FRANCE 24 🔵 LFI et islamisme : une commission d’enquĂŞte qui peine Ă cacher ses arrière-pensĂ©es politiciennes

C’est une confrontation qui risque de faire des Ă©tincelles. Jean-Luc MĂ©lenchon, le fondateur de la France insoumise (LFI) sera auditionnĂ© samedi 6 dĂ©cembre Ă 14 heures par les membres de la commission sur « les liens existants entre les reprĂ©sentants de mouvements politiques » et les rĂ©seaux islamistes, dont les travaux ont dĂ©butĂ© au mois d’octobre.
VĂ©ritable plat de rĂ©sistance, la venue de Jean-Luc MĂ©lenchon n’avait rien d’une Ă©vidence malgrĂ© le caractère obligatoire d’une convocation devant une commission parlementaire. Depuis plusieurs jours, LFI laissait planer le doute. Dimanche, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, avait estimĂ© que les Insoumis ne devaient pas rĂ©pondre aux « invitations » de la commission d’enquĂŞte car elle « ne respecte pas les règles ».
Le bureau (prĂ©sident, vice-prĂ©sidents, secrĂ©taires…) de cette commission ne comprend en effet aucun dĂ©putĂ© issu de groupes de gauche, alors que le règlement dispose que ces nominations doivent se faire en s' »efforçant de reproduire la configuration politique de l’AssemblĂ©e ».
« Bien qu’il ne soit plus dĂ©putĂ©, ni responsable du mouvement ou prĂ©sident du groupe parlementaire, et bien que cette commission d’enquĂŞte ne respecte pas le règlement de l’AssemblĂ©e nationale, Jean-Luc MĂ©lenchon se dĂ©clare prĂŞt Ă rĂ©pondre Ă cette invitation », a indiquĂ© le service de presse de LFI.
Le ministre de la Justice GĂ©rald Darmanin doit Ă©galement ĂŞtre entendu le mĂŞme jour par les dĂ©putĂ©s qui ont dĂ©jĂ auditionnĂ© plusieurs personnalitĂ©s ou responsables, comme le directeur du renseignement de la PrĂ©fecture de police de Paris ou le ministre de l’IntĂ©rieur Laurent Nunez, des auteurs d’ouvrages visant La France insoumise mais aussi des chercheurs universitaires.
« Manger halal ne menace pas la République »
Le 2 dĂ©cembre, c’est la patronne des Ă©cologistes, Marine Tondelier, qui est passĂ©e sur le gril. Venue du rappeur MĂ©dine, accusĂ© d’antisĂ©mitisme, lors des universitĂ©s d’étĂ©s des Écologistes en 2023, polĂ©mique sur le burkini Ă Grenoble, ville dirigĂ©e par un maire Ă©colo, ou encore lien entre Marine Tondelier et l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri… Les dĂ©putĂ©s se sont bien souvent contentĂ©s d’Ă©numĂ©rer une sĂ©rie de controverses Ă©loignĂ©es du cĹ“ur du sujet.
« La moitié de vos remarques n’avaient pas grand-chose à voir avec l’entrisme islamiste », a constaté Marine Tondelier, rappelant à propos du burkini que « la laïcité ne s’applique pas à la piscine, ce sont les lois d’hygiène qui dépendent de l’établissement ».
« Aller prier, porter un voile, manger halal ne menace pas la RĂ©publique. Ce qui menace la RĂ©publique, ce sont des organisations religieuses ou idĂ©ologiques structurĂ©es, diffusant la haine et cherchant Ă imposer des normes contraires aux droits et aux libertĂ©s publiques, y compris des organisations catholiques, comme l’a montrĂ© l’exemple de l’association d’extrĂŞme droite intĂ©griste Civitas », a encore estimĂ© la patronne des Ă©cologistes.
