FRANCE INFO 🔵 « Mon rĂŞve, c’est de revenir dans mon pays » : après la chute de Maduro, l’impatience des VĂ©nĂ©zuĂ©liens de Miami
Une semaine après la capture de Nicolás Maduro au Venezuela, la diaspora aux États-Unis, qui reprĂ©sente environ 900 000 personnes, s’interroge sur l’avenir politique du pays. En Floride, oĂą la communautĂ© vĂ©nĂ©zuĂ©lienne est importante, rĂ©sident plusieurs partisans de MarĂa Corina Machado, figure de l’opposition et prix Nobel de la paix. Victimes des persĂ©cutions du rĂ©gime pour s’y ĂŞtre opposĂ©s, ils ont fui aux États-Unis mais projettent de retourner sur leur terre natale, entre espoir et craintes pour l’avenir.
Ă€ l’instar de Carlos, un comptable de 45 ans qui s’est exilĂ© Ă Miami depuis 2018. Il prend plus de nouvelles que d’habitude de sa famille restĂ©e au pays. C’est encore imperceptible, dĂ©crit Carlos, mais une semaine après la capture de Maduro par les forces spĂ©ciales amĂ©ricaines, « ma famille lĂ -bas me dit que les chavistes [du nom de Hugo Chavez, prĂ©dĂ©cesseur et mentor de Nicolás Maduro] au pouvoir sentent bien qu’ils sont en train de perdre la bataille ».
Il poursuit : « Bien sĂ»r je suis frustrĂ© qu’Ă la tĂŞte du pays il y ait toujours des membres du rĂ©gime actuel, mais vous allez voir, ils vont se battre entre eux, c’est une bombe Ă retardement qui va bientĂ´t exploser. Quant Ă Delcy Rodriguez, la prĂ©sidente par intĂ©rim, qu’on a connue si fĂ©roce, maintenant c’est la marionnette de Trump, elle lui donne du ‘oui Trump, d’accord Trump’. Il a ce pouvoir-lĂ . »
/2026/01/11/whatsapp-image-2026-01-11-at-07-34-02-69634764b7d24799423576.jpg)
Pour autant, il reste prudent. « J’ai dit Ă ma sĹ“ur ‘ils vous surveillent, sois prudente’. Supprime sur Instagram, sur WhatsApp, tous les messages de soutien Ă Trump. On ne doit pas montrer qu’on est derrière lui. Enfin pour le moment. »
Au Venezuela, Carlos travaillait dans l’industrie du pĂ©trole nationalisĂ©e par Chavez. Il raconte Ă qui veut l’entendre les menaces et les violences verbales et physiques subies par sa famille, tout ce qui a rendu son dĂ©part en Floride « nĂ©cessaire, car les jeunes n’ont aucun avenir au Venezuela, les gens pensent que Maduro Ă©tait un gars sympa, qui chante et danse Ă la tĂ©lé ». Une stratĂ©gie « pour cacher sa face sombre », selon Carlos.
« Je raconte ce qu’est devenu le Venezuela, un pays horrible, un cauchemar, un film d’horreur. »
Carlos, Vénézuélien exilé à Miamià franceinfo
Sur le plan diplomatique, Carlos salue des avancĂ©es timides mais concrètes. « J’ai entendu que des prisonniers politiques avaient Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s de prison et puis j’ai vu les vidĂ©os de cette dĂ©lĂ©gation amĂ©ricaine qui est arrivĂ©e Ă Caracas, oĂą Donald Trump envisage de remettre une ambassade, ce sont des premiers pas », estime-t-il.
