FRANCE INFO 🔵 Le Chrysler Building Ă New York cherche l’acheteur qui lui rendra sa superbe
Le Chrysler Building, conçu juste avant la crise de 1929 et construit en deux ans, voulait reprĂ©senter l’exubĂ©rance et le modernisme, le monde des machines, avec sa flèche d’acier inspirĂ©e des enjoliveurs de la marque Ă©ponyme.
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Silhouette de l’horizon new-yorkais, le Chrysler Building est Ă vendre mais les candidats ne se bousculent pas pour mettre la main sur ce joyau art dĂ©co vieillissant, après l’expropriation des derniers propriĂ©taires. CoiffĂ© de sa cĂ©lèbre couronne en acier inoxydable, agrĂ©mentĂ© de gargouilles et de casques ailĂ©s de Mercure – hommage aux bouchons de radiateur des premiers vĂ©hicules Chrysler -, il attire toujours les touristes qui restent cantonnĂ©s au rez-de-chaussĂ©e depuis que sa plateforme d’observation a fermĂ© en 1945.
L’Ă©difice, qui a accueilli ses premiers locataires en 1930, culmine Ă 318 mètres et compte 77 Ă©tages pour 117.000 m2. L’adresse – 405 Lexington Avenue, au cĹ“ur de Manhattan – est prestigieuse et attire cabinets d’avocats, professions libĂ©rales mais aussi une agence artistique, des sociĂ©tĂ©s de coworking…
Pourtant des mĂ©dias ont Ă©voquĂ© des occupants se plaignant de locaux vieillots, de peintures Ă©caillĂ©es, d’ascenseurs en panne, de fenĂŞtres trop petites, de bureaux exigus, de rencontres avec des rongeurs… Le « magnifique (Chrysler building) a beaucoup de problèmes techniques », confirme Ruth Colp-Haber, de l’agence Wharton Property, spĂ©cialisĂ©e dans l’immobilier commercial. « Il faudra beaucoup de travaux et beaucoup d’argent », dit-elle Ă l’AFP. Avec la popularisation du tĂ©lĂ©travail pendant le Covid, « ces vieux immeubles ne font pas le poids face aux rĂ©cents, qui ont de hauts plafonds, des climatisations nec plus ultra », explique-t-elle.
Pas facile de se dĂ©marquer de l’Empire State Building, qui lui a rapidement ravi le titre de bâtiment plus Ă©levĂ© au monde (depuis dĂ©trĂ´nĂ© par d’autres), et de la poignĂ©e de gratte-ciels de Manhattan plus rĂ©cents, plus hauts et ouverts aux visites. Difficile aussi de rivaliser avec des tours de verre neuves offrant de meilleures prestations, comme One Vanderbilt, ouverte en 2020 ou celles du quartier revitalisĂ© d’Hudson Yards.
Une concurrence d’autant plus vive que l’immobilier de bureaux new-yorkais souffre de l’essor du tĂ©lĂ©travail post-pandĂ©mie. Les loyers, commerciaux comme rĂ©sidentiels, sont particulièrement Ă©levĂ©s dans la capitale Ă©conomique des Etats-Unis. A cela s’ajoute une situation inhabituelle : le terrain sur lequel est construit le Chrysler Building appartient depuis 1902 Ă Cooper Union, une Ă©cole d’ingĂ©nierie, architecture et sciences humaines, qui perçoit un loyer annuel du propriĂ©taire du bâtiment (32,5 millions de 2019 Ă 2027).
Mais le dernier propriĂ©taire, un consortium composĂ© du promoteur immobilier amĂ©ricain RFR et du groupe autrichien Signa, a Ă©tĂ© expropriĂ© par un juge en septembre 2024 pour non-paiement du loyer. Le duo s’Ă©tait portĂ© acquĂ©reur en 2019, pour 151 millions de dollars et la promesse de rĂ©aliser 250 millions de travaux. Mais Signa a fait faillite fin 2023. D’après des documents de justice consultĂ©s par l’AFP, RFR a cessĂ© de payer en mai 2024 et l’arriĂ©rĂ© atteignait 21 millions de dollars au moment de l’expropriation.
Depuis, Cooper Union cherche un repreneur pour cette tour classée au patrimoine de la ville de New York en 1978. Toute modification intérieure ou extérieure doit être validée par la Commission de préservation des monuments historiques (LPC) de la ville.
SollicitĂ©s par l’AFP, Cooper Union, la LPC, plusieurs agents immobiliers dont ceux chargĂ©s de la vente et RFR, entre autres, se sont refusĂ©s Ă tout commentaire. « Tout est gelĂ© en attendant de connaĂ®tre le nouveau propriĂ©taire », indique Mme Colp-Haber, Ă©voquant une possible conversion partielle en hĂ´tel ou en logements. Quoiqu’il en soit, « il est extrĂŞmement rare que la Commission approuve la dĂ©molition d’un monument historique », veut rassurer un spĂ©cialiste sous couvert d’anonymat.
