ®t l’intĂ©ressĂ© juste après la rencontre.

L’Ă©limination souligne surtout les limites collectives de cette Ă©quipe dont on dit souvent qu’elle sacrifie le beau jeu pour se concentrer sur le rĂ©sultat. A Munich, l’Espagne de Luis de la Fuente a montrĂ© qu’il Ă©tait possible de bien jouer et de gagner. Il y a 40 ans, les vainqueurs de l’Euro 1984 en avaient aussi fait la dĂ©monstration. Sous contrat jusqu’en 2026 avec l’Ă©quipe de France, Didier Deschamps a deux ans pour trouver la bonne formule pour le Mondial en AmĂ©rique du Nord. Il devra composer sans Olivier Giroud, qui a disputĂ© ses dernières minutes avec les Bleus dans l’anonymat le plus total.

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