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FRANCE INFO 🔵 « Je ne peux pas en parler » : à Marseille, le silence et la crainte des habitants depuis la mort de Mehdi Kessaci

Depuis cet assassinat le 13 novembre dernier à Marseille, certains ont décidé de ne plus dénoncer à visage découvert le narcotrafic.

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FRANCE INFO 🔵 « Je ne peux pas en parler » : à Marseille, le silence et la crainte des habitants depuis la mort de Mehdi Kessaci

Un piĂ©ton passe devant les bouquets de fleurs dĂ©posĂ©s Ă  l’endroit oĂą Mehdi Kessaci a Ă©tĂ© assassinĂ©, Ă  Marseille, le 18 novembre 2025. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

« Je ne me tairai pas » : c’est ce qu’a affirmĂ© le militant engagĂ© contre le narcotrafic Amine Kessaci, après l’assassinat de son petit frère, Mehdi, abattu en plein jour Ă  Marseille, le jeudi 13 novembre Ă  Marseille. Trois semaines après, pourtant, certains habitants de quartiers proches de points de deal l’avouent : sidĂ©rĂ©s par le drame, ils craignent des reprĂ©sailles.

« Le narcotrafic a réussi à éteindre ma voix« , déclarait ainsi une avocate, au lendemain de la mort de Mehdi Kessaci. Engagée aux côtés des familles de victimes, habituée des plateaux de télévision, elle a décidé de retourner dans l’anonymat, comme d’autres militants associatifs.

Pour d’autres, le silence s’impose depuis longtemps : sur le pas de sa porte, cette dame pose son index sur sa bouche. Un jeune vient d’être tuĂ© au pied de son immeuble et elle est pĂ©trifiĂ©e Ă  l’idĂ©e d’en parler. « Je ne peux pas faire ça moi… Il y a les jeunes en bas. Il y a les jeunes qui tuent« , souffle-t-elle, prĂ©cisant craindre d’ĂŞtre visĂ©e en reprĂ©sailles.

Cette peur de parler est parfois intĂ©grĂ©e dès le plus jeune âge, raconte cette professeur d’un lycĂ©e des quartiers nord. Elle s’en est rendu compte le jour oĂą elle a Ă©voquĂ© un règlement de compte en classe. « J’ai, par exemple, utilisĂ© le terme ‘stupide’ pour qualifier les personnes qui avaient tirĂ©. LĂ , les Ă©lèves se sont levĂ©s en disant ‘Attention ! Il va vous arriver quelque chose ! Vous ne pouvez pas dire ça. Vous ĂŞtes en danger, madame’. Ils Ă©taient terrifiĂ©s », tĂ©moigne-t-elle.

Ce sentiment de « danger« , il suffit d’aller près d’un point de deal pour l’entendre. Dans la cité des flamants, dans le 14e arrondissement de Marseille, la maison de la Solidarité a fermé, des agents ont été menacés de mort par les dealers. Un adolescent grimace, sa mère ne pourra pas voir l’assistante sociale. « C’est compliqué ici« , glisse-t-il, évoquant le trafic de drogue. Avant de couper court : « Je ne peux pas en parler.« 

Un tĂ©moignage toutefois permet de comprendre l’engrenage : au printemps dernier, franceinfo a rencontrĂ© un « charbonneur », ces petites mains du trafic, chargĂ©s de vendre la drogue aux clients. Ces jeunes, parfois tout juste adolescents, sont en première ligne sur les points de deal. Ă€ 17 ans, ce jeune homme, dont nous ne donnerons pas le prĂ©nom, venait de passer un mois dans une prison pour mineur, condamnĂ© pour trafic de stupĂ©fiants. Derrière lui, dĂ©jĂ , un lourd passif : il est rentrĂ© dans le trafic dès le collège.

« J’ai commencĂ© Ă  l’âge de 14 ans dans le stup’. Au dĂ©but, j’ai commencĂ© en tant que guetteur. Je continuais Ă  aller Ă  l’Ă©cole et je travaillais le week-end, le mercredi après-midi et le soir. J’ai arrĂŞtĂ© d’aller Ă  l’Ă©cole et j’ai fait un an dans un rĂ©seau Ă  Marseille et je n’ai pas arrĂŞtĂ©... », raconte-t-il.

« Au bout d’un moment, dès que j’ai vu qu’il y avait beaucoup d’argent Ă  prendre dans ce mĂ©tier, je me suis dit pourquoi continuer l’Ă©cole si je peux gagner de l’argent plus facilement ? »

Un « charbonneur »

Ă  franceinfo

A la question du besoin d’argent Ă  quatorze ans, le jeune homme rĂ©pond sans sourciller : « Pour profiter de la vie ! Et Ă  ce moment-lĂ , je ne fumais pas, c’Ă©tait clairement pour du loisir. Et après j’ai commencĂ© Ă  fumer, je dĂ©pensais l’argent pour ma fumette ou des vĂŞtements ».

Le jeune homme tĂ©moigne aussi de la violence constante autour des points de deal. « La fois la plus marquante, c’Ă©tait Ă  Arles : une voiture est arrivĂ©e vers 22h. Quelqu’un Ă  l’intĂ©rieur a tirĂ© en l’air pour nous intimider. A ce moment-lĂ , je suis restĂ© dans le coin et personne ne m’a dit d’arrĂŞter de vendre. On peut perdre la vie trop facilement dans ce milieu-lĂ . En prenant un peu de recul, j’ai envie d’arrĂŞter. Je n’ai pas envie de mourir ou de finir en prison encore une fois... »

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