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FRANCE 24 🔵 Législatives : malgré le Front populaire, la gauche divisée autour de Jean-Luc Mélenchon

Deux jours après l’annonce de lĂ©gislatives anticipĂ©es des 30 juin et 7 juillet, la gauche s’organise autour d’un « front populaire ». Les Écologistes, la France Insoumise, le Parti socialiste et le Parti communiste prĂ©senteront des candidatures uniques dans chaque circonscription. Mais de nombreuses questions restent en suspens, notamment la place de Jean-Luc MĂ©lenchon, leader insoumis devenu un repoussoir pour nombre de ses anciens alliĂ©s.

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Pomme de discorde Ă  gauche. En dĂ©clarant unanimement que l’union de la gauche autour d’un « front populaire » pour les lĂ©gislatives anticipĂ©es ne se ferait pas sous la direction de Jean-Luc MĂ©lenchon, les alliĂ©s socialistes, communistes et Ă©cologistes de La France Insoumise (LFI) redistribuent les cartes. 

Les dirigeants des quatre principaux partis de gauche (LFI, PS, Écologistes, PCF) ont en effet trouvĂ© un terrain d’entente lundi 10 juin et appelĂ© Ă  « des candidatures uniques dès le premier tour » des lĂ©gislatives le 30 juin pour offrir une alternative au Rassemblement national (RN) et Ă  Emmanuel Macron. Les nĂ©gociations ont repris mardi 11 juin pour peaufiner un programme commun et rĂ©partir les 577 circonscriptions, mais le choix d’une figure pour incarner cette union demeure en suspens. 

Pour les Insoumis, il n’est pas question de cĂ©der un leadership, acquis en 2022, lorsque le nom de Jean-Luc MĂ©lenchon, fort de ses 22 % Ă  la prĂ©sidentielle, s’Ă©tait imposĂ© pour ĂŞtre candidat Ă  Matignon. Mais le scrutin europĂ©en de dimanche change la donne : Manon Aubry a obtenu seulement 9,9 % des voix. Et surtout, LFI est distancĂ© par la tĂŞte de liste Place publique-Parti socialiste RaphaĂ«l Glucksmann (13,8 %), qui n’a jamais cachĂ© vouloir changer l’Ă©quilibre des forces Ă  gauche, mais qui ne s’est pas encore clairement engagĂ© sur sa prĂ©sence au sein de ce nouveau front populaire. 

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« Si Jean-Luc MĂ©lenchon a pu profiter de la dynamique Ă©lectorale nationale de la prĂ©sidentielle en 2022, ce contexte n’est plus du tout d’actualitĂ© aujourd’hui », analyse Arnaud Mercier, professeur en sciences de l’information et de la communication Ă  l’universitĂ© Paris 2-Assas. « Il est impossible de reproduire le schĂ©ma de 2022, et il semble que Jean-Luc MĂ©lenchon lui-mĂŞme ne souhaite pas se dĂ©clarer candidat pour Matignon lors de ces lĂ©gislatives. » 

« Repoussoir » 

Au sein de l’union, les trois autres forces aimeraient se passer de lui : le dirigeant socialiste Olivier Faure a dĂ©clarĂ© mardi matin sur TF1 qu' »il n’y a pas de logique  » Ă  ce que le chef de file insoumis « soit le candidat » de la gauche pour le poste de Premier ministre. « Il n’Ă©tait pas dans les discussions [de lundi soir] », a soulignĂ© de son cĂ´tĂ© le communiste Fabien Roussel sur France 2. 

Jean-Luc MĂ©lenchon est de plus en plus critiquĂ© pour sa propension Ă  agir seul sans concertation et Ă  tout conflictualiser : avec ses prises de positions sur les Ă©meutes dans les banlieues, refusant d’appeler au calme après la mort du jeune Nahel, ou en imposant sa stratĂ©gie d’obstruction sur la rĂ©forme des retraites, sa popularitĂ© a dĂ©gringolĂ©. Mais le point de rupture majeur est arrivĂ© le 7 octobre. Depuis les attaques meurtrières du Hamas en IsraĂ«l, Jean-Luc MĂ©lenchon est accusĂ© de tenir un discours ambiguĂ« sur l’antisĂ©mitisme. L’absence d’empathie pour les victimes israĂ©liennes dans le communiquĂ© de LFI a provoquĂ© une rupture au sein de la Nupes. Sur X, l’ancien candidat Ă  la prĂ©sidentielle avait estimĂ© que « la violence dĂ©chaĂ®nĂ©e contre IsraĂ«l et Ă  Gaza ne prouve qu’une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu’elle-mĂŞme. La solution existe, celle des deux États, conformĂ©ment aux rĂ©solutions de l’ONU. »


