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FRANCE INFO 🔵 Facteurs de risques, politiques publiques… Ce qu’il faut retenir de l’étude de l’OMS révélant que quatre cas de cancers sur dix sont évitables

Ce travail s’appuie sur des données provenant de 185 pays et porte sur 36 types de cancer. Selon cette étude, le tabac est la principale cause évitable de cancer (15%). Les infections arrivent en deuxième position (10%), suivies par la consommation d’alcool (3%).

Nos modes de vie et notre environnement déclenchent, dans près de quatre cas sur dix, nos cancers. C’est le principal enseignement d’une étude d’ampleur publiée dans la revue Nature mardi 3 février, à la veille de la Journée mondiale contre le cancer. Selon les chercheurs, 37,8% des nouveaux cas de cancer identifiés en 2022 seraient liés à des causes évitables. Soit environ 7,1 millions de cas.

Avec ce travail, l’agence contre le cancer (Circ), organisme rattaché à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), entend inciter à davantage de prévention. Elle s’appuie sur des données provenant de 185 pays et étudie 36 types de cancer. Franceinfo a consulté cette étude pour en résumer les principaux enseignements.

Le tabagisme, les infections et la consommation d’alcool sont parmi les principales causes de cancer évitables

Pour réaliser cette étude, les spécialistes ont examiné 30 facteurs de risques considérés comme évitables. Selon leurs conclusions, le tabac est la principale cause de cancer (15%) contre laquelle on peut se prémunir. Les infections – dont le papillomavirus humain dit HPV – arrivent en deuxième (10%) et la consommation d’alcool complète le podium (3%). Cette étude est la première à inclure neuf infections cancéreuses (dont le HPV) dans son calcul.

Le tabagisme est donc, à lui seul, le principal facteur contribuant à la maladie, causant non seulement près de 60% de tous les nouveaux cas de cancer du poumon chez les hommes, mais aussi 15 autres types de cancer, estiment les scientifiques. « Bien que la consommation mondiale de tabac chez les hommes ait diminué (…), l’impact sur l’incidence du cancer mettra des années à se manifester pleinement », déplorent-ils.

Parmi les autres facteurs de risques qui peuvent être réduits, on retrouve un indice de masse corporelle (IMC) élevé, une activité physique insuffisante, la pollution atmosphérique, le rayonnement ultraviolet ou encore les expositions professionnelles à des substances nocives.

La moitié des cancers évitables sont ceux du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus

Les cancers du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus représentent près de la moitié des cas évitables, tant chez les hommes que chez les femmes, selon cette étude. Au total, 10 types de cancer représentaient près des deux tiers des nouveaux cas et décès causés par cette maladie dans le monde en 2022.

L’étude démontre ainsi que le cancer du poumon, le plus fréquent à l’échelle planétaire, est aussi celui présentant le plus grand nombre de cas évitables à l’échelle mondiale. Chez les femmes, près d’un demi-million de nouveaux cas auraient pu être évités en 2022. Parmi eux, 60,5% étaient liés au tabagisme, 27,5% à la pollution atmosphérique et 12%, à des expositions professionnelles à des substances nocives. Chez les hommes, ce nombre est même deux fois plus élevé, avec plus de 1,3 million de cancers du poumon évitables : plus des deux tiers de ces cas (69,4%) sont liés au tabagisme, 15,8% à la pollution atmosphérique et 14,7%, aux expositions professionnelles.

Le cancer de l’estomac est largement attribuable à l’infection par Helicobacter pylori, une bactérie qui peut entraîner des ulcères et des cancers gastriques, selon les explications de la Haute Autorité de santé. Mais il peut aussi résulter d’infections, du tabagisme ou d’un IMC élevé. Le cancer du col de l’utérus, lui, est causé dans la grande majorité des cas par la famille des virus du papillome humain (VPH), principalement transmis par voie sexuelle.

Parmi les autres cancers aux causes évitables chez les femmes, on retrouve celui du sein. L’activité physique insuffisante, un IMC élevé et la consommation d’alcool sont cités parmi les principaux facteurs de risques qui peuvent être abaissés.

Chez les hommes, l’étude pointe aussi le cancer du foie, avec près de 462 000 cas évitables dans le monde en 2022, dont 53,1% dus à des infections, 21,3% dus au tabagisme, 19,5% à l’alcool et 6%, à un IMC élevé. Egalement cité, le cancer colorectal est très présent chez les hommes, avec près de 371 000 cas, pour lesquels le tabagisme est un élément explicatif dans près de la moitié des situations.

De fortes disparités entre les régions et les pays

La prévalence de cancers évitables varie considérablement selon les régions et les pays, insistent les auteurs de l’étude. Ainsi, chez les femmes, le taux le plus élevé a été observé en Afrique subsaharienne, où près de quatre nouveaux diagnostics de cancer sur dix (38,2%) étaient attribuables à des facteurs de risques évitables. La proportion la plus faible se trouve en Afrique du Nord et en Asie occidentale, où 24,6% des nouveaux cas étaient liés à ces causes.

La plus grande variation en fonction des régions du monde a été observée chez les hommes. Ceux vivant en Asie de l’Est souffrent, dans 57,2% des cas, de cancers attribuables à des facteurs de risques considérés comme évitables. Le taux le plus faible a quant à lui été constaté en Amérique latine et dans les Caraïbes (28,1%).

Cela reflète « en partie des différences sous-jacentes dans les facteurs de risques au sein de la population, notamment concernant le tabagisme, les infections et l’exposition à des agents infectieux », écrivent les chercheurs. Mais pas seulement. Des disparités « en matière de développement socio-économique, de politiques nationales de prévention et de capacité du système de santé » expliquent aussi ces grandes variations en fonction des zones, précise l’ONU.

Des « changements systémiques » jugés nécessaires

Selon les scientifiques, cette association entre l’incidence du cancer et les facteurs de risques évitables par zone géographique et par genre « fournit des informations essentielles aux Etats pour planifier et mettre en œuvre des programmes de prévention ». Encore faut-il que cette prévention soit adaptée, rappellent-ils. « Bien qu’il soit nécessaire de sensibiliser davantage aux actions individuelles visant à réduire le cancer, des changements systémiques tels que des politiques de lutte antitabac, une réglementation de l’alcool et la promotion d’environnements urbains sains sont essentiels », écrivent les chercheurs.

Les auteurs appellent également à « des changements qui tiennent compte des différences entre les genres et qui s’attaquent aux déterminants sociaux ». La prise en compte des facteurs de risques évitables permettrait de réduire l’incidence du cancer, « mais aussi de diminuer les coûts des soins de santé à long terme et d’améliorer la santé et le bien-être de la population », conclut l’OMS.

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