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LE MONDE 🔵 Après la démission de Gustavo Dudamel, Alexander Neef, directeur de l’Opéra de Paris, ne vit pas « ce départ comme un échec »

Gustavo Dudamel, à la direction de l’Orchestre philharmonique de New York, au Lincoln Center, à Manhattan, le 17 mars 2022.

Deux saisons et puis s’en va : l’Opéra national de Paris a annoncé, jeudi 25 mai, la démission de son directeur musical, le chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel, deux ans seulement après sa nomination en 2021, quatre avant la fin de son mandat à l’été 2027. La lune de miel aura été de courte durée. A-t-elle été bonne ? C’est en tout cas ce que défend le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef.

En décembre 2017, la première apparition de Dudamel à l’Opéra Bastille faisait sensation. Fleuron musical de la soirée dans La Bohème, de Puccini, mise sur orbite en mode Solaris par le metteur en scène Claus Guth, la baguette du « Dude Â» s’imposait. Textures, couleurs, souplesse des lignes, nervosité des attaques, tempos ciselés, ­entre froufrous stellaires et ivresse cosmique : dans la fosse, le désir était palpable.

Il ne s’est musicalement pas émoussé, assure Alexander Neef, comme en témoigne cette saison, après une poignée de Tosca, et avant le succès du Nixon in China, de John Adams, en mars-avril, la reprise du mythique Tristan et Isolde, de Wagner, dans la production montée en 2005 par Bill Viola et Peter Sellars. « J’ai rarement vu des chanteurs aussi impressionnés, notamment les wagnériens confirmés, assure M. Neef, par sa façon de faire de la musique, pas facile, mais juste − un peu à la manière d’un Carlos Kleiber. Â» Le compliment n’est pas mince.

Charisme explosif

La pêche miraculeuse de ce gros poisson-pilote était de bon augure pour le directeur de l’Opéra de Paris. Un moyen sûr de redorer le blason d’une institution affaiblie par les grèves, les conflits sociaux et le confinement, mais capable de séduire, de convaincre et de s’attacher l’une des baguettes les plus « bankables Â» de la planète. Le charisme explosif de Dudamel ouvrait en outre une nouvelle ère. Le parcours singulier du Vénézuélien, premier chef venu d’Amérique latine, loin des standards habituels, plaidait pour un autre rapport à l’art, au public et à la société.

Le jeune violoniste avait, en effet, fait ses classes, depuis l’âge de 10 ans, au sein d’El Sistema, modèle social d’éducation en faveur des jeunes défavorisés développé à la fin des années 1970, qui avait fait du Venezuela l’un des premiers pays pour la musique (quelque 160 orchestres de jeunes, et 36 orchestres professionnels pour 27 millions d’habitants).

Monté au pupitre à 14 ans, le « baby chef Â» prodige pouvait se targuer d’un parcours météorique. Concours Gustav Mahler de Bamberg remporté en 2004, contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon en 2005, direction musicale de l’Orchestre symphonique de Göteborg en 2006, successeur du Finlandais Esa-Pekka Salonen en 2009 au pupitre du prestigieux Orchestre philharmonique de Los Angeles, Gustavo Dudamel n’avait jamais abandonné son Orchestre Simon-Bolivar des jeunes du Venezuela, dirigé depuis ses débuts, à l’âge de 18 ans, et quand il saluait, ce n’était pas sur le podium mais parmi les musiciens.

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