« Un grand nombre de personnes Ă  gauche, y compris une fraction d’EELV, se sont dĂ©tournĂ©es de MĂ©lenchon, notamment en raison de questions fĂ©ministes depuis l’affaire Quatennens [dĂ©putĂ© condamnĂ© en 2022 pour violences conjugales qui a depuis rĂ©intĂ©grĂ© le groupe parlementaire LFI], mais aussi les questions d’antisĂ©mitisme et d’essentialisation de la communautĂ© musulmane », analyse Virginie Martin, professeure de sciences politiques et sociologie Ă  Kedge Business School. « Il est perçu comme un repoussoir similaire Ă  la figure de Marine Le Pen. »

Plus largement, la personnalitĂ© et les propos de Jean-Luc MĂ©lenchon ont fait de lui une bĂŞte noire pour de nombreux Français et une partie de l’Ă©lectorat de gauche. Selon un sondage Ifop publiĂ© le 14 mai, l’ancien candidat Ă  la prĂ©sidentielle est perçu comme un handicap pour La France Insoumise (76 %), la Nupes (79 %), et pour le retour de la gauche au pouvoir (80 %). Depuis l’annonce de cette alliance, de nombreux Ă©lecteurs socialistes refusent de voter pour un candidat Ă©tiquetĂ© LFI le 30 juin prochain. 

Laurent Berger ou François Ruffin ? 

Mais alors, comment dĂ©signer la personnalitĂ© susceptible de devenir Premier ministre en cas de victoire de la gauche aux lĂ©gislatives ? RaphaĂ«l Glucksmann a suggĂ©rĂ© que l’ancien secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CFDT, Laurent Berger, soit nommĂ© Premier ministre. « Ça permet de dire que le Front populaire, ce n’est pas exclusivement un accord entre des partis politiques. Ça doit ĂŞtre quelque chose de beaucoup plus large », a estimĂ© Olivier Faure, prĂ´nant un gouvernement ouvert Ă  la sociĂ©tĂ© civile. Sur LCI, la dĂ©putĂ©e Ă©cologiste Sandrine Rousseau a Ă©voquĂ© elle aussi l’option Laurent Berger, mais aussi celle du franc-tireur insoumis François Ruffin.

« Ruffin Premier ministre ! », ont scandĂ© lundi soir les militants de gauche rassemblĂ©s sous les fenĂŞtres du QG parisien des Écologistes, pour faire pression sur les diffĂ©rents partis en pleine nĂ©gociation de l’union. Le dĂ©putĂ© LFI de la Somme, connu pour ses ambitions prĂ©sidentielles et ses divergences avec la direction du mouvement de gauche radicale, peut se vanter d’avoir proposĂ© dès dimanche soir le terme de nouveau « Front populaire », rapidement adoptĂ©. Une rĂ©fĂ©rence Ă  la coalition qui avait permis Ă  la gauche de remporter les Ă©lections en 1936. Dans la foulĂ©e, François Ruffin a lancĂ© une plateforme de campagne du mĂŞme nom. Mais ses ambitions pourraient rapidement voler en Ă©clats.

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« Jean-Luc MĂ©lenchon et La France Insoumise ne permettront pas Ă  François Ruffin de prendre les rĂŞnes », prĂ©vient RĂ©mi Lefebvre, politologue et spĂ©cialiste de la gauche. « MĂ©lenchon refusera toujours que Ruffin dirige la coalition, car il le voit dĂ©sormais comme un rival potentiel pour la prĂ©sidentielle de 2027 ». 

Face Ă  l’absence de figure rassembleuse, le Front populaire pourrait choisir de ne pas dĂ©signer de candidat pour diriger le gouvernement de cohabitation qui sortirait des urnes le 7 juillet. « La campagne pourrait se dĂ©rouler avec des porte-paroles, un pour chaque parti, privilĂ©giant ainsi la collĂ©gialité », poursuit l’expert. « Ils doivent d’abord s’accorder sur un programme et les circonscriptions, ce qui est dĂ©jĂ  très complexe en une semaine. » 

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