FOOT MERCATO 🔵 La tragĂ©die de Hillsborough remet le feu au football anglais ! – Shango Media
Football-FRONT-FRFootball-URGENT-FR

FOOT MERCATO 🔵 La tragédie de Hillsborough remet le feu au football anglais !

FOOT MERCATO 🔵 La tragédie de Hillsborough remet le feu au football anglais !

Après 13 années d’investigations, un cycle d’enquêtes parmi les plus longs et les plus coûteux de l’histoire judiciaire britannique, le rapport de l’Independent Office for Police Conduct (IOPC) a ravivé, avec une violence sourde, la douleur et la colère entourant la tragédie de Hillsborough. Cette catastrophe, survenue le 15 avril 1989 et ayant causé la mort de 97 supporters de Liverpool, demeure la pire tragédie sportive du pays, mais aussi le symbole d’une dissimulation policière d’une ampleur inédite. Le rapport, pourtant décrit comme « exhaustif et détaillé » par les familles endeuillées, confirme 110 cas de manquements graves : mensonges répétés, modifications de déclarations, abus d’autorité, négligence du devoir de vigilance. Il désigne même 12 policiers qui auraient dû être poursuivis pour faute grave. Mais il aboutit malgré tout à la conclusion glaçante que personne ne sera sanctionné. Pour les proches des victimes, c’est une « honte nationale », un énième traumatisme infligé à des familles dont certaines luttent depuis 36 ans pour faire reconnaître une vérité déjà établie à maintes reprises : la police du South Yorkshire a menti, a échoué dans sa mission et a tenté de rejeter la responsabilité sur les supporters qu’elle devait protéger.

La suite après cette publicité

Au fil des réactions recueillies, un constat revient, lourd et presque résigné : « Nous n’obtiendrons jamais justice. » Les mots sont de Charlotte Hennessy, qui a perdu son père, Jimmy, âgé de 29 ans. Ils résonnent comme un cri brisé par des décennies de procédures et d’attentes interminables. Sa mère, rappelle-t-elle, est décédée avant même que les enquêtes publiques de 2014-2016 ne confirment formellement les fautes policières. Margaret Aspinall, figure historique du combat, dont le fils James avait 18 ans, parle d’un pays capable de laisser des policiers « s’en tirer impunément, avec une pension complète ». Son amertume vise notamment David Duckenfield, officier responsable du match, qui avait inventé le mensonge selon lequel les supporters de Liverpool auraient forcé une porte pour pénétrer dans le stade, mensonge qu’il n’a jamais payé malgré une inculpation pour homicide involontaire en 2019, finalement soldée par un acquittement. Les familles refusent toujours ses excuses. Tout comme elles dénoncent l’inertie institutionnelle car la plupart des policiers identifiés par le rapport sont aujourd’hui retraités ou morts, protégés par une législation qui interdit les poursuites disciplinaires contre des agents ayant quitté leurs fonctions avant 2017.

13 années d’attente inutile

Le rapport de l’IOPC dévoile par ailleurs de nouveaux éléments déconcertants, qui redonnent au dossier une dimension presque vertigineuse. Alors qu’on pensait connaître toute l’étendue de la manipulation policière, les enquêteurs affirment avoir découvert plus de 130 déclarations supplémentaires modifiées par la police du South Yorkshire, portant à plus de 300 le nombre total de documents falsifiés. Pour les familles, c’est un choc de plus. Comment, après tant d’enquêtes, tant de témoignages et tant de preuves déjà mises au jour, la dissimulation a-t-elle pu s’avérer encore plus profonde qu’on ne le croyait ? Les manquements identifiés touchent des officiers de haut rang dont le surintendant Roger Marshall, le commissaire adjoint Walter Jackson et Sir Norman Bettison. Certains ont bâti par la suite des carrières prestigieuses, parfois même honorées par l’État. Ce à quoi les proches des victimes répondent qu’il est désormais impossible de mesurer pleinement « l’ampleur de la tromperie du South Yorkshire », tant les documents manquants, les vidéos disparues et les trous de mémoire opportunistes ont façonné un brouillard judiciaire devenu structurel.

La suite après cette publicité

Pour beaucoup, la plus cruelle ironie réside dans la longueur même de ce processus de treize ans pour aboutir à ce que les familles savaient dès 1989. L’IOPC reconnaît que son rapport est l’aboutissement de « longs processus, dont les plus longues enquêtes de l’histoire juridique anglaise ». Un achèvement qui aura coûté plus de 150 millions de livres sterling, soit un fardeau financièrement et psychologiquement colossal et largement supporté par les familles elles-mêmes, contraintes de financer sur leurs propres ressources un combat de plusieurs décennies. Margaret Aspinall rappelle que le processus n’aurait jamais duré si longtemps si les policiers avaient reconnu leurs erreurs dès l’origine, plutôt que de s’enfermer dans une stratégie de protection institutionnelle. Kathie Cashell, directrice générale adjointe de l’IOPC, ajoute que ce rapport doit servir de leçon. Les organisations qui privilégient leur réputation au détriment de la vérité s’exposent à des catastrophes morales et judiciaires. Les familles, elles, prennent acte d’un document important, mais soulignent qu’il ne fait que confirmer un passé qu’elles ont dû, seules, mettre en lumière.

Dans ce paysage saturé de douleur et d’injustice, une avancée demeure néanmoins symbolique : la loi Hillsborough, imposant une obligation légale de transparence à tous les fonctionnaires et policiers, adoptée grâce à la détermination inlassable des familles. Cette loi, affirment-elles, aurait profondément changé la trajectoire du drame si elle avait existé plus tôt. Elle pourrait empêcher qu’une institution manipule à nouveau la vérité pour se soustraire à ses responsabilités. Mais elle n’efface pas le sentiment d’échec, ni la fracture qui traverse encore le football anglais. Car Hillsborough n’est pas seulement une tragédie du passé, c’est un foyer incandescent qui continue de brûler l’imaginaire collectif. « Le temps a eu raison de nous », souffle Steve Kelly, qui a perdu son frère Michael. « Nous étions jeunes à Hillsborough, nous sommes vieux aujourd’hui. Il ne faut pas que cela se reproduise. » Après 36 ans de scandales, de mensonges et de combats, le football britannique se retrouve de nouveau forcé de regarder en face la catastrophe qui a façonné son histoire et qui, aujourd’hui encore, remet le feu à sa conscience.

Pub. le
– MAJ le

Bouton retour en haut de la page
Fermer