FRANCE INFO 🔵 Ce que l’on sait de « Portal Kombat », le rĂ©seau de sites de dĂ©sinformation pro-russes dĂ©noncĂ© par la France – Shango Media
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FRANCE INFO 🔵 Ce que l’on sait de « Portal Kombat », le rĂ©seau de sites de dĂ©sinformation pro-russes dĂ©noncĂ© par la France

Viginum, service chargĂ© des ingĂ©rences numĂ©riques Ă©trangères, a identifiĂ© près de 200 sites relayant massivement des contenus trompeurs, pensĂ©s pour lĂ©gitimer l’invasion de l’Ukraine et influencer les soutiens de Kiev, dont la France.

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La France dénonce l'existence d'un réseau de sites relayant de la propagande pro-russe en Europe, surnommé "Portal Kombat" (photo d'illustration). (JAKUB PORZYCKI / NURPHOTO / AFP)

Des « manĹ“uvres informationnelles hostiles » que « la France condamne fermement ». Alors que la guerre en Ukraine entre bientĂ´t dans sa troisième annĂ©e, et que de nombreuses Ă©lections vont mobiliser les opinions publiques Ă  travers le monde, l’organisme français de lutte contre les ingĂ©rences numĂ©riques Ă©trangères Viginum a rĂ©vĂ©lĂ©, lundi 12 fĂ©vrier, l’existence d’environ 200 « portails d’information » servant Ă  diffuser de la propagande pro-russe Ă  destination des soutiens de Kiev en Europe. Voici ce que l’on sait de ce rĂ©seau surnommĂ© « Portal Kombat ».

Trois « écosystèmes » de sites de propagande

Après quatre mois de travail, Viginum a mis au jour un rĂ©seau « structurĂ© et coordonné » d’au moins 193 portails d’information « aux caractĂ©ristiques similaires, qui diffusent des contenus pro-russes Ă  destination d’audience internationale », en Europe et aux Etats-Unis. Dans son rapport technique (PDF), l’organisme français de lutte contre les ingĂ©rences numĂ©riques distingue trois ensembles apparus Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes.

La plus grande partie (147) appartient Ă  l’« écosystème historique ». Cet ensemble de sites crĂ©Ă©s depuis 2013 ciblait avant tout « des audiences russes et ukrainiennes », avec des noms de domaine comportant le nom de localitĂ©s des deux pays. « Plusieurs de ces sites, notamment ceux qui ciblaient l’Ukraine, sont aujourd’hui inactifs ou hors-ligne », note Viginum.

L’Ă©cosystème « -news.ru » regroupe pour sa part 41 « sites d’intĂ©rĂŞt » crĂ©Ă©s entre avril et dĂ©cembre 2022, et destinĂ©s aux audiences russophones d’Ukraine. « Certains sites ciblent des localitĂ©s très prĂ©cises et stratĂ©giques Ă  l’image de Kherson ou Marioupol », prĂ©cise le rapport.

FondĂ©s en juin 2023, les sites les plus rĂ©cents appartiennent Ă  « l’Ă©cosystème Pravda », mot russe qui signifie « vĂ©rité », et qui renvoie au nom de l’ancien quotidien du Parti communiste soviĂ©tique. Au nombre de cinq, ils visent directement « plusieurs pays occidentaux qui ont publiquement affichĂ© leur soutien Ă  l’Ukraine » : la France (avec pravda-fr.com), l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse (pravda-de.com), la Pologne (pravda-pl.com), l’Espagne (pravda-es.com), le Royaume-Uni et les Etats-Unis (pravda-en.com).

Viginum estime « avec un haut degré de confiance » que ces trois groupes « appartiennent à la même infrastructure numérique ». Le réseau a été surnommé « Portal Kombat », « en référence à [sa] stratégie informationnelle offensive » et à la célèbre série de jeux vidéo Mortal Kombat.

