FRANCE 24 🔵 CAN 2025 : « Un manque de respect », la décision de la Fifa fait scandale

C’est une polĂ©mique qui s’invite Ă chaque Coupe d’Afrique ou presque… Alors que la compĂ©tition va dĂ©buter le dimanche 21 dĂ©cembre, les clubs europĂ©ens rechignent Ă libĂ©rer leurs joueurs pour qu’ils puissent rejoindre leurs sĂ©lections et entamer leur prĂ©paration pour la CAN 2025.
Les clubs ont fait le forcing auprès de la Fifa pour pouvoir garder leurs stars le plus longtemps possible Ă leur disposition. Et l’instance mondiale a actĂ© le fait que l »EFC (l’association europĂ©enne des clubs) a eu gain de cause dans un communiquĂ© diffusĂ© mercredi 3 dĂ©cembre.
Le règlement en matière de compĂ©tition internationale de la Fifa Ă©tait pourtant clair : « Pour une compĂ©tition finale […], les joueurs doivent ĂŞtre mis Ă disposition et commencer Ă rejoindre leur Ă©quipe reprĂ©sentative au plus tard le lundi matin de la semaine prĂ©cĂ©dant celle durant laquelle dĂ©marre la compĂ©tition finale en question, et doivent ĂŞtre mis Ă disposition par l’association le matin du lendemain du dernier match de leur Ă©quipe dans la compĂ©tition », prĂ©voit pourtant le règlement du « statut et du transfert des joueurs de la Fifa ».
Sa stricte application veut que les joueurs soient Ă la disposition des sĂ©lections dès le 8 dĂ©cembre. MĂŞme si l’alinĂ©a suivant prĂ©cise que « les clubs et associations concernĂ©s peuvent convenir d’une pĂ©riode de mise Ă disposition plus longue ou de modalitĂ©s diffĂ©rentes de celles prĂ©vues par l’alinĂ©a 7 du prĂ©sent article. »
Une prĂ©paration rabotĂ©e de sept jours qui n’est pas sans poser des problèmes. Pour les sĂ©lections marocaines et comoriennes, cela signifierait qu’ils disposeront de leur effectif complet moins d’une semaine avant le match d’ouverture prĂ©vu le 21 dĂ©cembre.
Ă€ lire aussiGROUPE A : le Maroc en favori devant le Mali et la Zambie
Colère sur le continent
« C’est problĂ©matique et c’est un manque de respect pour la CAN », tranche Patrick Juillard, journaliste chez Sports365 et grand habituĂ© de la compĂ©tition. « Gouverner, c’est prĂ©voir et en annonçant cette dĂ©cision aussi tard, on piĂ©tine le boulot des sĂ©lections et des diffĂ©rents staffs qui pensaient avoir au moins une dizaine de jours pour prĂ©parer la compĂ©tition. »
Le principe avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© appliquĂ© pour le Mondial 2022 au Qatar, exceptionnellement disputĂ© en hiver. Cependant, la fenĂŞtre rĂ©duite de prĂ©paration avait Ă©tĂ© annoncĂ©e largement en amont aux intĂ©ressĂ©s. Chez les sĂ©lectionneurs, c’est la stupĂ©faction et la colère qui prĂ©valent après cette surprise de dernière minute.
« C’est un manque de respect par rapport aux sĂ©lectionneurs. Nous sommes en colère », lâche Gernot Rohr, sĂ©lectionneur du BĂ©nin auprès de RFI.
Le coĂ»t financier d’une dĂ©cision tardive
« Si les joueurs ne sont libĂ©rĂ©s le 15, nous n’aurons que trois entraĂ®nements avant de partir pour Marrakech quatre jours avant notre premier match. Trois sĂ©ances, ce n’est plus un stage, mais juste du bricolage ! Et je trouve que pour prĂ©parer une Coupe d’Afrique des Nations, c’est dramatique », regrette Patrice Beaumelle, son homologue de l’Angola.
