FRANCE INFO đŸ”” Dans « L’Affaire Bojarski » de Jean-Paul SalomĂ©, Reda Kateb est « le Cezanne de la fausse monnaie » – Shango Media
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FRANCE INFO đŸ”” Dans « L’Affaire Bojarski » de Jean-Paul SalomĂ©, Reda Kateb est « le Cezanne de la fausse monnaie »

Les faussaires ont toujours passionné. Faux tableaux, fausse monnaie, ce sont des hors-la-loi mais ils attirent la sympathie. Des Robins des bois aux talents remarquables qui aiment jouer avec la police au risque de se faire pincer. Ceslaw Bojarski est de ceux-là.

France TĂ©lĂ©visions – RĂ©daction Culture


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FRANCE INFO đŸ”” Dans « L’Affaire Bojarski » de Jean-Paul SalomĂ©, Reda Kateb est « le Cezanne de la fausse monnaie »

Reda Kateb dans « L’Affaire Bojarski » rĂ©alisĂ© par Jean-Paul SalomĂ©. (GUY FERRANDIS)

C’est un personnage mystĂ©rieux des annĂ©es 1950-1960 qui ne connut la gloire que le jour de son arrestation, le 17 janvier 1964. Soixante-deux ans plus tard, presque jour pour jour, L’Affaire Bojarksi de Jean-Paul SalomĂ© – en salle mercredi 14 janvier â€“ est un biopic romancĂ© de cet homme discret qui a fait trembler la Banque de France.

L’Affaire Bojarski raconte le destin hors du commun d’un Ă©migrĂ© polonais arrivĂ© en France durant la Seconde Guerre mondiale. Avec Reda Kateb, parfait dans ce rĂŽle composĂ© de discrĂ©tion, d’entĂȘtements et de mensonges. Pour Jean-Paul SalomĂ©, Kateb Ă©tait Bojarski : « Je savais qu’il habite les silences. Que seul Ă  l’image, sans dialogue, sans partenaire, il se passerait toujours quelque chose », dĂ©clare-t-il sur le site du CNC.

C’est une histoire vraie plus fascinante qu’un scĂ©nario de fiction. Un fait divers aux accents romanesques dont s’est emparĂ© le rĂ©alisateur Jean-Paul SalomĂ©. Une « info gĂ©né » digne des pages du France soir d’antan. Au-delĂ  de ce destin hors du commun, le film raconte la grande histoire de France, celle des annĂ©es De Gaulle. Nous sommes aprĂšs-guerre, et dans la famille des faussaires et des secrets bien gardĂ©s, Jean-Paul SalomĂ© a donc dĂ©gotĂ© son personnage.

Il est ingĂ©nieur, il est inventeur et malgrĂ© ses brevets ingĂ©nieux, il subit Ă©chec aprĂšs Ă©chec. La France de l’aprĂšs-guerre accueille frileusement ces Ă©migrĂ©s, pour d’autres taches que les durs labeurs. Pour une reconversion discrĂšte et secrĂšte, il sera « le Cezanne de la fausse monnaie ». Le film suit l’enquĂȘte opiniĂątre de la police et L’Affaire Bojarski fait le portrait de la France corsetĂ©e de ces annĂ©es-lĂ .

Reda Kateb dans le rÎle de Bojarski, dans le film de Jean-Paul Salomé. (GUY FERRANDIS)

Reda Kateb dans le rÎle de Bojarski, dans le film de Jean-Paul Salomé. (GUY FERRANDIS)

Durant seize ans, il fabrique des faux billets. Voici son palmarĂšs. En 1951, circulent en France des fausses coupures de billets de 1 000 francs. Les bleus Minerve et Hercule. Elles sont de fabrication Bojarski. En 1958, des 2 000 francs Terre et mer rĂ©putĂ©s infalsifiables sont sur le marchĂ©. Fabrication Bojarski encore. Et en 1960, chef-d’Ɠuvre des chefs-d’Ɠuvre, ses Bonaparte affolent la vĂ©nĂ©rable Banque de France.

Bojarski est un « Polak » pour les Français et son crime de fabriquer une fausse monnaie est une insulte Ă  la RĂ©publique. « Je ne voulais pas forcer le trait, mais le fait qu’il soit immigrĂ© polonais, c’est un fondement de l’histoire. » Bojarski payera cher d’avoir dĂ©fiĂ© la Banque de France. Comme on ne touche pas au grisbi, on ne touche pas au NapolĂ©on de la nation. « Le type n’avait rien d’un malfrat ou d’un voyou, la peine est disproportionnĂ©e », nous dit Jean-Paul SalomĂ©.

