FRANCE INFO đ” Municipales Ă Paris : accusĂ©e d’ĂȘtre intervenue pour l’attribution d’un logement social Ă sa sĆur, Rachida Dati dĂ©ment et s’en prend Ă son rival socialiste
La maire LR du 7e arrondissement de Paris est Ă©galement accusĂ©e de multiplier les demandes de HLM en faveur des habitants de son arrondissement, tout en refusant d’en construire sur son territoire.
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« Les personnes qui, par pur opportunisme politique, me contraignent Ă exposer la vie privĂ©e de ma sĆur mâinspirent un profond dĂ©goĂ»t. » La ministre de la Culture Rachida Dati est sortie du silence, mardi 2 dĂ©cembre sur X, pour rĂ©pondre aux accusations de plusieurs mĂ©dias et d’Ă©lus parisiens, dont les candidats Ă la mairie de Paris Emmanuel GrĂ©goire (PS) ou Ian Brossat (PCF). Ces derniers affirment que la maire du 7e arrondissement de Paris est intervenue dans l’attribution d’un logement social au profit d’une de ses sĆurs.
Le 14 octobre, Le Canard EnchaĂźnĂ© a accusĂ© Rachida Dati de s’ĂȘtre « dĂ©menĂ©e, voilĂ une dizaine dâannĂ©es, pour que lâune de ses sĆurs puisse sâinstaller dans un immeuble municipal du [15e] arrondissement ». « Lâactuelle candidate Ă la mairie de Paris a pris la plume, il y a quelques annĂ©es, pour demander Ă [la maire LR du 8e arrondissement de Paris] Jeanne dâHauteserre de loger un membre de sa famille dans un HLM municipal », Ă©crit Ă©galement l’hebdomadaire satirique, citant « plusieurs Ă©lus LR ». « Jâai bien reçu un courrier de Rachida Dati me demandant si je pouvais faire quelque chose pour lâun des membres de sa famille qui souhaitait un logement social », a ensuite affirmĂ© l’Ă©lue rĂ©cemment Ă©pinglĂ©e pour ses notes de frais, dans un article publiĂ© par Mediapart le 2 dĂ©cembre, ajoutant : « Je lui ai rĂ©pondu en expliquant pourquoi je ne le ferais pas. »
Rachida Dati a confirmĂ© qu’une de ses sĆurs bĂ©nĂ©ficie bien d’un logement social mais conteste toute intervention, et a assurĂ© que son attribution provenait de son employeur, Veolia. Le maire (LR) du 15e arrondissement, Philippe Goujon, a donnĂ© plus de dĂ©tails en conseil d’arrondissement le 10 novembre : « Il s’agit d’une demande de logement qui a Ă©tĂ© effectuĂ©e de façon rĂ©glementaire par des sĆurs de Mme Dati sans que celle-ci n’intervienne auprĂšs de moi, [pour] une personne qui habitait le 15e (…), qui a quand mĂȘme quatre enfants, qui Ă©tait expulsĂ©e de son logement de fonction et qui en plus Ă©tait victime de violences conjugales. » « La commission d’attribution (…) a jugĂ© utile d’attribuer un logement Ă cette personne qui rĂ©unissait des critĂšres de priorité », affirme le maire d’arrondissement.
Le 19 novembre, Ă l’initiative du conseiller communiste et ex-adjoint au logement Ian Brossat, le conseil de Paris a profitĂ© de la polĂ©mique pour adopter un vĆu censĂ© interdire aux Ă©lus d’intervenir sur les demandes de logements sociaux « dâun membre de sa famille jusquâau troisiĂšme degré ». Rachida Dati a tentĂ© d’empĂȘcher l’inscription Ă l’ordre du jour de ce vĆu, « de pure circonstance » et « gravement accusatoire » selon elle, mais elle a Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©e par le tribunal administratif de Paris.
« La droite de Dati nâaime pas le logement social (…) sauf lorsqu’il sâagit de loger sa propre famille », a Ă©crit sur X le candidat socialiste Ă la mairie de Paris Emmanuel GrĂ©goire. Rachida Dati s’en est Ă©mu sur X le mĂȘme jour, se disant « extrĂȘmement choquĂ©e des propos d’Emmanuel GrĂ©goire Ă l’encontre de [sa] sĆur ». La ministre de la Culture affirme que, comme elle, sa sĆur a subi un mariage forcĂ©, et qu’elle « s’est retrouvĂ©e quelques annĂ©es plus tard, en grande souffrance, seule avec ses cinq enfants Ă charge dans un contexte de violences ». « Elle a alors cherchĂ© Ă protĂ©ger ses enfants et a fait valoir ses droits, comme n’importe quelle citoyenne est autorisĂ©e Ă le faire, sans aucune intervention de ma part », ajoute la ministre de la Culture, qui souligne qu’« aucun courrier ni message n’a jamais Ă©tĂ© produit » par ses critiques.
« Je ne remettrai jamais en cause le droit dâune personne Ă bĂ©nĂ©ficier dâun logement social », mais « je dĂ©noncerai toujours lâhypocrisie des imposteurs de la droite parisienne qui sâopposent sans cesse Ă ce que tout le monde en bĂ©nĂ©ficie de maniĂšre Ă©gale », a ensuite prĂ©cisĂ© Emmanuel GrĂ©goire sur X. Le candidat socialiste Ă la mairie de Paris rappelle que le 7e arrondissement de Paris, dont Rachida Dati est maire, compte moins de 3% de logements sociaux, ce qui en fait le plus pauvre en HLM de la capitale selon les chiffres de l’Atelier parisien d’urbanisme.
La rĂ©ponse de Rachida Dati n’aborde pas une partie des critiques, qui l’accusent de multiplier les demandes de HLM pour ses administrĂ©s auprĂšs d’autres maires d’arrondissement, alors qu’elle s’oppose rĂ©guliĂšrement aux constructions de nouveaux logements sociaux. « Elle est lâĂ©lue Ă Paris qui envoie le plus de courriers de soutien », affirme auprĂšs du Monde Jacques Baudrier, adjoint (PCF) chargĂ© du logement auprĂšs de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo. « Câest tout Ă fait lĂ©gal. Mais, dans le mĂȘme temps, le groupe de Mme Dati sâoppose quasi systĂ©matiquement Ă tous les projets de production de logement social Ă Paris », affirme Jacques Baudrier, qui y voit « un problĂšme de cohĂ©rence ».