À lire aussiCAN 2025, quand le cœur des binationaux balance
Les sĂ©lectionneurs insistent Ă©galement sur les lourdes consĂ©quences Ă©conomiques induites par cette dĂ©cision de la Fifa. La plupart des sĂ©lections avaient prĂ©vu des stages de prĂ©paration intensifs Ă l’Ă©tranger pour bâtir une cohĂ©sion de groupe et roder les systèmes de jeu. Ce temps de travail, dĂ©sormais amputĂ©, a pourtant Ă©tĂ© payĂ©. Un travail colossal est ainsi jetĂ© aux orties, et avec lui, les fonds engagĂ©s par les fĂ©dĂ©rations pour payer les frais d’hĂ´tel, de transport ou encore de locations d’infrastructures avancĂ©es. Sans parler des matches amicaux qui Ă©taient prĂŞts Ă ĂŞtre disputĂ©s.
« Comment imaginer les Ă©quipes maintenir leur prĂ©paration si elle se retrouvent avec des demis ou tiers d’effectifs », interroge Patrick Juillard. Au-delĂ du prĂ©judice sportif, c’est la gestion budgĂ©taire des FĂ©dĂ©rations africaines, souvent dĂ©jĂ fragiles, qui est brutalement mise Ă mal.
Un rodage capital devenu « ersatz ridicule »
Le journaliste rappelle que ces temps de préparation en amont des compétitions sont capitaux pour les sélectionneurs. Dans un calendrier toujours plus intense, les staffs ont de moins en moins de fenêtres internationales composées de matches amicaux pour travailler le fond. Les éliminatoires, que ce soit de la CAN ou de la Coupe du monde, sont quasi-permanents.
« Ils n’ont plus le temps pour travailler vraiment. Ă€ chaque fenĂŞtre, il faut prĂ©parer prioritairement les deux matches et ne pas se rater », rappelle Patrick Juillard. « Ces dix jours-lĂ Ă©taient donc vraiment prĂ©cieux. LĂ , ils ne vont avoir qu’un ersatz ridicule de prĂ©paration. »
Cette situation de blocage pourrait paradoxalement avantager certaines sĂ©lections, dont les ossatures sont principalement bâties autour de joueurs Ă©voluant sur le continent, dans les clubs locaux, souvent plus arrangeants que leurs homologues europĂ©ens. C’est le cas de l’Égypte qui devra certes attendre pour rĂ©cupĂ©rer ses stars Salah et Marmoush mais devrait pouvoir rĂ©cupĂ©rer plus tĂ´t le reste de son effectif. MĂŞme chose pour l’Afrique du Sud avec ses joueurs majoritairement issus des Orlando Pirates et des Mamelodi Sundowns.
L’Ă©ternel casse-tĂŞte de la date de la CAN
En creux, c’est l’Ă©ternel problème des dates de la Coupe d’Afrique des nations qui est Ă nouveau posĂ©. Son organisation en hiver a toujours fait dĂ©bat. Les clubs prĂ©fèreraient la voir se jouer en Ă©tĂ©, comme l’Euro, la Copa America ou la Coupe du monde et comme l’Ă©dition 2019 en Égypte.
Si la solution estivale arrange beaucoup de monde, c’est souvent au dĂ©triment du spectacle. Les conditions mĂ©tĂ©orologiques sont dĂ©plorables sur une bonne partie du continent en raison de la saison des pluies ou en raison des fortes chaleurs. L’Ă©dition de 2019 n’a pas laissĂ© un souvenir impĂ©rissable aux spectateurs.
À lire aussiLa CAN 2025 au Maroc, « une répétition en vue du Mondial 2030 »
Le Maroc souhaitait initialement un tournoi estival pour stimuler le tourisme et dĂ©montrer sa capacitĂ© Ă accueillir la Coupe du Monde 2030, mais la Fifa lui a demandĂ© de privilĂ©gier l’hiver, pour Ă©viter un chevauchement avec sa nouvelle formule de Coupe du monde des clubs. Le royaume a alors optĂ© pour des dates inĂ©dites, Ă cheval entre deux annĂ©es civiles, pour minimiser le parasitage avec la Ligue des champions. Las. Cela reste insuffisant pour les clubs.
« On dĂ©place une CAN que le Maroc voulait organiser en Ă©tĂ©. Et dĂ©sormais, on dĂ©couvre que les Ă©quipes participantes auront une prĂ©paration quasi inexistante. C’est une double peine et c’est navrant », dĂ©plore Patrick Juillard.
Encore lors des derniers CAF Awards, Gianni Infantino aimait se présenter comme un ami du continent africain. Il vient pourtant de jouer un bien mauvais tour à sa compétition reine.