Jean-Paul SalomĂ© s’applique depuis plusieurs films Ă  dĂ©voiler la part d’ombre de ses personnages : dans Le CamĂ©lĂ©on, l’histoire vraie d’un imposteur campĂ© par le jeune comĂ©dien canadien Marc-AndrĂ© Grondin, ou La Daronne avec Isabelle Huppert qui raconte une flic de haut vol qui se retrouve Ă  la tĂȘte d’un trafic de drogue. Souvent ses personnages ont une vie cachĂ©e. « Quand une histoire m’attire, je dĂ©couvre qu’il y a toujours une part d’ombre », nous confiait-il au Festival du film d’histoire de Pessac.

Avec une rĂ©alisation aux allures films noirs des annĂ©es 1950, et avec un duo impeccable, Reda Kateb et Bastien Bouillon, le flic qui le poursuit, la fiction rend hommage Ă  Bojarski. SalomĂ© sait reconstituer sans faire toc et en filmant au plus prĂšs Reda Kateb, le spectateur entre en empathie avec le gentleman faussaire.

Il travaille seul, sa famille ignore son activitĂ©. Le rĂ©alisateur, aprĂšs un long et minutieux travail d’archive, est admiratif des talents de bricoleurs de gĂ©nie comme l’Ă©tait Bojarski. « Il a créé toutes les machines – presse, plaques,mĂ©langeur â€“ qui lui servaient Ă  fabriquer ses faux billets. Elles ont Ă©tĂ© ensevelies dans sa maison par la police, mais il reste les photos et les plans qui m’ont permis de recrĂ©er l’atelier dans lequel il travaillait. Il faisait vraiment tout, notamment le papier avec du papier Ă  cigarette OCB et du calque, et l’encre Ă  laquelle il ajoutait de l’aspirine. »

Un faux Napoléon de Bojarski. (BANQUE DE FRANCE)

Un faux Napoléon de Bojarski. (BANQUE DE FRANCE)

Le rĂ©alisateur rajoutait pour franceinfo Culture  : « Ce type aurait pu ĂȘtre un ingĂ©nieur, il ne l’a pas Ă©tĂ©. C’Ă©tait un inventeur, il ne savait pas se vendre. Ce type n’a pas Ă©tĂ© un gangster, il a Ă©tĂ© un faux-monnayeur et finalement, c’est un artiste. En tout cas, en ayant une femme, des enfants et une famille, en menant une vie de famille, celle de Monsieur Tout-le-Monde. »

Son atelier au sous-sol de sa maison par un geste vengeur sera bĂ©tonnĂ©, enseveli sous la pierre. CondamnĂ© Ă  vingt ans d’emprisonnement, il est incarcĂ©rĂ© Ă  la prison de la SantĂ©. Il aurait pu devenir graveur Ă  la Banque de France, tellement son talent est reconnu de tous. Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, vexĂ©, lui refusera le poste. Mais aujourd’hui, nous confie le rĂ©alisateur, au sein du coffre-fort de la Banque de France, se cache « une rĂ©serve Bojarski » renfermant les faux billets du faussaire artiste plus vrais que nature. Jean-Paul SalomĂ© a un discret sourire en racontant avoir eu le privilĂšge de visiter cette rĂ©serve.

Un talent, un artiste, Ă  tel point qu’aujourd’hui encore, ses billets fascinent les collectionneurs : en 2015, l’un d’eux a Ă©tĂ© vendu plus de 7 000 euros. Ainsi, Ă  La CitĂ© de l’Ă©conomie, nichĂ©e au cƓur de l’HĂŽtel Gaillard, Ă  l’occasion de la sortie du film, le public peut observer de prĂšs un objet exceptionnel : le faux billet de 100 nouveaux francs signĂ© par Ceslaw Bojarski.

Affiche de "L'Affaire Bojarski" de Jean-Paul Salomé. (DR)

Affiche de « L’Affaire Bojarski » de Jean-Paul SalomĂ©. (DR)

Genre : Comédie, Drame
Réalisation :
Jean-Paul Salomé
Avec :
Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon
Pays :
France
Durée :
2h08
Sortie :
14 janvier 2026
Distributeur :
Le Pacte
Synopsis :
Jan Bojarski, jeune ingĂ©nieur polonais, se rĂ©fugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. AprĂšs la guerre, son absence d’Ă©tat civil l’empĂȘche de dĂ©poser les brevets de ses nombreuses inventions et il est limitĂ© Ă  des petits boulots mal rĂ©munĂ©rĂ©s
 jusqu’au jour oĂč un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets.

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