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Après plus d’un mois et demi d’audition, cette commission d’enquĂŞte, dont le prĂ©sident est le LR Xavier Breton et le rapporteur le ciottiste Matthieu Bloch, semble avoir manquĂ© sa cible. Si les dĂ©putĂ©s ont Ă©voquĂ© la menace terroriste islamiste, le sĂ©paratisme, la laĂŻcitĂ© ou encore les influences Ă©trangères, bien peu d’Ă©lĂ©ments ont Ă©mergĂ© sur « les liens existants entre les reprĂ©sentants de mouvements politiques et des organisations et rĂ©seaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idĂ©ologie islamiste ».
Exemple rĂ©vĂ©lateur avec l’audition de Nicolas Roche, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du SGDSN (SecrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral de La DĂ©fense et la SĂ©curitĂ© nationale), le 6 novembre. « Quels liens identifiez-vous entre des mouvances islamistes et des mouvements politiques français ? Ces liens sont-ils particulièrement marquĂ©s dans certains mouvements ou partis politiques ? », presse le rapporteur Matthieu Bloch après un long Ă©change sur la question des ingĂ©rences numĂ©riques. RĂ©ponse de l’intĂ©ressĂ© : « Je n’ai aucune compĂ©tence sur le sujet ».
Entendu fin octobre par la commission, le chercheur au CERI de Sciences Po Laurent Bonnefoy a confiĂ© sa « rĂ©ticence » Ă parler « d’influence islamiste sur les Ă©lus » en France.
« La place de l’islamisme […] en tant qu’interface avec des dĂ©cideurs politiques, est minime : il n’y a ni Ă©lu ni parti islamiste », affirmait le politiste. « On peut observer, localement, un clientĂ©lisme autour d’acteurs religieux musulmans dans le cadre, par exemple, de l’attribution de financements Ă des associations qui seraient Ă la limite de ce qui est permis par la loi de 1905. Mais il me semble que ce type de clientĂ©lisme n’a pas pleinement de couleur politique ».
« Tout sauf LFI »
LĂ oĂą la commission devait faire la lumière sur les « compromissions de certaines forces politiques avec les islamistes et les ennemis de la France », selon les mots de Laurent Wauquiez, le prĂ©sident du groupe parlementaire « droite rĂ©publicaine », les rĂ©sultats s’annoncent bien minces, renforçant les soupçons d’une instrumentalisation politique.
RetoquĂ©e dĂ©but juin, la demande de crĂ©ation de la commission avait finalement Ă©tĂ© validĂ©e grâce au vote des Ă©lus Renaissance après avoir Ă©tĂ© expurgĂ©e de ses mentions Ă la France Insoumise. Pour Laurent Wauquiez, il s’agissait de reprendre la main après son humiliante dĂ©faite face Ă Bruno Retailleau pour la prĂ©sidence des RĂ©publicains.
Avant les Ă©lections municipales de mars 2026, la commission agit dĂ©sormais comme un moyen de dĂ©signer l’ennemi commun pour resserrer les rangs Ă droite face au pĂ©ril que reprĂ©senterait le parti de Jean-Luc MĂ©lenchon, accusĂ© de dĂ©rive « antisĂ©mite » et « communautariste ».
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InvitĂ© mercredi sur TF1, Laurent Wauquiez a confirmĂ© la règle en cas de second tour sans candidat LR : « Tout sauf LFI », a martelĂ© le dĂ©putĂ© de la Haute-Loire, marquant un tournant par rapport aux lĂ©gislatives de 2024 oĂą le parti n’avait pas donnĂ© de consigne de vote.
« Cela veut dire voter blanc, voter pour ceux qui sont en face, quel que soit le parti », a expliquĂ© le conseiller rĂ©gional d’Auvergne RhĂ´ne-Alpes dont le parti a pourtant largement bĂ©nĂ©ficiĂ© du front rĂ©publicain contre le Rassemblement national (RN) lors des dernières lĂ©gislatives.
Un an après le psychodrame dĂ©clenchĂ© par le pacte entre Eric Ciotti, alors prĂ©sident de LR, et Marine Le Pen, la normalisation de l’extrĂŞme droite poursuit son bonhomme de chemin Ă l’ombre de la diabolisation de « l’extrĂŞme gauche ».
