FRANCE 24 đ” Iran : face aux manifestations, l’armĂ©e appelle la population Ă dĂ©jouer les « complots de l’ennemi »

Alors que la rĂ©pression des manifestations provoquĂ©es par une situation Ă©conomique catastrophique s’accentue en Iran, l’armĂ©e a dĂ©clarĂ© samedi 10 janvier qu’elle protĂ©gerait les âinfrastructures stratĂ©giques et les biens âpublics et a exhortĂ© les Iraniens Ă dĂ©jouer « les complots de l’ennemi ».
Cette dĂ©claration â se veut une rĂ©ponse Ă de nouvelles menaces profĂ©rĂ©es vendredi par Donald Trump Ă l’encontre des dirigeants iraniens, ainsi qu’au chef de la diplomatie amĂ©ricaine, Marco Rubio, qui a affichĂ© samedi son soutien au « courageux peuple iranien ». Il a exhortĂ© les manifestants « à descendre tous dans la rue » samedi et dimanche en fin de journĂ©e, « afin d’occuper l’espace public ».
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Les troubles se sont poursuivis pendant la nuit Ă huis clos, internet Ă©tant totalement coupĂ© dans le pays. Les mĂ©dias officiels âont dĂ©clarĂ© qu’un bĂątiment municipal avait Ă©tĂ© incendiĂ© Ă Karaj, Ă l’ouest de TĂ©hĂ©ran, et ont accusĂ© des « émeutiers ».
La tĂ©lĂ©vision d’Ătat a âdiffusĂ© des images de funĂ©railles de membres des forces de sĂ©curitĂ© tuĂ©s, selon elle, lors de manifestations dans les villes de Shiraz, Qom et Hamedan.
« Lignes rouges »
Un habitant joint par tĂ©lĂ©phone dans l’ouest de l’Iran a dĂ©clarĂ© que des âmembres des Gardiens de la rĂ©volution Ă©taient dĂ©ployĂ©s et ouvraient le feu sur les manifestants. Il n’a pas souhaitĂ© ĂȘtre identifiĂ© âpour des raisons de sĂ©curitĂ©.
Les Gardiens de la révolution ont déclaré que la sécurité du pays et les acquis de la révolution islamique de 1979 étaient des « lignes rouges » à ne pas franchir pour les manifestants.
Dans un communiquĂ© publiĂ© par des sites d’information semi-officiels, l’armĂ©e a accusĂ© de son cĂŽtĂ© IsraĂ«l et des « groupes terroristes hostiles » de chercher à « porter atteinte Ă la sĂ©curitĂ© publique du pays ».
« L’armĂ©e, sous le commandement du commandant en chef suprĂȘme, et les autres forces armĂ©es, en plus de surveiller les mouvements de l’ennemi dans la rĂ©gion, protĂ©geront et sauvegarderont rĂ©solument les intĂ©rĂȘts nationaux, les infrastructures stratĂ©giques du pays et les biens publics », indique le communiquĂ©.
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AprĂšs deux semaines d’un mouvement initialement liĂ© au coĂ»t de la vie, la contestation gagne en ampleur, selon de nombreuses vidĂ©os circulant sur les rĂ©seaux sociaux, dont certaines montrent une rĂ©pression violente de la part des autoritĂ©s. L’ONG Amnesty International a dit analyser des Ă©lĂ©ments semblant montrer une intensification de la rĂ©pression ces derniers jours.
Un « massacre sous le couvert d’un black-out total »
Peu d’informations filtraient samedi hors du pays. La laurĂ©ate du prix Nobel de la Paix 2003, l’avocate iranienne en exil Shirin Ebadi, a dit redouter un « massacre sous le couvert d’un black-out total ». Elle s’est notamment alarmĂ©e d’informations faisant Ă©tat de raids des forces de sĂ©curitĂ© dans les hĂŽpitaux contre des manifestants blessĂ©s.
Les cinéastes iraniens Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof ont également exprimé « leur vive préoccupation » face à « la répression flagrante ».
L’organisation iranienne de dĂ©fense des droits humains HRANA a dĂ©clarĂ© âavoir recensĂ© 65 morts, dont 50 manifestants et 15 membres des forces de sĂ©curitĂ©, Ă la date du 9 janvier.
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La prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne, Ursula von der Leyen, a de son cĂŽtĂ© dĂ©clarĂ© samedi que l’Europe soutenait « pleinement » les manifestations massives en Iran et condamnait la « rĂ©pression violente » contre les participants.
« Les rues de TĂ©hĂ©ran, et des villes du monde entier, rĂ©sonnent des pas des femmes et des hommes iraniens qui rĂ©clament la libertĂ©. La libertĂ© de parler, de se rassembler, de voyager et, surtout, de vivre librement. L’Europe se tient pleinement Ă leurs cĂŽtĂ©s », a affirmĂ© Ursula von der Leyen, dans une dĂ©claration en ligne. « Nous condamnons sans Ă©quivoque la rĂ©pression violente de ces manifestations lĂ©gitimes. Les responsables resteront dans les mĂ©moires du mauvais cĂŽtĂ© de l’histoire », a-t-elle ajoutĂ©.
Selon l’organisation Hengaw, basĂ©e en NorvĂšge, plus de 2 500 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es au cours des deux derniĂšres semaines.
Un mĂ©decin du nord-ouest de âl’Iran a dĂ©clarĂ© que depuis vendredi, un grand nombre de manifestants avaient Ă©tĂ© amenĂ©s Ă l’hĂŽpital. Certains ont Ă©tĂ© violemment battus, souffrant de blessures Ă la tĂȘte, de jambes et de bras cassĂ©s, ainsi que de profondes coupures, a-t-il dit.
Dans ce contexte, le âfils du dernier shah d’Iran, renversĂ© en 1979, a lancĂ© depuis les Ătats-Unis oĂč il vit en exil un appel Ă la mobilisation. « Notre objectif n’est plus seulement de descendre dans la rue, mais de nous prĂ©parer Ă nous emparer des centres-villes et Ă les tenir », a Ă©crit Reza Pahlavi sur les rĂ©seaux sociaux, appelant les employĂ©s des secteurs clĂ©s de l’Ă©conomie, dont les transports, le pĂ©trole et le gaz, Ă entamer une grĂšve gĂ©nĂ©rale.
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Donald Trump, qui n’a pas souhaitĂ© pour le moment rencontrer Reza Pahlavi, a averti TĂ©hĂ©ran la semaine derniĂšre que les Ătats-Unis pourraient venir en aide aux manifestants : « Vous feriez mieux de ne pas commencer Ă tirer parce que nous tirerons aussi », a-t-il lancĂ© vendredi aux dirigeants âiraniens, en Ă©cho aux frappes amĂ©ricaines contre l’Iran l’Ă©tĂ© dernier.
Le guide suprĂȘme de la RĂ©volution iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, a en retour accusĂ© les manifestants d’ĂȘtre des « mercenaires » au service de Washington.
Le ârĂ©gime iranien a surmontĂ© Ă âde nombreux Ă©pisodes de contestation par le passĂ©, notamment les manifestations des Ă©tudiants en 1999, aprĂšs les Ă©lections contestĂ©es en 2009, contre les difficultĂ©s Ă©conomiques en 2019 ou encore du mouvement « Femme, vie, liberté » en 2022 aprĂšs la mort en dĂ©tention de Mahsa Amini.
Avec Reuters et AFP