Sur l’avenir de MarĂa Corina Machado, la figure de l’opposition vĂ©nĂ©zuĂ©lienne et prix Nobel de la Paix, il ne tarit pas d’Ă©loges. Pour lui, c’est « la mère de tous les VĂ©nĂ©zuĂ©liens, de tous les partisans de la libertĂ©, on l’aime comme on aime Trump ». Il rĂ©pète qu’Ă la tĂŞte du pays « son heure n’est pas encore venue » comme l’a affirmĂ© le prĂ©sident amĂ©ricain qu’elle doit rencontrer la semaine prochaine Ă Washington. « MĂŞme si entre eux c’est comme un jeu de poker menteur, il a dit que pour l’instant, la prioritĂ©, c’est de reconstruire le pays Ă©conomiquement grâce au pĂ©trole et qu’après il y aura des Ă©lections. Et croyez-moi, MarĂa Corina Machado obtiendra 90% des voix. »
Carlos espère pouvoir voter dans son pays, mĂŞme si pour l’instant il n’envisage pas de retour au Venezuela Ă court terme. « Je dois d’abord faire de l’argent ici. Parce que j’ai tout perdu, mon travail, ma maison, tout. Mon rĂŞve serait de pouvoir ouvrir un petit commerce lĂ oĂą j’ai grandi », dit-il en disparaissant sourire aux lèvres dans la nuit de Miami.
/2026/01/11/whatsapp-image-2026-01-11-at-07-34-01-696347c0bcea8349555230.jpg)
De nombreux VĂ©nĂ©zuĂ©liens de la diaspora espèrent rentrer dans leur pays. Comme Julio, bientĂ´t 40 ans, assis sur la terrasse d’un restaurant bien connu de la communautĂ© vĂ©nĂ©zuĂ©lienne. Il appris le français au Canada, oĂą il a vĂ©cu quelque temps avant de venir aux États-Unis. Des annĂ©es après, il est encore traumatisĂ© par cet enlèvement qu’il a subi pendant quelques heures avec plusieurs membres de sa famille par le rĂ©gime, dit-il. Ne pas avoir pu rentrer pour enterrer son père le fait souffrir, mais il regarde devant : « J’ai Ă©tudiĂ© l’architecture, je donne des cours de langue, j’ai une marque de vĂŞtements. Mon rĂŞve, c’est de revenir dans mon pays, d’y avoir des enfants, c’est vraiment dur pour nous ».
Irina, sa tante par alliance qui vit depuis 11 ans aux États-Unis, avoue avoir peur. « Si vous me demandez de prendre un avion demain pour le Venezuela, je refuserai parce que j’ai besoin de me sentir en sĂ©curitĂ© et que ceux qui m’ont persĂ©cutĂ©e sont toujours lĂ , confie-t-elle. Mais je vais aider mon pays Ă se reconstruire depuis les États-Unis. »
/2026/01/11/whatsapp-image-2026-01-11-at-07-34-02-2-696347fd31b52927620871.jpg)
Cette VĂ©nĂ©zuĂ©lienne en est convaincue, elle a le devoir de tĂ©moigner : « Chaque jour, je raconte ce que cette dictature a fait Ă ma famille, comment elle a cassĂ© cette sociĂ©tĂ©. J’utilise ma voix comme une arme contre le communisme. Et on a aussi des talents, des professionnels qualifiĂ©s, moi je travaille dans la logistique. On est prĂŞts Ă aider, on a des idĂ©es pour convaincre les investisseurs de revenir dans notre pays. »
« Ça ne sera pas d’un coup de baguette magique, cette reconstruction prendra des annĂ©es, mais c’est un premier pas. »
Irina, exilée vénézuélienne à Miamià franceinfo
Si elle estime que le contrĂ´le de l’administration Trump sert aussi les intĂ©rĂŞts des VĂ©nĂ©zuĂ©liens, elle reconnaĂ®t toutefois « qu’ils ne vont pas lĂ -bas pour rien ». « Ils veulent leur part du gâteau, fait-elle remarquer. Mais, nous aussi on a besoin d’eux pour remettre debout notre Ă©conomie. Notre leader, MarĂa Corina Machado, a un plan et toute une Ă©quipe qui se prĂ©pare Ă notre futur succès. Ce n’est pas aux Ă©trangers de reconstruire le Venezuela, notre pays a besoin de nous. »
Après ce discours optimiste, son visage s’assombrit. « Je suis inquiète. Le soi-disant ministre de la Justice mijote quelque chose, je me prĂ©pare Ă un regain de violences. Vous savez il y a ces milices armĂ©es, les militaires qui soutiennent le pouvoir », rappelle-t-elle. Irina nuance cependant : « Cette armĂ©e nous a prouvĂ© Ă quel point, elle Ă©tait faible », une semaine après la chute de Nicolas Maduro après 13 ans de mandat.
