FRANCE INFO 🔵 Guerre dans la bande de Gaza : pourquoi la jetĂ©e flottante amĂ©ricaine, hors service, est qualifiĂ©e de « fiasco humanitaire » – Shango Media
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FRANCE INFO 🔵 Guerre dans la bande de Gaza : pourquoi la jetée flottante américaine, hors service, est qualifiée de « fiasco humanitaire »

La livraison d’aide dans le territoire palestinien via ce pont flottant construit par les Etats-Unis a Ă©tĂ© suspendue provisoirement en raison des conditions mĂ©tĂ©orologiques.

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Une vue satellite de la jetée humanitaire américaine, sur la côte de la bande de Gaza, le 16 mai 2024. (U.S. CENTRAL COMMAND PUBLIC AFFA / ANADOLU / AFP)

Moins de quinze jours après sa mise en fonction, la jetĂ©e flottante amĂ©ricaine pour acheminer l’aide humanitaire depuis Chypre dans la bande de Gaza est hors de service. Elle a Ă©tĂ© endommagĂ©e en raison des conditions mĂ©tĂ©orologiques, a annoncĂ© mardi 28 mai le ministère de la DĂ©fense amĂ©ricain. Depuis son installation, ce pont artificiel, qui vise Ă  contourner les sĂ©vères restrictions imposĂ©es par IsraĂ«l Ă  l’acheminement terrestre de l’aide vers le territoire palestinien, fait l’objet de nombreuses critiques.

Dans une dĂ©claration conjointe publiĂ©e mardi, une vingtaine d’ONG dĂ©noncent des « changements cosmĂ©tiques » Ă  propos de cette jetĂ©e et des diffĂ©rents points de passage censĂ©s permettre l’approvisionnement de l’aide humanitaire Ă  Gaza. Jean-François Corty, vice-prĂ©sident de MĂ©decins du monde (MDM), qualifie mĂŞme ce pont flottant de « fiasco humanitaire » auprès de LibĂ©ration. Franceinfo vous explique pourquoi.

Parce que cette infrastructure flottante n’a pas rĂ©sistĂ© aux conditions mĂ©tĂ©o

Elle n’a donc pas rĂ©sistĂ© aux alĂ©as mĂ©tĂ©orologiques. Quatre embarcations de l’armĂ©e amĂ©ricaine se sont Ă©chouĂ©es samedi 25 mai Ă  cause d’une « mer agitĂ©e », selon le Commandement militaire amĂ©ricain pour le Moyen-Orient (Centcom). La mĂ©tĂ©o marine a Ă©galement provoquĂ© mardi la rupture d’une section de la jetĂ©e. Elle doit ĂŞtre retirĂ©e et envoyĂ©e dans la ville israĂ©lienne d’Ashdod pour ĂŞtre rĂ©parĂ©e, a expliquĂ© lors d’un point-presse Sabrina Singh, porte-parole adjointe du Pentagone. « La reconstruction et la rĂ©paration de la jetĂ©e prendront au moins plus d’une semaine. « Une fois terminĂ©es, le but est d’ancrer Ă  nouveau la jetĂ©e temporaire sur la cĂ´te de Gaza et de reprendre la livraison d’aide humanitaire« , a-t-elle prĂ©cisĂ©. 

Ce projet de jetĂ©e avait Ă©tĂ© annoncĂ© initialement en mars par Joe Biden, lors de son discours sur l’Ă©tat de l’Union. DĂ©clarant que la guerre lancĂ©e par IsraĂ«l après l’attaque du Hamas le 7 octobre avait « fait plus de victimes parmi les civils innocents que l’ensemble de toutes les guerres prĂ©cĂ©dentes Ă  Gaza », le prĂ©sident amĂ©ricain avait Â«Â donnĂ© l’ordre Ă  l’armĂ©e amĂ©ricaine de mener une mission d’urgence pour construire un embarcadère temporaire en MĂ©diterranĂ©e ». Objectif : « RĂ©ceptionner d’importantes cargaisons de nourriture, d’eau, de mĂ©dicaments et d’abris temporaires », alors que les deux principaux points de passage terrestres de l’aide humanitaire vers Gaza – Kerem Shalom depuis IsraĂ«l et Rafah depuis l’Egypte – Ă©taient dĂ©jĂ  largement entravĂ©s par l’Etat hĂ©breu.