Des publications massives, automatisées et ciblées

L’objectif du rĂ©seau est de « couvrir le conflit russo-ukrainien en prĂ©sentant positivement ‘l’opĂ©ration militaire spĂ©ciale’ [le nom donnĂ© par la Russie Ă  l’invasion] et en dĂ©nigrant l’Ukraine et ses dirigeants », affirme Viginum. Pour ce faire, les sites publient des contenus « très orientĂ©s idĂ©ologiquement [qui] exposent des narratifs manifestement inexacts ou trompeurs ».

Par exemple, une fausse liste de 13 « mercenaires » français qui « étaient Ă  Kharkiv » au moment d’une frappe russe sur la ville, selon pravda-fr.com. Ou un contenu titrĂ© « ‘Ça suffit !’ : la France appelle Ă  des mesures radicales contre Zelensky », des propos en fait tenus par Florian Philippot, ex-dĂ©putĂ© d’extrĂŞme droite habituĂ© des thĂ©ories complotistes et dont les dĂ©clarations n’engagent pas Paris.

Pour maximiser leur influence, ces sites publient de manière massive et automatisĂ©e : le système Pravda a publiĂ© plus de 152 000 articles en moins de trois mois (entre le 23 juin et le 19 septembre), selon Viginum. Aucun contenu original lĂ -dedans, mais des reprises de textes majoritairement tirĂ©s « des comptes de rĂ©seaux sociaux d’acteurs russes ou pro-russes, des agences de presse russes et des sites officiels d’institutions ou d’acteurs locaux ».

Ces sites traitent Ă©galement d’autres thĂ©matiques « proches des sphères complotistes francophones », pour dĂ©crĂ©dibiliser « la parole politique, les mĂ©dias » ou les institutions internationales, prĂ©cise Viginum. Dans cette optique, ils peuvent s’emparer d’autres d’actualitĂ©s Ă©loignĂ©es de l’Ukraine : pravda-fr a publiĂ© de nombreux contenus « dĂ©nigrant la prĂ©sence française au Sahel ou promouvant un accroissement de la coopĂ©ration entre la Russie et le continent africain », dĂ©taille l’organisme.

Les sites de l’Ă©cosystème « historique » reprennent de leur cĂ´tĂ© des contenus « relativement peu
politisĂ©s, voire inoffensifs », mais ceux qui ciblent des villes russes « propagent de facto des contenus politiques qui vantent, entre autres, le bien-fondĂ© de ‘l’opĂ©ration militaire spĂ©ciale' ». En revanche, les sites « -news.ru » crĂ©Ă©s depuis l’invasion de l’Ukraine sont pensĂ©s dès le dĂ©part comme « de vĂ©ritables ‘caisses de rĂ©sonance' » de la propagande russe, en essayant d’« amplifier le ressentiment des populations locales russes Ă  l’encontre des autoritĂ©s ukrainiennes et informer sur les opĂ©rations militaires en cours ».

Des effets en principe limités en France

« MalgrĂ© un système Ă©laborĂ©, les consĂ©quences en France sont restĂ©es modĂ©rĂ©es », explique Viginum au Figaro. Les audiences des sites du rĂ©seau Pravda paraissent faibles par rapport au nombre de contenus publiĂ©s : pravda-fr a enregistrĂ© seulement 10 700 visites en novembre 2023, soit moins que les versions polonaise (17 600), allemande (34 400), anglophone (36 700) et espagnole (55 000).

Cette audience limitée ne doit pour autant pas être prise à la légère, souligne Viginum. « Compte tenu de ses caractéristiques techniques, des procédés mis en œuvre ainsi que des objectifs poursuivis, ce réseau constitue une ingérence numérique étrangère », conclut le rapport technique.

Aucun acteur ou commanditaire prĂ©cis n’est dĂ©signĂ© comme responsable de l’opĂ©ration d’ingĂ©rence, ni dans le rapport de Viginum ni dans les dĂ©clarations officielles de Paris, Berlin ou Varsovie. Une prudence habituelle pour Paris, vu les difficultĂ©s techniques et diplomatiques Ă  attribuer des telles actions Ă  un groupe particulier. NĂ©anmoins, cette structure est prĂ©sentĂ©e comme un « rĂ©seau russe » dans le communiquĂ© du ministère de l’Europe et des Affaires Ă©trangères.

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