Ce pont flottant a coĂ»tĂ© au moins 320 millions de dollars (296 millions d’euros), selon les autoritĂ©s amĂ©ricaines. Le New York Times rapporte d’ailleurs que cette annonce de Joe Biden a surpris le Pentagone, dont des responsables ont aussitĂ´t prĂ©dit des problèmes de logistique et de sĂ©curitĂ©. Comme le rappelle le quotidien amĂ©ricain, les Etats-Unis ont dĂ©jĂ  utilisĂ© ce type d’installation, baptisĂ©e « JLOTS » (Joint Logistics Over the Shore), pour l’aide humanitaire en Somalie, au KoweĂŻt et en HaĂŻti. Mais dans le cas de Gaza, la jetĂ©e a Ă©tĂ© construite dans la prĂ©cipitation, en Ă  peine deux mois, sur la cĂ´te palestinienne, prĂ©cise le journal.

Parce que l’acheminement de l’aide n’est pas sĂ©curisĂ© sur la suite du parcours

La complexitĂ© de cette infrastructure d’aide humanitaire, contrairement aux prĂ©cĂ©dents dispositifs flottants amĂ©ricains, tient aussi au fait que les troupes amĂ©ricaines, dont la prĂ©sence sur le terrain Ă  Gaza est proscrite par la Maison Blanche, ne peuvent assurer la sĂ©curitĂ© des camions une fois ceux-ci dĂ©barquĂ©s sur la terre ferme. Dans les jours qui ont suivi la mise en service de la jetĂ©e, le 17 mai, des vĂ©hicules ont ainsi Ă©tĂ© pillĂ©s alors qu’ils se dirigeaient vers un entrepĂ´t.

Dans ces zones oĂą « il n’y a eu aucune aide » et oĂą la famine menace, la population a « pris ce qu’elle pouvait », de peur de ne pas revoir les prĂ©cieuses marchandises, a expliquĂ© vendredi 24 mai StĂ©phane Dujarric, porte-parole du secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral de l’ONU. A tel point que le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a dĂ» suspendre ses activitĂ©s pendant deux jours.

Comme le rapporte le New York Times, les ONG et les Nations unies ont Ă©galement mis en cause des groupes criminels qui se sont emparĂ©s des fournitures pour les vendre Ă  des prix exorbitants. « Mettre en place un quai et acheminer les fournitures sur le quai et sur le rivage est une chose. Mettre en place la logistique nĂ©cessaire pour acheminer l’aide aux endroits qui en ont le plus besoin est une tout autre affaire, et c’est lĂ  que le manque de planification et de coordination entre en jeu », a fait valoir auprès du quotidien amĂ©ricain Rabih Torbay, prĂ©sident de l’organisation humanitaire Project Hope.

DĂ©sormais, « l’opĂ©ration est stabilisĂ©e, le PAM a trouvĂ© divers chemins pour arriver Ă  son entrepĂ´t de Deir al-Balah », avait toutefois assurĂ© StĂ©phane Dujarric, avant que le pont ne soit mis hors service.

Parce que l’aide humanitaire apportĂ©e est insuffisante

Les organisations humanitaires avaient prĂ©venu dès le dĂ©but de l’initiative amĂ©ricaine que cette alternative ne pourrait se substituer Ă  un afflux d’aide par voie terrestre. L’ONU a annoncĂ© vendredi 24 mai que l’installation avait permis le dĂ©barquement en une semaine de 97 camions. Le Centcom a prĂ©cisĂ© de son cĂ´tĂ© que plus de 1 000 tonnes d’aide avaient Ă©tĂ© dĂ©barquĂ©es, dont plus de 900 acheminĂ©es vers l’entrepĂ´t des Nations unies.

A terme, Washington espère l’arrivĂ©e de l’Ă©quivalent de « 150 camions par jour ». Mais mĂŞme cet objectif resterait loin des besoins d’une population ravagĂ©e par la guerre. L’ONU avait estimĂ© Ă  500 camions par jour le nombre nĂ©cessaire d’acheminements pour venir en aide Ă  la quasi-totalitĂ© des 2,4 millions d’habitants de la bande de Gaza, dĂ©placĂ©s par les combats et les bombardements. Or, entre le 7 et le 23 mai, « seuls 906 camions transportant de l’aide humanitaire sont entrĂ©s Ă  Gaza par l’ensemble des points d’entrĂ©e opĂ©rationnels », prĂ©cise le bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires (Ocha).

Mi-mai, Farhan Haq, un autre porte-parole du secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral de l’ONU, avait soulignĂ© que l’aide humanitaire « ne peut pas et ne devrait pas dĂ©pendre d’une jetĂ©e flottante, loin de lĂ  oĂą les besoins sont les plus aigus ». D’autant qu’une grave pĂ©nurie de carburant complique la donne. Que l’aide arrive « par la mer ou par la route, sans carburant, elle n’arrivera pas aux gens qui en ont besoin », avait ajoutĂ© Farhan Haq. 

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